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<title>Inconscient et langage</title>
<description>Publications et recherches de Jean-Jacques Pinto sur les relations entre inconscient et langage, ainsi qu'entre psychanalyse et linguistique.</description>
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<language>fr</language>
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	<title>Références bibliographiques</title>
	<description><![CDATA[
 - Textes de Jean-Jacques Pinto sur l’A.L.S. et sur d’autres sujets :Douay (F.) &amp; Pinto (J.-J.). 1991. « Analogie, anomalie. Reflet de nos querelles dans un miroir antique ». in : Communications, 53.Pinto (J.-J.) 1978. La notion de changement en psychiatrie. Thèse de médecine. Marseille : Faculté de MédecinePinto (J.-J.) 1978. A propos de la prise en charge d'un psychotique : réflexions critiques. Mémoire de psychiatrie. Marseille : Faculté de MédecinePinto (J.-J.) &amp; Pons (E.). 1981. « Groupe, individu, sujet ». in : Psychodrame.Pinto (J.-J.) &amp; Douay-Soublin (F.). 1984. « Raisonnement et subjectivité ». in : Actes du séminaire du G.R.T.CPinto (J.-J.) 1986. « Identifications divergentes et non commutation des synonymes dans les métaphores usuelles ». in : Recueil de textes du Groupe de Travail sur l'Analogie, 10 [Paris, Janvier 1987].Pinto (J.-J.) 1990. « Métaphore et cognition ». projet d’article pour la revue Communications [non publié].Pinto (J.-J.) &amp; Pons (E.). 1996. La parole est aux discours. Vers une logique de la subjectivité. Aix-en-Provence : Éditions Subjilectes.Pinto (J.-J.) 2004. « Linguistique et psychanalyse : une approche logiciste ». in : Marges Linguistiques  TEXTES INEDITS :Pinto (J.-J.) Logique des énoncés psychotiques.Pinto (J.-J.) Malaise dans l'identification.Pinto (J.-J.) Traduction et interprétation.Pinto (J.-J.) A.L.S. restreinte et A.L.S. généralisée.Pinto (J.-J.) Application de l'A.L.S. au corpus des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire.- Textes d’où ont été tirés des corpus pour l’A.L.S. :Aragon (L.). 1977. Le libertinage. Paris : Gallimard.Atlan (H.). 1986. A tort et à raison. Intercritique de la science et du mythe. Paris : Seuil.Baudelaire (Ch.). 1993. Les Fleurs du mal. Paris : Magnard, Coll. « Textes et contextes ». Lyon.Canguilhem (G.). 1966. Le normal et le pathologique. Paris : P.U.F.Cellard (J.) &amp; Rey (A..). 1980. Dictionnaire du français non conventionnel. Paris : Hachette.Leclaire S. (1971. Démasquer le réel, Essai sur l'objet en psychanalyse. Paris : Seuil, Coll. « Le champ freudien ».Rastier (F.). 1988. « Paradigmes cognitifs et linguistique universelle ». in : Intellectica, 6, pp. 43-74.- Autres textes importants à consulter :Arrivé (M.). 1994. Langage et psychanalyse, linguistique et inconscient. Paris : P.U.F.Berrendonner (A.), Le Guern (M.) &amp; Puech (G.). 1983. Principes de grammaire polylectale. Lyon : Presses Universitaires de Lyon.Cathelat (B.) &amp; Cathelat (M.). 1992. Panorama des styles de vie 1960-90. Paris : Les Éditions d’organisation.Danlos (L.). 1981. « La morphosyntaxe des expressions figées ». in : Langages, 63, Septembre.Danlos (L.). 1985. Génération automatique de textes en langue naturelle. Paris : Masson.Dumarsais (C.). 1730. Des tropes ou des différents sens dans lesquels on peut prendre un même mot dans une même langue. Paris : Broca. Réédition présentée, commentée et annotée par Françoise Douay, F. (1988). Paris : Flammarion.Ducrot (O.). 1984. Les échelles argumentatives. Paris : Les Éditions de Minuit.Dupriez (B.). 1984. Gradus, les procédés littéraires. Paris : 10/18.Gardes-Tamine (J.). 1996. La rhétorique. Paris : Armand Colin.Gardin (J.-C.) &amp; Molino (J.). 1987. La logique du plausible, essais d'épistémologie pratique en sciences humaines. Paris : Éditions de la Maison des Sciences de l'Homme.Lacan (J.). 1966. Écrits, collection Le champ freudien, Paris : Seuil.Lakoff, (G.), Johnson (M.). 1985. Les métaphores dans la vie quotidienne. Paris : Les Éditions de Minuit.Le Guern (M.). 1973. Sémantique de la métaphore et de la métonymie. Paris : Larousse.Milner (J.-C.). 1989. Introduction à une science du langage. Paris : Seuil, Coll. « Des travaux ».Milner (J.-C.). 1990. « Lacan et la science moderne », in : Actes du Colloque international « Lacan avec les philosophes » organisé par le Collège International de Philosophie, UNESCO, Paris, 24-27 Mai 1990. Paris : Albin Michel.Milner (J.-C.). 1995a. « Linguistique et psychanalyse ». in : Encyclopædia Universalis France [version CD-Rom].Milner (J.-C.). 1995b. L’Œuvre claire. Paris : Seuil.Milner (J.-C.). 2002. Le périple structural, figures et paradigme. Paris : Seuil.Molino (J.). 1979a. « Métaphores, modèles et analogies dans les sciences ». in : Langages, 54.Molino (J.). 1979b. « Anthropologie et métaphore ». in : Langages, 54.Molino (J.), Soublin (F.) &amp; Tamine (J.). 1979. « Présentation : problèmes de la métaphore ». in : Langages, 54.Quéau  (Ph.). 1986. Eloge de la simulation. Seyssel : Champ Vallon.Rastier (F.). 1987. Sémantique interprétative. Paris : P.U.F.Ronat (M.). 1974. « Énonciation et "grammaire" de l'inconscient ». in : L'Arc, 58, pp. 73-78.Merci de bien vouloir laisser un commentaire ci-dessous  -----------------------------------------------------------------------Mots-clé : linguistique, analyse de discours, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées, Jean-Claude Milner.Keywords : linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions, Jean-Claude Milner.Schlüsselwörter : Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner.Palavras-chaves : linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner.Palabras-clave : lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner.Parola-chiave : linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni raggelate, Jean-Claude Milner.           [LEST, Aix-en-Provence].         (http://www.marges-linguistiques.com), n°8 sur le thème « Linguistique et psychanalyse », sous la direction de Michel Arrivé et Izabel Vilela [Novembre 2004].                                                                                                  	 	    		  	   
]]></description>
	<link>http://langaginconscient.zeblog.com/42793-references-bibliographiques/</link>
	<author>Jean-Jacques Pinto</author>
	<pubDate>Fri, 26 May 2006 19:37:00 +0200</pubDate> 
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	<title>Métaphore et connaissance</title>
	<description><![CDATA[
    Cet article, en cours de publication, va au-delà de l'A.L.S. (Analyse des Logiques Subjectives, voir mon autre blog Tout sur l'A.L.S.), qui n'est utilisée ici que pour objecter aux prises de position fréquemment rencontrèes quant au rôle de la métaphore dans la connaissance scientifique. Le lien entre la découverte scientifique et la psychose dissociative sera abordé à la fin de ce texte.Pour commencer, un résumé bilingue ; l'article proprement dit sera affiché par tranches successives dans les jours qui viennent &nbsp; Résumé en français  Cet article est une réflexion sur la question centrale du livre de Lakoff et Johnson, Les métaphores dans la vie quotidienne, c'est-à-dire "la capacité de la métaphore à produire de la connaissance".  Après avoir recensé puis décrit les positions de différents auteurs sur le rôle cognitif de la métaphore, nous nous proposons à la fois de les expliquer et de les dépasser en exposant la nôtre. Ces positions s'inscrivent dans une combinatoire où figurent:- le pour et le contre exclusifs l'un de l'autre,- le compromis et le rejet plus ou moins intriqués. Nous montrerons en conclusion que, loin d'apporter des perspectives nouvelles en réhabilitant la métaphore en sciences, Lakoff et Johnson se privent et nous privent aussi bien de moyens que de terrains de connaissance.  mots-clés : métaphore, connaissance, objectivisme, subjectivisme, logique, combinatoire, linguistique, fantasme, identification, découverte scientifique.  English abstract  This essay is a reflection on the key issue raised in Lakoff and Johnson's book Metaphors We Live By, i.e. the capacity the metaphor has to produce knowledge.  We first survey and then go through the positions of several authors regarding the cognitive role of the metaphor, and we then propose to explicate these positions as well as go beyond them while developing our own.  These positions are inscribed in a scheme listing:- pros and cons mutually exclusive,- compromise and rejection more or less intermeshed. We will finally demonstrate that, far from offering new perspective by reinstating metaphor in science, Lakoff and Johnson deprive themselves and ourselves of some of the means as well as of a few fields of knowledge.  key words : metaphor, knowledge, objectivism, subjectivism, logics, combinatory, linguistics, fantasy, identification, scientific discovery.  ************************************************************* MÉTAPHORE ET CONNAISSANCE La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil (René Char) [L’usage fréquent que nous faisons des citations, dont nous accentuons souvent certains termes, se justifie par notre méthode même, qui fait du mot-à-mot de la métaphore la voie royale de notre analyse.Toutes les citations de Lakoff et Johnson sont extraites du même livre, donc nous n’en répèterons plus la référence ci-dessous.]1) La dichotomie : « pour ou contre » la métaphore. L’opposition objectivisme / subjectivisme relevée et dénoncée par Lakoff et Johnson dès le début de leur livre se trouve déjà formulée avec une grande clarté par Jean Molino dans « Anthropologie et métaphore » (Molino, 1979b) :« Un des partages les plus profonds de notre culture est celui qui oppose le rationnel à l’irrationnel. Sous les formes les plus diverses, le couple se reforme dans tous les champs du savoir : il y a d’un côté la solidité d’un réel connu dans sa vérité objective et cohérente, et de l’autre les illusions d’une subjectivité qui se livre sans entraves à ses démons intérieurs »… [Dorénavant, les couples d'opposés relevés par les différents auteurs cités seront typographiquement signalés par l'alternance gras/italique].. Parmi les auteurs qui choisissent un camp contre l’autre (le « pour » ou le « contre »), deux cas de figure se rencontrent :   a) La plupart tombent d’accord pour qualifier la métaphore en termes d’écart, et seule la valeur positive ou négative attribuée à cette qualification change selon le camp où l’on se range. A propos de poésie, donc de figures, le Groupe µ (Groupe µ, 1982) relève le terme d’écart, attribué à Paul Valéry :« Parmi les équivalents proposés, souvent innocemment, on relève encore abus (Valéry), viol (J. Cohen), scandale (R. Barthes), anomalie (T. Todorov), folie (Aragon), déviation (L. Spitzer), subversion (J. Peytard), infraction (M. Thiry), etc. »… Ces qualifications où la métaphore est tirée du côté de l’anomalie sont investies positivement ou négativement par ses défenseurs ou ses adversaires, alimentant les mythes de l’objectivisme et du subjectivisme tels que les décrivent Lakoff et Johnson :  Le mythe de l’objectivisme :  « Le monde est constitué d’objets indépendants de l’observateur …  Nous acquérons notre connaissance du monde en faisant l’expérience des objets qui le constituent …  Nous appréhendons les objets du monde au moyen de catégories et de concepts qui correspondent à des propriétés inhérentes des objets et à des relations entre les objets …  La réalité objective existe. La science peut en dernier ressort nous donner une explication correcte,définitive et générale de la réalité …   Les mots ont des sens fixes …  Les hommes peuvent être objectifs … s’ils usent d’un langage qui est clairement et précisément défini,ambiguïté, et qui correspond à la réalité … ».  direct et sans  Quelques exemples de ce mythe :   Parker 1666 (Groupe µ, 1982) : « Ainsi les imaginations débauchées et luxuriantes (des termes métaphoriques) se faufilant dans le lit de la Raison, non seulement le souillent par leurs caresses impuresillégitimes, mais, au lieu de notions et de conceptions vraies des choses, elles imprègnent l’esprit de fantasmes inconsistants »…   et Hobbes (Molino, 1979b) : « Pour conclure, la lumière de l’esprit humain, ce sont les mots clairs, épurés, en premier lieu, et purgés de toute ambiguïté par des définitions exactes … Au contraire, les métaphores, les mots ambigus ou qui ne veulent rien dire, sont comme des feux follets : s’en servir pour raisonner, c’est errer parmi d’innombrables absurdités; leur aboutissement, ce sont les conflits, les discordes, le mépris »…  Charles Bally1666 (Groupe µ, 1982) : « le premier homme qui a appelé un bateau à voile une voile a fait une faute »… Et ailleurs : « Toutes les fois qu’on peut remonter à la source d’une image, on se heurte à quelque infirmité de l’esprit humain … La plus grande imperfection dont souffre notre esprit est l’incapacité d’abstraire absolument, c'est-à-dire de dégager un concept, de concevoir une idée en dehors de tout contact avec la réalité concrète … Telle est l’origine de la métaphore » …  Le mythe du subjectivisme, toujours d’après Lakoff et Johnson :   « Nos propres sens et nos intuitions sont les meilleurs guides pour l’action …  Ce qui compte le plus dans notre vie, ce sont les sentiments, la sensibilité esthétique, les pratiques moralesspirituelle, qui sont purement subjectifs …   et la conscience L’art et la poésie transcendent la rationalité et l’objectivité et nous mettent en contact avec la réalité de nos émotions et de nos intuitions …  Le langage de l’imagination, en particulier la métaphore, est nécessaire pour exprimer les aspects de notre expérience qui sont uniques …  L’objectivité peut être dangereuse, injuste, inhumaine. La science ne nous est d’aucune aide pour les questions les plus importantes de notre vie … » …  Quelques exemples :   Baudelaire (Groupe µ, 1982) : « Le beau est toujours bizarre »…  Le Guern (Le Guern M., 1972) : « la véritable métaphore a besoin de trop de liberté pour s’épanouir dans le cadre d’une série d’analogies préétablies et contraignantes. C’est ce besoin de liberté qui explique la dévotion des surréalistes à une métaphore qui ne soit que métaphore, refusant d’être symbole »…  Dans ces deux positions, le rôle proprement cognitif de la métaphore n’est pas reconnu, puisque ou bien elle est censée n’engendrer que l’erreur, ou bien le type d’expérience singulière qu’elle exprime se veut « hors-la-science »…   b) Quelques auteurs sont d’accord avec leurs adversaires sur l’attribution de valeurs à certains qualificatifs (par exemple ouvert : valorisé / fermé : dévalorisé, mais échangent les qualifications pour renverser le jugement. Dans le livre d’A. Koyré, Du monde clos à l’univers infini (Koyré, 1973), la métaphore est mise cette fois, avec l’analogie jugée négativement, du côté du monde clos des anciens, peuplé de correspondances et d’harmonies préétablies, que la science moderne brise au contraire pour ouvrir sur l’univers infini...  2) La " troisième voie "D'autres auteurs cherchent soit à concilier soit à dépasser les oppositions : ils vont donc réhabiliter la métaphore, en la tirant le plus souvent du côté de l'analogie, qui fait alors l'objet d'un jugement positif.  a) La valorisation simultanée (affirmation simultanée) du métaphorique et du non-métaphorique se fait en refusant la coupure, en affirmant la continuité et l'intrication des deux pôles dans la connaissance :  Ainsi Michel Le Guern (Le Guern M., 1972), quand il s'interroge sur les motivations de la métaphore. Examinant la première fonction que la rhétorique latine attribue au langage, docere, qui correspond à la transmission d'une information logique, il justifie le rôle cognitif de la métaphore, non certes dans son aptitude à produire de la connaissance, mais du moins dans sa capacité à la communiquer :" La métaphore offre au langage des possibilités d'économie … de formulation synthétique … Par le tridébarrasser la communication d'un certain nombre d'éléments qui l'alourdissent inutilement … [Elle a aussi un] rôle de dénomination : si la métaphore permet de donner un nom à une réalité à laquelle ne correspond pas encore de terme propre, elle permet aussi de désigner les réalités qui ne peuvent pas avoir de terme propre. Elle permet de briser les frontières du langage, de dire l'indicible "… qu'elle fait opérer entre les éléments de signification, la métaphore permet de  Robert Blanché (Blanché, 1972), sans se prononcer sur le rôle de la métaphore, fournit en quelque sorte le cadre où se développera l'argumentation de Jean Molino, et dans un tout autre registre celle de Lakoff et Johnson :" L'abstrait pur, le concret pur, sont les deux pôles par rapport auxquels s'organise toute connaissance … Aujourd'hui F. Gonseth refuse la coupure. Il n'y a pas plus d'abstrait autonome que de concret pur. L'abstrait ne se conçoit qu'engagé dans une certaine réalisation, un "modèle" où l'esprit l'aperçoit … Le rapport se trouve rétabli entre le rationnel et l'empirique, l'abstrait et le concret, la forme et le contenu … Le nominalisme et le phénoménisme se tempèrent "…  Jean Molino, dans sa remarquable analyse intitulée " Métaphores, modèles et analogies dans les sciences " (Molino, 1979a] décrit l'opposition historiquement constituée entre la langue pure de la science et le langage quotidien métaphorique, puis conteste " cette épopée de la pureté scientifique ", laquelle " n'est qu'un mythe "…Cette séparation, cette coupure conduisent Bachelard, " Docteur Jekyll de la science, Mister Hyde de la poésie ", à vivre " la contradiction métaphorique entre le pur et l'impur "… Il s'agit bien de métaphores dans les deux cas, le pur n'est pas moins métaphorique que l'impur, paradoxe que souligne Molino : " l'inquiétude et le doute nous viennent lorsque nous voyons la richesse des métaphores utilisées pour nous dire et nous prouver que la science doit s'éloigner de la métaphore "… Il oppose à Bachelard la " continuité entre les stratégies intellectuelles à l'œuvre à l'état concret et à l'état abstrait [continuité assurée par] la présence constante de l'analogie "… La métaphore se voit ainsi réhabilitée :" il [Bachelard] a condamné la métaphore, mais la métaphore s'est bien vengée "…Pour Molino le rôle de la métaphore et de l'analogie en sciences ne saurait être récusé, car :o Elles ont une valeur didactique (cf supra la fonction docere de M. Le Guern), par exemple " le noyau entouré de ses électrons est analogue au soleil entouré de ses planètes "… " Or bien souvent… l'ontogénèse de la science récapitule sa phylogénèse " (modèle atomique de Rutherford). o La majeure partie des termes scientifiques a une origine figurée, en physique (corpuscule, onde, etc.), dans le lexique mathématique (boule, pavé, treillis). " Le nom établit un lien entre l'ancien savoir et le savoir nouveau où s'insère le concept original … Les analogies jouent un rôle indéniable dans la genèse du concept "…Au terme d'une analyse exemplaire de ce rôle, Molino conclut :" Les systèmes symboliques utilisés dans les sciences ont des propriétés analogues à celles des langues naturelles : le flou, l'approximation, l'extension analogique et la métaphore … Il ne faut pas sacrifier les systèmes symboliques iconiques aux systèmes de signes arbitraires : les deux sont indispensables aux démarches de la connaissance … Pensons à l'importance du langage géométrique, c'est-à-dire d'un type particulier de visée figurative, quelque abstraite qu'elle soit, dans la mathématique moderne depuis Riemann "… Ainsi c'est l'unité profonde de tous les systèmes symboliques qui fonde " la capacité de la métaphore à produire de la connaissance "…L'article " Anthropologie et métaphore ", du même auteur (Molino, 1979b), confirme ce rôle dans le champ des sciences humaines :" Les travaux de Jakobson, la diffusion des modèles linguistiques, les livres de Lévi-Strauss ont contribué à réintroduire la métaphore en anthropologie en lui donnant le statut d'un outil acceptable de description et d'analyse … Nisbet a bien montré que les concepts les plus fondamentaux de la sociologie et de l'anthropologie étaient encore des métaphores … Dans le symbolisme rituel comme dans les systèmes de croyance, dans les mythes comme dans la magie ou l'activité technique, ce sont les mêmes démarches cognitives qui sont à l'œuvre … Dans tous les cas, nous ne pouvons connaître que dans et par le travail de la métaphore "…  b) Le rejet simultané (ou négation simultanée) de l'objectivisme et du subjectivisme, le " ni l'un ni l'autre " effectif ne se rencontre pas chez les auteurs que nous avons analysés; il s'agit plutôt d'un " ni tout l'un ni tout l'autre " qui remplace les éléments rejetés par une ou plusieurs alternatives.  Un rejet de la dichotomie rationalisme / empirisme au sein de la science elle-même prépare déjà la voie :" Kant avait cru pouvoir accorder les deux caractères intuitif et apodictique des mathématiques, rejetant ainsi ce qu'il y avait d'inacceptable à la fois dans l'intellectualisme et dans l'empirisme " (Blanché, 1972). Chez Piaget, " la réduction des lois logico-mathématiques à de simples règles de langage, la réduction de l'expérience physique à l'appréhension d'un phénomène antérieur à toute conceptualisation, sont démenties par la psychologie génétique, … contrairement à la thèse empiriste et contrairement à la thèse nominaliste " (ibidem). François Rastier, dans son article " Paradigmes cognitifs et linguistique universelle " (Rastier, 1988), décrit, accompagnés de leurs options linguistiques, les deux paradigmes qui rivalisent dans les sciences cognitives, et dont le lexique rappelle étrangement celui des mythes objectiviste et subjectiviste :- le cognitivisme intégriste ou orthodoxe : " dans l'ontologie cognitiviste, comme si les objets du monde étaient des symboles, ils en partagent bien des caractéristiques, comme la discrétion et l'identité à soisymbolique "…- le connexionnisme : " l'ontologie spontanée du connexionnisme n'est pas logiciste mais "physiciste" : l'objet n'est pas une entité discrète et dotée d'une identité à elle-même, mais une singularité sur un espace continu, et dont les saisies peuvent varier indéfiniment "… Il suppose un paradigme " subsymbolique "…Rastier présente alors une troisième voie, faite de synthèse et d'alternatives :o La synthèse : " Est-ce à dire qu'il faudra choisir entre une linguistique "symbolique" et une linguistique "subsymbolique" ? … une théorie linguistique digne de ce nom se doit de penser ensemble le symboliquesubsymbolique "… Les recherches cognitives, qu'il invite à étendre aux sciences de l'homme et de la société (type théorique herméneutique, exemple : l'histoire) doivent admettre ce qu'il appelle l'herméneutique rationnelle. o Les alternatives sont constituées par " la réjouissante variété de théories qui contestent le programme formaliste : Langacker, Lakoff, Talmy ", et certaines théories plus anciennes " injustement marginalisées " : linguistiques fonctionnelles de Halliday et de S. Dik, linguistique structurale européenne. "… Ce paradigme s'assortit d'une linguistique "  et le  Lakoff et Johnson, toujours dans Les métaphores dans la vie quotidienne, après avoir réhabilité la métaphore en lui redonnant une fonction cognitive, proposent " une troisième voie qui s'oppose aux mythes de l'objectivisme et du subjectivisme "… Ce " troisième choix ", la " synthèse expérientialiste ", est en fait un mélange de synthèse et de rejet des termes de la dichotomie (ils souhaitent " en prendre et en laisser " dans chacun des deux " mythes ").- Synthèse, car " la métaphore associe la raison et l'imagination; c'est une rationalité imaginative … Une approche expérientialiste nous permet d'établir un lien entre les mythes objectiviste et subjectiviste … Il peut exister une sorte d'objectivité relative au système conceptuel d'une culture "…- Rejet, car " les mythes de l'objectivisme et du subjectivisme passent tous les deux à côté de la manière dont nous comprenons le monde grâce à nos interactions avec lui "… Pour terminer ce survol de la " troisième voie ", remarquons chez ses partisans le rôle analogue joué par des expressions comme " herméneutique rationnelle ", " rationalité imaginative ", " visée figurative quoique abstraitehumour sérieux " d'Henri Atlan dans A tort et à raison, intercritique de la science et du mythe (Atlan, 1986).. Ces expressions sont des variétés d'oxymores dont nous serons amenés à reparler …---------------------------------------------------------------------Vous êtes invités à laisser des commentaires, même brefs, sur cette première partie de l'article. La suite sera envoyée individuellement à toute personne ayant laissé un commentaire et son adresse e-mail. A bientôt ...---------------------------------------------------------------------Mots-clé : linguistique, analyse de discours, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées, Jean-Claude Milner.Keywords : linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions, Jean-Claude Milner.Schlüsselwörter : Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner.Palavras-chaves : linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner.Palabras-clave : lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner.Parola-chiave : linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni raggelate, Jean-Claude Milner.     
]]></description>
	<link>http://langaginconscient.zeblog.com/41722-metaphore-et-connaissance/</link>
	<author>Jean-Jacques Pinto</author>
	<pubDate>Tue, 23 May 2006 15:37:00 +0200</pubDate> 
</item>

<item>
	<title>Propositions doctrinales tirées de l’Œuvre claire (Jean-Claude Milner)</title>
	<description><![CDATA[

En attendant le résumé du livre de
Jean-Claude Milner : L’Œuvre
claire (Paris : Seuil. 1995), voici les Propositions
doctrinales énoncées par l'auteur à partir du chapitre II.

Propositions
doctrinales

CHAPITRE II : Le
doctrinal de science

A. Axiome du sujet
:



'il y a quelque sujet, distinct de
toute forme d'individualité empirique'.



B. Hypothèse du sujet de la science
:



'la science moderne, en tant que
science et en tant que moderne, détermine un mode de constitution du
sujet'.



C. Définition du sujet de la
science :



'le sujet de la science n'est rien
hormis le nom du sujet, en tant que, par hypothèse, la science moderne en
détermine un mode de constitution'.



D. Freud demande
:



'que doit être la psychanalyse pour
être une science qui soit conforme au modèle ?'.



E. Freud a une théorie
transversale de la science, réponse à la question :



'pourquoi y a-t-il de la science
plutôt que pas de science du tout ?'.



F. Lacan met de la prudence à
répondre à la question : 

'pourquoi y a-t-il de la
psychanalyse plutôt que pas de psychanalyse du tout ?'.



G. Théorèmes de Kojève
:



(i) 'il y a entre le monde antique
et l'univers moderne une coupure';

 (ii) 'cette coupure tient au
christianisme'.



H. Théorèmes de Koyré
:



(i) 'il y a entre l'epistèmè
antique et la science moderne une coupure';

 (ii) 'la science moderne est la
science galiléenne, dont le type est la physique mathématisée';

 (iii) 'en mathématisant son objet,
la science galiléenne le dépouille de ses qualités sensibles'.



I.
Hypothèse de Lacan :



'les théorèmes de Koyré sont un cas
particulier des théorèmes de Kojève'.


J. Lemmes de Lacan :



(i) 'la science moderne se
constitue par le christianisme, en tant qu'il se distingue du monde antique';

 (ii) 'puisque le point de
distinction entre christianisme et monde antique ressortit au judaïsme, la
science moderne se constitue par ce qu'il y a de juif dans le christianisme';

 (iii) 'tout ce qui est moderne est
synchrone de la science galiléenne et il n'y a de moderne que ce qui est
synchrone de la science galiléenne'.

 K. Cartésianisme
radical de Lacan :



'si Descartes est le premier
philosophe moderne, c'est par le Cogito',


'Descartes invente le sujet moderne';

 'Descartes invente le sujet de la
science';

 'le sujet freudien, en tant que la
psychanalyse freudienne est intrinsèquement moderne, ne saurait être rien
d'autre que le sujet cartésien'.

 L. Si l'on admet
que la proposition négative 'la conscience de soi n'est pas une propriété
constitutive de la pensée' se sténographie du nom inconscient, on obtient le
théorème :



's'il y a de la pensée dans le
rêve, il y a un inconscient'.

 M. On obtient du
même coup le lemme :



'le rêve est la voie royale de
l'inconscient'.



N. Et la définition qui se
déduit du théorème et du lemme :



'affirmer qu'il y a de
l'inconscient équivaut à affirmer ça pense'.

 O. Lacan ajoute
seulement la proposition, tirée de Descartes et étendue à Freud
:



's'il y a du penser, il y a quelque
sujet'.

 P. Premier
discriminant de Koyré :



'est galiléenne une science qui
combine deux traits : l'empiricité et la mathématisation'.

 Q. Second
discriminant de Koyré : 

'étant admis que tout existant
empirique est traitable par quelque technique et que la mathématisation
constitue le paradigme de toute théorie, la science galiléenne est une théorie
de la technique et la technique est une application pratique de la
science'.

 R. Propositions qui
se tirent à la fois de Freud et de Lacan : 

'le Moi a horreur de la science';

 'le Moi a horreur de la lettre
comme telle';

 'le Moi et l'imaginaire sont
gestaltistes';

 'la science et la lettre sont
indifférentes aux bonnes formes';

 'l'imaginaire comme tel est
radicalement étranger à la science moderne';

 'la science moderne, en tant que
littérale, dissout l'imaginaire'.

 S. La nature de la
coupure discursive se détermine ainsi : 

'dire qu'il y a coupure entre deux
discours, c'est seulement dire qu'aucune des propositions de l'un n est
synonyme d`aucune des propositions de l'autre'.

 T. Entre deux
discours réellement différents, il n'y a d'autre relation que de coupure, mais
la coupure n'est que le nom de leur différence réelle. La conclusion s'impose
: 

'une coupure n'est pas
fondamentalement chronologique'.

 U. On peut la dire
autrement, en généralisant sa portée :



'la théorie des discours est une
antihistoire'.

 V. Le doctrinal de
science se révèle reposer sur un lemme caché : 

'le discriminant de Koyré et le
discriminant de Popper sont synonymes, à condition qu`on les saisisse du point
de la contingence'.

 W. L'univers, comme
objet de la science et comme objet contingent, est infini intrinsèquement
: 

'l'infini de l'univers est la
marque de sa contingence radicale'.

 X. C'est donc en
lui et non pas hors de lui qu'on doit trouver les marques de cette infinité. La
thèse moderne par excellence se dira donc : 

'la finitude n'existe pas dans
l'univers'.

 Y. Et comme rien
n'existe que dans l'univers, elle se dit aussi : 

'la
finitude n'existe pas'.


Z. Car : 

'il n'y a rien qui soit hors
univers'.

 Z'. Le lemme
moderne tient que la finitude n'existe pas et la psychanalyse suit ce lemme.
Elle en donne même une version spécifique : 

'en tant qu'elle est une marque de
finitude, la mort n est rien dans l'analyse';

 ou : 'la mort ne compte dans
l'analyse qu'en tant qu'elle est une marque d'infinité';

 ou : 'la mort n'est rien, sinon
l'objet d'une pulsion'.



CHAPITRE III : Le
premier classicisme lacanien

&nbsp;

A.
thèse de Barthes : 



'la Littérature est intrinsèquement
moderne'.



B. hypothèse de L. Althusser
:



'l'univers de la science moderne
est coextensif au marché mondial'.



C. Foucault ne suppose que
l'affirmation d'existence 



'il y
a des coupures'.



D. Le doctrinal de science se
reformule :



 'la coupure entre epistèmè et
science moderne est une coupure majeure'.



E. le dispositif du doctrinal
de science repose sur un axiome d'existence supplémentaire :



'non seulement il y a des coupures,
mais il y a des coupures majeures '.



F. Foucault a son axiomatique
doctrinale 



('il n'y a pas de coupures majeures'),



en la corrigeant d'une
proposition pratique au sens kantien du mot :



'il y a telles circonstances qui,
l'instant d'une passion, font effet de coupure majeure et de
Repère'.



G. théorème de Staline (avec sa
réciproque) :



'il y a des changements de
l'infrastructure qui n'entraînent pas de changements dans la langue; il y a des
changements dans la langue qui ne dépendent pas de changements dans
l'infrastructure';



H. reformulation du théorème de
Staline :

'la langue est immune aux
coupures majeures' (ou, dans un langage politique : 'la langue est immune aux
révolutions').

I.
Foucault. La loi des discours se ramène à
une seule :



 'il y a des discontinuités', ou
'I'on doit dire non aux synonymies'.



J. le structuralisme en
linguistique peut s'exprimer ainsi : 



'on connaîtra le langage (une
langue naturelle donnée) en s'imposant de le considérer uniquement comme une
chaîne'.



K. conjecture hyperstructurale
de Lacan :



'la structure quelconque a des
propriétés non quelconques'.



L. théorie de la structure
quelconque. Soit un théorème provisoire :



'la structure minimale quelconque
contient en inclusion externe un certain existant distingué, qu'on appellera le
sujet'.



M. De la conjecture
hyperstructurale et de la théorie de la structure quelconque suit une thèse,
qu'on peut appeler l'hypothèse du sujet du signifiant :



'il n'y a de sujet que d'un
signifiant'.



N. Étant admis par ailleurs
l'hypothèse du sujet de la science, l'équation des sujets est une conséquence
automatique :



'le sujet de la science, le sujet
cartésien, le sujet freudien, s'ils sont des sujets, ne peuvent être que le
sujet d'un signifiant; ils ne font et ne peuvent faire qu'un'.



O. Le sujet freudien,
c'est-à-dire le sujet capable d'inconscient, peut et doit être institué comme
sujet d'un signifiant : il faut et il suffit pour cela que l'inconscient soit
pensé comme une chaîne, ce qu'assure le logion 



'l'inconscient, structuré comme un
langage'.



P. Le sujet de la science
mathématisée peut et doit être institué comme sujet d'un signifiant : il faut
et il suffit pour cela que la mathématique soit pensée comme la forme éminente
du signifiant, disjoint de tout signifié, ce que permet le galiléisme étendu
: 



le logion « la mathématique du
signifiant » (Écrits, p. 861) est réputé propre à caractériser toute science et
doit se lire réversiblement — le signifiant est intrinsèquement mathématique,
la mathématique est intrinsèquement du signifiant.



Q. le programme des
Cahiers pour l'Analyse se dit :



'l'hypothèse du sujet du signifiant
n'est pas seulement une conséquence de la conjecture hyperstructurale; elle en
est la conséquence majeure'.



ou
:



'la conjecture hyperstructurale est
la forme moderne de la question transcendantale'.



Il se dit aussi
:



'le sujet du signifiant est le
sujet métaphysique moderne'.



Il se dit enfin
:



'que peut et doit une métaphysique
moderne ?'.



R. Le premier classicisme a
pour monument majeur les Écrits.



Il constitue le développement progressif
et presque systématique du programme articulé dans le discours de Rome, en
1953.

 Il appuie l'hypothèse
hyperstructurale sur l'évidence supposée des structuralismes, comme formes
contemporaines d'un nouveau galiléisme;

 ce dernier est à considérer
lui-même comme une extension du galiléisme strict; cette extension maintient ou
plus exactement épure l'équation des sujets et l'hypothèse du sujet de la
science qui en est le pivot.

 Ses parties constituantes sont à
présent claires :






— le doctrinal de science inclut
spécifiquement l'hypothèse du sujet de la science ;

&nbsp;

— le galiléisme invoqué dans le doctrinal
prend une forme particulière, fondée sur une extension de la notion de
mathématisation et sur une extension de l'univers à des objets non proprement
naturels; c'est le galiléisme étendu ;

&nbsp;

— le galiléisme étendu inclut la
psychanalyse, moyennant le logion 'I'inconscient est structuré comme un
langage', mais ce logion lui-même requiert la conjecture hyperstructurale
;

&nbsp;

— la conjecture hyperstructurale, en tant que
théorie de la structure quelconque, et en tant que cette théorie inclut
l'émergence du sujet, est un mode de résolution de l'hypothèse du sujet de la
science; de ce fait, elle s'articule à l'axiome du sujet, homonyme et
éventuellement synonyme de la métaphysique classique.

 S. L'édifice est
majestueux, mais instable.

CHAPITRE IV : Le second
classicisme lacanien

&nbsp;

A. Le bourbakisme affirme trois
choses, touchant la mathématique : 

(1) elle est autonome à
l'égard de la science galiléenne ;

&nbsp;

(2) I'essence n'en est pas la quantité; elle
peut donc s'étendre à des objets non quantitatifs ;

&nbsp;

(3) il y a une logique
mathématique.

B. Or, Koyré suppose exactement
le contraire :

(1') quoi qu'elle soit pour
elle-même, la mathématique est considérée seulement comme la servante de la
mathématisation ;

&nbsp;

(2') elle est à entendre au sens étroit qui
seul, aux yeux de Koyré, intéresse la science moderne : la quantité ;

&nbsp;

(3') il n'y a pas de logique mathématique (cf.
Épiménide le Menteur).

C. La fonction et la forme du
mathème chez Lacan se trouvent déterminées par deux affirmations
:

a) le mathème assure la
transmissibilité intégrale d'un savoir ;

&nbsp;

b) le mathème se conforme au paradigme
mathématique.

D. Affirmer (a), c'est en fait
affirmer des propositions du type : 

'il n'y a pas de maîtres', ou :


'il n'y a pas de disciples', ou :


'il n'y a pas de sagesse', ou :


'il n'y a ni Parole ni
Présence',

'il n'y a pas de sagesse au-delà du
savoir'.



E. Ces exclusions sont le
propre de l'univers moderne. Cela se comprend mieux si l'on combine (a) et (b).
Par cette combinaison s'obtient la thèse sous-jacente :



'la mathématique est le paradigme
de la transmissibilité intégrale'.

 

F. 'Je ne suis pas un maître,
j'en occupe la position', voilà donc les conclusions que Lacan n'a pas pu ne
pas tirer pour lui-même au moment ou se déploya le plus complètement le
dispositif de sa mathématisation.

&nbsp;

&nbsp;

G. Là ou la mathématique
prébourbakiste s'autorisait de la cohérence rationnelle, venue des Grecs,
Bourbaki s'autorise de la seule consistance littérale. Mais il la répute
homogène à la précédente.



Lacan, s'appuyant sur
l'hyperbourbakisme, donne un tour supplémentaire au garrot : y eût-il
consistance littérale, elle ne laisserait pas d'être imaginaire, parce que
toute consistance est toujours variante du lien; mais il n'y a pas de
consistance littérale, parce que la littéralité n'est pas de l'ordre de la
consistance.



H. le nœud est dit « le
meilleur support que nous puissions donner de ce par quoi procède le langage
mathématique ». Trois propositions sont ainsi avancées :



Premièrement, le mathématique dont
se soutient le mathème est le mathématique détaché de la déductivité, laquelle
est réputée tout à la fois acquise et sans portée : c'est ce que signifie
l'incise « une fois qu'il est suffisamment repéré quant à ses exigences de pure
démonstration »; on se trouve ici au cœur du second classicisme.





Deuxièmement, le mathématique,
disjoint de la déductivité, consiste en un littéral pur : le maniement des
lettres, et non le commentaire parlé, qui ramène aux chaînes de
raisons.





Troisièmement, de ce
mathématique-là, c'est le borroméanisme qui est le support, puisque le
borroméanisme n'est rien de plus et rien de moins que ceci : il suffit qu'un
rond ne tienne pas pour que les autres se dispersent, or, cette propriété est
jugée le meilleur et peut-être le seul analogue de la propriété définitoire du
littéral comme tel.



I. L'équation des sujets
identifiait le sujet de la science et le sujet sur quoi opère la psychanalyse :
ils ne faisaient qu'un, parce qu'ils ne faisaient qu'un avec le sujet du
signifiant; par l'hypothèse de Lacan on comprend que l'expression « sujet sur
quoi opère la psychanalyse » est à dédoubler : 



il y a l'individu affecté d'un
inconscient, que rencontre la pratique analytique en ce qu'elle a de plus
technique

 



et il y a le sujet tel que la
théorie de la structure quelconque le définit : c'est le sujet d'un
signifiant.

 



Il n'y a pas deux sujets qui ne
font qu'un, mais un seul sujet et un individu qui, radicalement distinct du
sujet, coïncide avec lui.





Dire cela, c'est dire que la distinction
est irréductible et qu'être le même signifie être l'Autre.



J. On voit la doctrine
:



Prémisse 1 : 'le sujet de la
science est le sujet d'un signifiant' (hypothèse du sujet du signifiant,
formulée par le premier classicisme, maintenue dans le second).

&nbsp;

 Prémisse 2 : 'le sujet d'un
signifiant coïncide avec un individu affecté d'un inconscient' (hypothèse de
Lacan, formulée seulement dans le second classicisme).

&nbsp;

 Prémisse 3 : 'la psychanalyse dans
sa pratique opère sur un individu affecté d'un inconscient' (hypothèse
fondatrice de Freud).

&nbsp;

 Conclusion : 'la psychanalyse dans
sa pratique rencontre par coïncidence un sujet'.



K. 'le signifiant ne pense
pas'

&nbsp;

L. 'il y a mutuelle exclusion
entre la philosophie et le mathème de la psychanalyse'.

___________________________________________________________

&nbsp;

Merci de bien vouloir
laisser un commentaire ci-dessous



----------------------------------------------------------------------

Mots-clé
: linguistique, analyse de discours, métaphore, psychanalyse, Lacan,
psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie,
rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire,
traduction, malentendu, expressions figées, Jean-Claude Milner.

Keywords
: linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan,
psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics,
argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding,
frozen expressions, Jean-Claude Milner.

Schlüsselwörter
: Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale
Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation,
Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis,
starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner.

Palavras-chaves
: linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia,
psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação,
epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões
bloqueadas, Jean- Claude Milner.

Palabras-clave
: lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan,
psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica,
argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción,
malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner.

Parola-chiave
: linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia,
psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione,
epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso,
espressioni idiomatiche, Jean-Claude Milner.

]]></description>
	<link>http://langaginconscient.zeblog.com/41386-propositions-doctrinales-tirees-de-l-uvre-claire-jean-claude-milner/</link>
	<author>Jean-Jacques Pinto</author>
	<pubDate>Mon, 22 May 2006 14:57:00 +0200</pubDate> 
</item>

<item>
	<title>Traduction et interprétation</title>
	<description><![CDATA[
  Ce texte, distribué aux étudiants de Mme Inès OSEKI-DÉPRÉ (Master "Littérature mondiale et interculturalité, Spécialité : traduction littéraire, Faculté des Lettres d'Aix-en-Provence), est en cours d'évaluation pour publication - sous une forme plus développée - dans la revue du CLAIX (Cercle linguistique d'Aix-en-Provence).Translation and interpretationThis paper, handed to the students of Mrs. Ines OSEKI-DÉPRÉ (Master “World Literature and interculturality, Subject : literary translation, Faculté des Lettres, Aix-en-Provence, France), is under review for publication - in an extensive form - in the CLAIX publication (Cercle Linguistique d'AIX-en-Provence). TRADUCTION ET INTERPRÉTATION L’interprétation en psychanalyse :Traduction, transcription, ou translittération ? I.&nbsp;INTRODUCTION •&nbsp;Nous parlons ici de l’interprétation en psychanalyse freudo-lacanienne, différente de l’interprétation en psychologie analytique jungienne. •&nbsp;En dépit de ce qu’on peut lire même sous la plume de certains psychanalystes, l’inconscient n’est pas archaïque, primitif, sous-développé ou inculte. Il connaît toutes les possibilités de transformation linguistiques et rhétoriques, et utilise pour se manifester toutes les combinaisons et permutations imaginables. Exemple vécu : une amie marseillaise, peut-être travaillée par la faim, s’écrie devant un immeuble monumental : “Quelle belle charcuterie”, au lieu de “Quelle belle architecture”. C’est une anagramme presque parfaite (à part le t répété dans architecture). L’inconscient a&nbsp; fourni instantanément le résultat de la permutation, là où la pensée consciente aurait mis au minimum une dizaine de secondes (par exemple dans l’ancien jeu télévisé : “le mot le plus long”). De même, indique Freud, on trouve souvent dans le rêve “des opérations très complexes que le rêveur accomplit avec une facilité stupéfiante”. •&nbsp;Le “codage” inconscient peut utiliser n’importe quel niveau de complexité linguistique, donc la solution - le déchiffrement des énigmes qu’il nous soumet - relève de n’importe quel niveau : « Tout élément linguistique, du trait distinctif des phonèmes à la transformation et à la phrase, est un support potentiel de l’insistance du signifiant » (Mitsou Ronat). Nous insisterons aujourd’hui sur les rébus inconscients, ignorés du grand public et souvent hélas de beaucoup de psychanalystes. Pour celà nous recourrons au fonctionnement des langues à écriture non alphabétique. •&nbsp;Annonçons déjà que la&nbsp; limite de l’interprétation en psychanalyse freudienne, c’est sa disparition : les analystes doivent être “sourciers” (orientés vers la source) et non “ciblistes” (orientés vers la cible). L’interprétation doit émerger et s’imposer du réseau d’associations faites par le patient à partir d’une des formations de l’inconscient (rêve, symptôme lapsus etc.), réseau qui conduit non pas à une explosion combinatoire, mais à des nœuds où se recoupent les fils associatifs et où se lit la solution. Quand Freud lui-même se détourne de sa propre méthode, il devient cibliste : c’est l’inconscient de l’analyste augmenté de ses normes qui parle, et non celui du patient. II.&nbsp;LES LANGUES A ÉCRITURE NON ALPHABÉTIQUE A.&nbsp;Il vaudrait peut-être mieux les nommer “Langues à écriture non phonétique”, car il existe : 1.&nbsp;des écritures phonétiques : alphabétiques ou syllabiques 2.&nbsp;des écritures non phonétiques au départ, mais en fait toujours mixtes : sumérien, akkadien, égyptien, hittite hiéroglyphique, chinois. Nous prendrons deux exemples, l’un antique, l’égyptien hiéroglyphique, l’autre actuel, le chinois. a)&nbsp;L’écriture égyptienne. En théorie, chaque signe peut : (1)&nbsp;dessiner la chose concrète à représenter :&nbsp; pictogrammes (maison, arbre, animal), signes à valeur figurative ; (2)&nbsp;évoquer un concept abstrait&nbsp; : idéogrammes (dérivation du sens concret par des figures de rhétorique comme métaphore, métonymie, synecdoque : jour, mère, marcher), signes à valeur symbolique ; (3)&nbsp;écrire sous forme de rébus les consonnes correspondantes sans noter les voyelles : phonogrammes, signes à valeur phonétique :&nbsp;  (a)&nbsp;Les signes unilitères correspondent, à l'origine, à des signes-mots d'une seule consonne, mais sont utilisés comme nos lettres de l'alphabet pour noter des consonnes. (b)&nbsp;Les signes bilitères valent pour deux consonnes.La pénurie de figures symboliques mène au rébus graphique. Encyclopædia Universalis :&nbsp;“ Toutefois, si ingénieux soit-il, l’homme peut difficilement traduire dans le système pictographique des abstractions comme « se souvenir » ou « aimer ». Pour exprimer ces conceptions, […] le système d’écriture égyptien utilisa […] l’homophonie&nbsp; et le rébus graphique. Le principe de l’homophonie est simple : dans la langue parlée, « échiquier » se disait men . Le dessin qui représentait un échiquier fut alors utilisé, d’une part, pour signifier l’objet&nbsp; échiquier, mais aussi pour écrire le son&nbsp; « men » ; le mot abstrait « rester, demeurer », qui se prononçait ainsi, s’écrira donc, lui aussi, par l’échiquier. La « houe » se disait mer , le dessin qui la représente servira de plus à écrire le mot homophone mer&nbsp; « amour ». […] Mais, même ainsi, le nombre d’homophones est limité, et il fallut trouver un moyen d’étendre le procédé à des mots composés. Par exemple, le mot « établir » se disait s(e)m(e)n , pour lequel il n’existait pas d’homophone qui puisse être dessiné ; le scribe utilise alors deux images qu’il accole l’une à l’autre : une pièce d’étoffe pliée qui se lisait s(e) , et l’échiquier m(e)n , et l’ensemble des deux se lit alors : s(e)&nbsp; + m(e)n&nbsp; = s(e)m(e)n. […] C’est le principe du rébus graphique , dans lequel le mot « chagrin », par exemple, pourrait être décomposé en deux dessins : un « chat » suivi d’un « grain ». ” (c)&nbsp;Les signes trilitères valent pour trois consonnes : n(e)f'e)r (dessin d’un instrument de musique) note par homophonie le mot “beau”. (4)&nbsp;enfin chaque signe peut, placé à la fin d'un mot et non prononcé, classer ce mot dans une catégorie de sens (déterminatif) : signes à valeur déterminative. Encyclopædia Universalis :&nbsp;“Pour distinguer entre les mots similaires d’une part, d’autre part sans doute pour séparer les mots entre eux, les scribes prirent peu à peu l’habitude d’ajouter, après les signes écrivant phonétiquement le mot, un idéogramme indiquant à quelle catégorie générale ce mot appartenait. Ainsi les mots impliquant une notion de force seront suivis du signe d’un bras armé ; les noms d’animaux, d’oiseaux seront suivis d’un bœuf, ou d’une chèvre, ou d’une oie ; les noms de plantes, de fleurs, les mots abstraits, d’un rouleau de papyrus scellé. On a appelé déterminatifs ces idéogrammes qui, bien entendu, ne se lisent pas.” b)&nbsp;L’écriture chinoise repose sur les mêmes principes que la précédente, et comprend : (1)&nbsp;des pictogrammes (objet) : soleil, lune (2)&nbsp;des idéogrammes simples (idée) : symbole (représentation abstraite). Exemples : les chiffres 1, 2, 3. Les caractères “shang” (monter), “xia” (descendre). (3)&nbsp;des idéogrammes composés (idée) : combinaison simples, sans phonétique formant de&nbsp; nouveaux mots : soleil + lune -> lumière ; femme + enfant -> (être) bien ; femme + toit -> paix (4)&nbsp;des emprunts rébus : le signe “wo” (je) désignait à l’origine la hallebarde, homophone. (5)&nbsp;des idéophonogrammes (cf en égyptien phonétique + déterminatif):&nbsp;&nbsp; femme (catégorie) + cheval (son “ma”) -> caractère “ma” (maman);&nbsp; l’équivalent du déterminatif se nomme “clé”. B.&nbsp;Dans ces écritures, le “contenu manifeste” (ce qui se voit, le dessin) diffère, sauf pour les pictogrammes, du “contenu latent“ (ce qui se lit), chaque signe peut se lire de plusieurs façons, et cette lecture dépend du contexte : en égyptien le signe "pr" (maison) peut signifier le mot "maison", dans un autre mot "hpr" (naître)&nbsp; les consonnes "p" + "r", enfin placé à la fin d'un mot, il indique qu'il s'agit d'un bâtiment ou d'une partie de bâtiment. Dans les formations de l’inconscient comme dans ces écritures chaque élément à interptéter a plusieurs lectures, et c’est le contexte (ici les associations du “patient”) qui donne la fonction de chaque élément.Les raisons qui ont empêché pendant près d’un millénaire et demi le déchiffrement des hiéroglyphes, notamment la méconnaissance des rébus graphiques, s’apparentent à celles qui faisaient et font souvent encore obstacle au déchiffrement de l’inconscient, avec en prime le “conflit des interprétations”.  Extrait de notre article dans Marges Linguistiques : « […]&nbsp; les cliniciens de la psychanalyse […] partent certes d’un matériel verbal abondant, mais se condamnent à une babélique confusion des langues, faute d’expliciter leurs procédures de traduction du contenu manifeste (le matériel verbal) au contenu latent (ce qu’ils y lisent). Prenons, a contrario, l’exemple du déchiffrement de l’écriture cunéiforme (le parallèle entre l’inconscient et les écritures non-alphabétiques est constant chez Freud et Lacan) (Doblhofer, 1959, pp. 137-138) : “On envoya sous pli cacheté à chacun des quatre assyriologues la copie d’une inscription cunéiforme qu’ils ne pouvaient connaître parce que récemment découverte. […] Les quatre savants furent priés de la traduire chacun pour son compte et de faire connaître le résultat de leur déchiffrement. […] Les transcriptions revinrent, également cachetées, à la Société [la Royal Asiatic Society] qui choisit un jury et convoqua une assemblée solennelle. On put alors étaler aux yeux du monde entier la preuve éclatante que la jeune assyriologie reposait sur des fondements solides. Les quatre textes concordaient sur tous les points essentiels, bien qu’on dût y reconnaître évidemment de légères divergences […] Mais selon l’avis unanime du jury, le déchiffrement était une affaire acquise.” On imagine mal l’obtention d’un tel résultat en soumettant un rêve, une séance, une portion de biographie, une interview ou quelque matériel verbal que ce soit à quatre psychanalystes différents […] En psychanalyse règne donc le conflit des interprétations». III.&nbsp;LES FORMATIONS DE L’INCONSCIENTOn désigne en psychanalyse par cette expression l’ensemble constitué par les rêves, les symptômes des différentes névroses (hystérique, obsessionnelle, phobique), les lapsus, oublis et actes manqués, et l’on y rattache les mots d’esprit. A&nbsp; titre bibliographique on peut lire les trois seuls livres de Freud où il donne vraiment tout le matériel d’associations qui lui sert à asseoir ses interprétations (et donc, en accord avec Karl Popper,&nbsp; nous laisse la possibilité de les réfuter !)&nbsp; : &nbsp; Psychopathologie de la vie quotidienne&nbsp; L’interprétation des rêves&nbsp; Le mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient. A.&nbsp;Ces formations de l’inconscient fonctionnent en grande partie comme les écritures non alphabétiques, notamment — et nous commencerons par là — en ce qui concerne le recours au rébus graphique (pour Freud fonctionne le principe, simplifié pour l’occasion : “le rêve est un rébus”).  1.&nbsp;Il existe d’une part des rébus inconscients portant sur des mots : apparition, par exemple dans un rêve, d’images dont la lecture phonétique aboutit à des mots mono-, di- voire trisyllabiques homophones de ces images. C’est bien sûr la séquence des associations d’idées du rêveur, et elle seule, qui garantit, par le contexte qu’elle fournit, la lecture phonétique plutôt que figurative ou symbolique.  Freud&nbsp; : “Le contenu du rêve nous est donné sous forme d’hiéroglyphes dont les signes doivent être successivement traduits dans les pensées du rêve [les associations du rêveur]”. Quelques exemples : a)&nbsp;Dans un rêve apparaissent successivement une île, puis une faux. La lecture par pictogrammes aboutit à un non-sens : aucun rapport entre une île et une faux. La lecture par idéogrammes donnerait par exemple : l’île symbolise l’isolement, la faux symbolise la mort, donc cette séquence signifie l’isolement conduit à la mort. La lecture phonétique, confirmée par les association du rêveur, montre que la séquence est à prononcer : “il faut”, et que le rêve énonce un impératif dont le contenu est à déchiffrer dans la suite du rêve. N.B.: nous ne parlerons pas ici de la présence de déterminatifs dans certains rêves, c’est-à-dire d’éléments qui, sans être eux-mêmes à lire, n’apparaissent que pour orienter ou préciser la lecture d’autres éléments du rêve, par exemple pour indiquer si tel élément doit être lu comme pictogramme, idéogramme ou phonogramme. b)&nbsp;Une épouse délaissée par son mari rêve une nuit du chanteur Gilbert Bécaud. Les associations qu’elle fait dans les séances suivantes livrent le rébus suivant : elle désire que son mari, prénommé Gilbert, se remette à lui faire des bécots (à lui donner des baisers). c)&nbsp;Une jeune femme ne pouvait s'empêcher de tromper sans motif son compagnon régulier avec un amant ; elle fait une nuit un rêve où elle se promène avec cet amant sur les quais de Londres et contemple un port de plaisance. Le psychanalyste lui demande un synonyme de “port de plaisance” et la patiente répond “une marina”. Or il se trouve que c'est son prénom, d'où une signification possible du rêve, confirmés par les séances suivantes : “m'appelant Marina, je suis moi-même un port de plaisance, l'homme avec qui je trompe mon compagnon est dans la réalité un marin, qui a&nbsp; probablement “une femme dans chaque port” (et un port dans chaque femme ?!). La jeune femme avait pour des raisons anciennes un fantasme de prostitution. Son comportement a progressivement changé par la suite. d)&nbsp;Dernier exemple : une enseignante commence une psychanalyse car, abandonnée par son ami (Jacques) qui la torture psychologiquement en s’exhibant au bras de ses nouvelles conquêtes, elle n’arrive pas à faire le deuil de cette relation et à rencontrer un autre homme. Après quelques mois surviennent les deux séances suivantes : (1)&nbsp;Elle parle de Jacques pendant un quart d’heure, s’interrompt pour décrire la seule image qui lui reste d’un rêve de la nuit : elle est dans une grande prairie verte, puis termine la séance par des associations diverses.&nbsp; Le psychanalyste vers la fin de la séance entend se former dans son esprit un jeu de mots tellement saugrenu qu’il l’écarte avec scepticisme : Jacques, pré vert -> Jacques Prévert.  (2)&nbsp;Lors de la séance suivante, presque identique, la patiente parle de Jacques pendant un quart d’heure, s’interrompt pour dire qu’elle a rêvé mais qu’elle a oublié son rêve, puis enchaîne : “ce matin j’ai traité en cours un poème de Jacques Prévert”. Quelque temps plus tard elle a pu revenir sur son rêve, est passée elle-même par association phonétique de la prairie verte au pré vert, pour finir par énoncer l’anagramme “Je trouve Jacques pervers”, ce que sa conscience admettait d’emblée mais que son inconscient refusait jusqu’au rêve. Cette reconnaissance lui a permis de se détacher de cet homme, et de rencontrer peu après quelqu’un d’autre. (3)&nbsp;Dans ce rêve, l’inconscient combine le rébus (pré vert) avec l’anagramme (pervers). Il peut recourir à d’autres permutations comme la contrepèterie : un rêve où figurent des poutres de fer  se révèle par les associations du rêveur concerner le foutre du père (son sperme). 2.&nbsp;Il existe d’autre part des rébus inconscients portant sur des expressions entières, sans recours à homophonie : le rébus met alors en images une expression figée (“rouler à tombeau ouvert”, “avoir le pied au plancher”) et la scène obtenue fait énigme par le non-sens apparent d’une métaphore illustrée à la lettre. Si ce procédé ludique n’est pas attesté dans les écritures non alphabétiques, il apparaît dans les livrets “idiomatics” (répertoires comparatifs bilingues d’expressions) ainsi qu’au cinéma (Chico Marx demande à son frère Harpo adossé à une maison : “tu tiens le mur?”; celui-ci acquiesce, s’écarte, et le mur s’écroule …!). &nbsp;Exemple en psychanalyse : un patient qui a entendu la veille une amie dire de son analyste (à lui) “je le trouve en perte de vitesse” se rêve au sommet d’un immeuble d’où il voit avec effroi un avion tournoyer lentement en perdant de la vitesse pour s’écraser finalement quelque part dans la ville. 3.&nbsp;L’existence de ces deux types de rébus montre clairement que l’analyste doit absolument connaître la langue maternelle des patients s’il veut, pour lui-même, anticiper sur la solution des énigmes inconscientes qu’ils énoncent, solution qu’encore une fois seuls les recoupements associatifs peuvent valider. D’autre part il lui faut en quelque sorte se rendre aveugle aux images qu’on lui rapporte pour ne pas rester sourd aux sons qu’elles véhiculent … 4.&nbsp;En dehors des rêves, et sans parler des calembours et charades avec ou sans tiroirs (cf. Freud : Le mot d’esprit), on rencontre des rébus-charades&nbsp; : — dans les lapsus et les oublis de mots. Exemple de Freud : un jeune homme oublie le mot latin aliquis; ses associations, dont la première, qu’il juge incongrue, consiste à scinder ce mot en a- privatif et -liquis, l’amènent à dévoiler sa secrète préoccupation : sa maîtresse n’a plus (a-) ses règles (-liquis) ; — ainsi que dans certaines hallucinations : un patient “retombé en enfance” visualise l’énoncé “je suis petit” en percevant son corps comme rétréci, un clochard ramassé en coma éthylique par deux policiers se réveille en hallucinant qu’il est attaqué par des “hirondelles”. B.&nbsp;Nous avons jusqu’ici parlé de rébus graphiques inconscients pour illustrer l’analogie avec les écritures non alphabétiques, et parce qu’ils sont les plus fréquents. Mais en fait chaque fois que du phonétique (auditif verbal) est codé par du non-verbal issu d’une perception quelconque (les “cinq sens”) , il y a rébus, et l’inconscient utilise de tels rébus. A côté du rébus classique où l’auditif verbal est codé par du graphique (visuel figuratif), on rencontre donc : 1.&nbsp;des rébus musicaux où du phonétique est codé par de l’auditif non verbal (musique) :  a)&nbsp;Un homme s’interrompt au milieu d’une conversation qui amène sur ses lèvres des propos agressifs pour son amie. Une mélodie de Jazz s’impose alors à son esprit de façon insistante. Lorsqu’il se demande quel en et le titre, il s’avère que le morceau s’appelle Suspended sentence (la phrase en suspens). b)&nbsp;Un jeune scientifique africain fuit son pays la veille d’un mariage dont la perspective l’effraie. Il reprend ses études à Marseille, mais lorsqu’il commence une nouvelle liaison quelques mois plus tard, il est atteint d’impuissance sexuelle. Le médecin, ne trouvant aucune cause biologique, l’adresse à un psychanalyste. Ce jeune homme, malgré son esprit rationnel, ne peut s’empêcher de penser que sa future belle-mère lui a jeté un sort pour le punir de sa désertion. Lors d’une séance, il reste un moment silencieux. Questionné à ce sujet par l’analyste, il répond qu’aucune pensée verbale ne lui est venue, mais qu’un air de Carlos Santana résonne dans sa tête de façon obsédante. Or le titre en est : Black Magic Woman (femme à la magie noire) … 2.&nbsp;des rébus gustatifs : certaines préférences et aversions alimentaires héritées de l’enfance ses révèlent à l’analyse reposer sur des jeux de mots : a)&nbsp;de type calembour : un constipé chronique raffole de féculents (fait-cul-lent !!!) ; b)&nbsp;de type mot d’esprit reposant sur une métaphore : &nbsp;Un patient obsessionnel, que la violence culpabilise, ne peut supporter ni la tomate ni l’oignon (il rejette tout plat qui en contient la moindre trace). Lorsqu’enfant il était angoissé au cinéma en voyant couler le sang ou verser des larmes, sa mère croyant le rassurer lui disait : “ce sont des truquages : le sang, c’est de la sauce tomate, et pour les larmes, les acteurs se font pleurer avec un oignon” !!! c)&nbsp;Ces préférences et aversions disparaissent d’ailleurs au cours de l’analyse, preuve qu’il ne s’agit pas de tendances héréditaires ou d’origine biologique acquise. 3.&nbsp;des rébus olfactifs : un patient obsédé par la crainte d’émettre des pets en public a l’illusion de sentir des émanations de gaz dans une cuisine collective qui ne comporte pourtant que des plaques électriques&nbsp; ! ! 4.&nbsp;des rébus tactiles : dans les symptômes de la névrose hystérique on rencontre soit des anesthésies de zones corporelles ayant une signification particulière pour tel patient, soit de l’hyperesthésie sous forme de douleur : &nbsp;Un homme présente à la joue gauche une douleur inexplicable médicalement. Ses associations sous hypnose révèlent que celle-ci est apparue le lendemain d’un soir de fête où sa femme lui a dit : “Comment peux-tu ainsi, devant moi, jouer les séducteurs auprès de toutes ces dames, alors que je sais très bien que tu n’es plus un homme !” (que tu es impuissant). “Ces mots, dit-il, m’ont frappé comme une gifle au visage” … IV.&nbsp;EN QUOI CONSISTE DONC L’INTERPRÉTATION PSYCHANALYTIQUE ? Il faut ici distinguer pour les phénomènes psychiques humains l’interprétation-décodage, non contextuelle, et l’interprétation-déchiffrement, contextuelle. A.&nbsp;Les prémisses de l'interprétation-décodage sont fausses : on suppose qu'il existe un code (le langage étant considéré comme un code parmi d'autres), donc on cherche à décoder les signaux psychiques. &nbsp;Dans un code il y a correspondance biunivoque entre deux signes, non-ambiguïté (souvent imparfaite), fonctionnement non-contextuel du système de signaux. Deux possibilités : 1.&nbsp;Négation de la structuration verbale du psychisme : on interprète des comportements. La garantie est biologique. &nbsp;Si on croit trouver une correspondance biunivoque innée entre les comportements et leur signification, le garant est l’hérédité (ex: “langage” des abeilles”) : on est dans l’éthologie.&nbsp;Si on croit que cette correspondance est acquise, on est dans le modèle comportementaliste  : le comportement résulte d’un&nbsp; conditionnement familial ou social du type stimulus/réponse, entrée/sortie (le psychisme est une boîte noire dont on ne veut rien savoir). 2.&nbsp;Reconnaissance de la structuration verbale du psychisme : on suppose une correspondance biunivoque entre la langue-source des rêves et la langue-cible du niveau conscient. Deux cas : &nbsp; &nbsp;L’antique clef des songes dont le garant est divin. Dieu ou les dieux nous parle(nt) dans nos rêves, et l’oniromancien traduit. Ex : Joseph et le rêve des vaches grasses et des vaches maigres. &nbsp;L’interprétation par symboles en psychanalyse. Elle fonctionne comme clef des songes moderne dans la presse de vulgarisation et une certaine littérature psychanalytique “pansexualiste” : tout objet allongé (stylo, etc.) est un pénis, tout objet creux (sac à main etc.) est un vagin, tout objet rond (ballon etc.) représente le sein ou la grossesse ! Ce décodage stupide est tourné en dérision par un philosophe scandinave :  Interprétation des rêves simplifiée :. &nbsp;“Tout ce dont vous rêvez est concave ou convexe,&nbsp;donc quoi que vous rêviez, il est question de sexe” ! &nbsp; B.&nbsp;L'interprétation-déchiffrement :  Roland Barthes dans Éléments de séméiologie&nbsp; démontre que chez l'homme tout code est défini à partir du langage, tout le non-verbal (analogique) est défini depuis le verbal (digital). Or le langage humain n’est pas un code : avec sa double articulation, il est fondamentalement ambigu et équivoque, donc le contexte joue un rôle essentiel dans sa compréhension. &nbsp;Dans l'interprétation-déchiffrement,&nbsp; l’ambiguïté du signifiant acoustique ou graphique est prise en compte : il n’y a pas de clef des songes, un même rêve qui se répète peut signifier chaque fois une&nbsp; chose différente.  Pour le psychanalyste Jean Allouch dans Lettre pour lettre (Editions Erès, 1984) : 1.&nbsp;transcrire est écrire en réglant l’écrit sur quelque chose en dehors du champ du langage [réel] ; &nbsp; 2.&nbsp;traduire est écrire en réglant l’écrit sur le sens [imaginaire] ; &nbsp; 3.&nbsp;translittérer est écrire en réglant l’écrit sur l’écrit [symbolique] : déchiffrement d’une écriture non alphabétique ou des formations de l’inconscient. &nbsp; &nbsp;&nbsp;Donc l’interprétation en psychanalyse n’est ni une transcription, ni une traduction, mais une translittération. C'est un déchiffrement littéral de l’écriture inconsciente. &nbsp; Merci de bien vouloir laisser un commentaire ci-dessous ----------------------------------------------------------------------Mots-clé : linguistique, analyse de discours, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées,&nbsp; Jean-Claude Milner. Keywords : linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions,&nbsp; Jean-Claude Milner. Schlüsselwörter : Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner. Palavras-chaves : linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner. Palabras-clave : lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner. Parola-chiave :&nbsp; linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni raggelate, Jean-Claude Milner.  
]]></description>
	<link>http://langaginconscient.zeblog.com/41340-traduction-et-interpretation/</link>
	<author>Jean-Jacques Pinto</author>
	<pubDate>Mon, 22 May 2006 11:21:00 +0200</pubDate> 
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	<title>Extrait du Mémoire de psychiatrie de J.-J. Pinto sur la psychothérapie des psychoses (partie théorique)</title>
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 Ce mémoire, intitulé A propos de la prise en charge d'un psychotique : réflexions critiques, Marseille, 1978, met en relation la mise en place du fantasme et la fonction métaphorique qui, lorsqu'elle fait défaut, peut rendre compte d'un des versants de la psychose. [un schéma sera bientôt joint à ce texte] Excerpts of the Thesis of psychiatry by J-J.Pinto on the psychotherapy of the psychosis (theoretical part) This thesis, entitled "Taking care of a psychotic patient" : critical remarks, Marseilles, 1978, brings together the setting up of fantasy and the metaphorical function which, when missing, can explain one of the two kinds of psychosis. A- RAPPEL DES DONNÉES LACANIENNES SUR LA PSYCHOSEElles sont principalement exposées dans le chapitre des Écrits intitulé « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose ».Nous avons également complété certains points à l’aide de deux articles parus dans la revue Scilicet (n°2-3, 1970) : « Le clivage du sujet et son identification » et « Pour une logique du fantasme ».Le schéma que nous donnons comme support à ce rappel théorique est celui proposé par Lacan dans le texte cité, légèrement modiofié (en fonction des notes de bas de page) de façon à le rendre plus explicite.“La condition du sujet S (Névrose ou psychose) dépend de ce qui se déroule en l’Autre A”. Le terme de “grand Autre” désigne chez Lacan le réseau des signifiants, régi par une logique combinatoire impliquant l'absence et le retour périodique de tout signifiant dans la chaine parlée, fonctionnement radicalement distinct de celui du corps. Ce fossé impossible à combler entre la logique du signifiant et le lieu du corps est un des aspects du réel.Trois points particuliers de ce réseau des signifiants constituent le triangle du Symbolique : M désigne “le signifiant de l'objet primordial”, c'est-à-dire la mère en tant qu'elle est le premier individu réel à faire connaître à l'enfant en lui parlant le réseau de signifiants qui, du point de synchronique, n'est qu'un abstraction.P représente la fonction paternelle (ou Nom-du-Père) qui n'est pas supportée par un individu réel, mais figure dans le discours de la mère. L'est l'ensemble des signifiants auxquels elle recourt pour signifier la Loi à elle-même d'abord, à l'enfant ensuite.Cette loi consiste en ce que la jouissance est impossible pour tout sujet parlant. Chaque sujet a éprouvé la présence de la mère comme cette Chose confuse qui met fin à la tension que cause le besoin, mais cette Chose est à jamais perdue, et le signifiant qui invoque en vain son retour ne fait que rendre son absence plus sensible ("le signifiant est la mort de la Chose ").La fonction paternelle rappelle l'existence de cette Loi à tout sujet, en la transformant en un interdit ("la jouissance est interdite à qui parle comme tel") mais permet simultanément au sujet de sortir de cette impasse par la voie du désir ("la fonction du Nom-du-Père est d'unir un désir à la loi").A cette transgression que constitue le désir, le Nom-du-Père fournit un instrument : le Phallus symbolique, qui est, là encore, une fonction signifiante chargée à la fois de rappeler la loi (castration symbolique), substituer à la Chose perdue l'objet a ou objet du désir, et de mettre en place pour le sujet la chaîne du fantasme nécessaire à la réalisation du désir. Si la jouissance totale et permanente reste interdite, une jouissance partielle et transitoire devient ainsi possible grâce au fantasme.L'objet du désir, venant en place d'un manque, n'a en lui-même aucune consistance. Il est éminemment changeant et insaissable, à l'opposé de l'objet du besoin.Ainsi, pour que le mirage du désir puisse s'établir, il faut que le Phallus symbolique masque le vide de l'objet par une illusion de consistance que désigne phi (le phallus imaginaire). C'est la fonction imaginaire de la castration, par laquelle le sujet croira momentanément pouvoir combler le manque et retrouver la Chose pour fusionner avec elle.C'est ainsi que l'enfant, objet a du désir de la Mère, apparaît d'abord au point phi, où elle le situe dans son imaginaire comme ce qui pourrait combler son manque. Mais comme elle se soumet à la Loi, elle accepte d'avance que la jouissance née de la fusion imaginaire avec son enfant doive cesser un jour, qu'il doive se détacher d'elle. Elle le voit donc d'un autre point, d'un point I situé dans le symbolique.I représente donc l'Idéal du moi, troisième sommet du triangle du symbolique, défini comme le point d'où le sujet se voit aimable dans le discours de la mère. Cet Idéal du moi est fait de signifiants que le sujet cherchera à rejoindre par la voie de l'identification.Cette sollicitation à "grandir" à "devenir quelqu'un" va d'abord engendrer une première identification à l'image du miroir i(a), qui est l'image de son corps et de tout semblable, notamment la Mère. C'est ce qui constituera le moi, instance imaginaire pour Lacan. L'image spéculaire constitue le prototype du moi idéal imaginé comme tout-puissant car c'est aussi l'image de la Mère qui peut satisfaire à ce stade toutes les demandes de l'enfant. La crainte que cette image unifiée ne soit détruite correspond à l'angoisse de morcellement.[passage à compléter]Il importe, en résumé, de bien distinguer les trois niveaux que la psychose bouleversera :- Le niveau de la relation imaginaire m  i (a) entre le moi et le moi idéal, repérable dans le discours par tous les énoncés grammaticaux commençant par "Je", donc revendiqués par le sujet.- Le niveau du fantasme $  a reliant le sujet a l'objet du désir, et repérable dans les énoncés grammaticaux qui n'ont pas "Je" pour sujet (Par exemple : "On bat un enfant"). C'est le champ de la Réalité psychique.- Le niveau de l'Inconscient ou figurent les signifiants M, I et P, qui est un discours non-grammatical régi par une logique purement combinatoire (lapsus, rêves, associations libres). Le fantasme se construit sur les associations inconscientes mais ne s'y résume pas puisqu'il est déjà une mise en forme grammaticale où peut jouer la métaphore.Dans la psychose, il y a forclusion du Nom-du-Père, c’est-à dire que le sujet n’a jamais trouvé dans le discours de la Mère cette fonction symbolique lui permettant d’accéder au désir. “Si à l’appel du Nom-du-Père répond une carence du signifiant lui-même (forclusion), la carence de l’effet métaphorique provoque un trou à la place de la signification phallique”.Ce signifiant est appelé par le sujet dans toute situation triangulaire conflictuelle, que seule la castration symbolique permet de dépasser : “Pour que la psychose se déclenche, il faut que le Nom-du-Père, forclos, c’est-à-dire jamais venu à la place de l’Autre, y soit appelé en opposition symbolique au sujet”.L’absence du signifiant P a pour corollaire l’absence de la fonction symbolique du Phallus. Les quatre points que cette fonction permettait de relier entre eux (cf schéma) ne peuvent plus “tenir” ensemble, ce que Lacan représente sur un autre schéma (dit schéma i) où ils figurent sur des lignes partant à l’infini de façon divergente.Ainsi le désir de la Mère fait sentir son absence, le moi idéal et le moi sont impossible à constituer, et l’Idéal du moi se dérobe au sujet. Le psychotique défaille donc dans ses tentatives pour se constituer un Imaginaire et une Réalité psychique, et quand il parvient à reconsttuer quelque chose, c’est une pseudo-réalité délirante où le réel est déformé (“Ce qui est forclos du symbolique revient comme réel” dans l’hallucination ou le délire).Ce que Lacan résume ainsi : “C’est le défaut du Nom-du-Père qui, par le trou qu’il ouvre dans le signifié, amorce la ascade des remaniements du signifiant d’où procède le désastre croissant de l’imaginaire, jusqu’à ce que le niveau soit atteint où signifiant et signifié se stabilisent dans la métaphore délirante”.B - HYPOTHÈSES DE DÉPARTElles peuvent se déduire des données théoriques qui précédent. Notons à ce propos qu'il n'existe pas à notre connaissance de technique codifiée des psychothérapies de psychotiques dans les textes lacaniens. Nous exposons donc ici les éléments de réflexion qui ont guide notre action pratique, en sachant qu'ils schématisent considérablement une théorisation complexe et subtile.1) Il existe une "carence"de la fonction métaphorique chez le psychotique.Il est donc inutile d'attendre qu'à la manière d'un sujet névrotique il livre dans ses associations libres la clef de ses symptômes. Le caractère déroutant, hermétique de ses dires vient peut-être de ce qu'il n'y a là rien à comprendre : les signifiants énoncés n'ont pu être relies entre eux par des chaînes inconscientes, ou seulement de façon très partielle dans les cas où le sujet a pu reconstruire quelque chose de sa réalité psychique sur un mode délirant. (On sait alors le danger des interprétations classiques qui déconstruisent ce fragile édifice).Un entretien fondé sur l'écoute silencieuse a donc toutes les chances d'être inutile.Il faut synthétiser du sens à la place du patient pour lui permettre de se constituer des fantasmes, une réalité psychique. Ces noyaux de sens peuvent n'être qu'un semblant, la simple juxtaposition de signifiants créant toujours un effet de sens surtout si elle est répétée. (A la différence d'autres types d'interprétations dont nous verrons qu'elles sont beaucoup plus ''grammaticales").Il apparaît alors que la réponse du patient, plutôt qu'un changement de discours comme dans le cas d'une interprétation réussie chez un névrotique, consistera a nous fournir de plus en plus de matériel verbal "'a - signifiant" comme s'il nous encourageait a continuer pour lui ce processus de symbolisation. Lorsqu'il commence de lui-même, et avec ses propres souvenirs et associations, à constituer des fantasmes de nature œdipienne, nous le laissons faire sans rien en interpréter, jugeant que cette névrotisation nécessaire doit se poursuivre et se consolider, mais nous continuons à lui constituer un "sous-sol" d'associations verbales a-grammaticales sur lesquelles il peut "s'appuyer" pour fantasmer. Nous agissons donc sur les parties de son discours qui échapperaient encore à cette symbolisation, en vue d'écarter au maximum le risque d'une rechute délirante portant sur ce qui n'a pu être symbolise.2) Si le sujet ne parle pas, on peut chercher à engager le processus de symbolisation en décrivant ce que nous percevons de lui : son image corporelle, ses gestes, ses mimiques. Ceci revient à verbaliser le non-verbal, ou encore à transformer l"'analogique" en "digital", si nous reprenons la terminologie de l'école de Palo-Alto.Cette manière de procéder s'est révélée efficace dans une autre prise en charge conduite a la même époque : les entretiens fondés sur l'écoute pure n'avaient mené à rien chez une patiente schizophrène chronique, quasi-mutique, hospitalisée de longue date. Un jour où, commentant ses actes, nous énoncions qu'elle venait de se racler la gorge, elle répondit : "Oui, j'ai un chat dans la gorge". Elle commença dès lors a pouvoir associer de façon non métaphorique sur ce chat qui symbolisait entre autres choses un enfant impossible à accoucher, mais qu'elle vivait hallucinatoirement comme présent dans une partie de son corps. Par la suite elle se mit a verbaliser abondamment, ce qui permit à la prise en charge de continuer sur le mode précédemment décrit.[fin de l'extrait]Essai pour l'insertion future d'un schéma (image sans rapport avec le sujet ! !)<img alt="" src="http://analogisub.tooblog.fr/images/colombe.gif">Merci de bien vouloir laisser un commentaire ci-dessous------------------------------------------------------------------Mots-clé : linguistique, analyse de discours, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées, Jean-Claude Milner.Keywords : linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions, Jean-Claude Milner.Schlüsselwörter : Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean-Claude Milner.Palavras-chaves : linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean-Claude Milner.Palabras-clave : lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner.Parola-chiave : linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni raggelate, Jean-Claude Milner.   
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	<link>http://langaginconscient.zeblog.com/41107-extrait-du-memoire-de-psychiatrie-de-j-j-pinto-sur-la-psychotherapie-des-psychoses-partie-theorique/</link>
	<author>Jean-Jacques Pinto</author>
	<pubDate>Sun, 21 May 2006 18:26:00 +0200</pubDate> 
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	<title>Extrait de la Thèse de médecine de J.-J. Pinto sur le changement en psychiatrie (partie théorique)</title>
	<description><![CDATA[
      Cette thèse est intitulée La notion de changement en psychiatrie,Marseille, 1978. L'extrait ci-dessous porte sur "les leurres de l'imaginaire"et oppose la "géométrie imaginaire du Moi" (avec ses métaphores corporelles)et la "logique du signifiant" (avec sa topologie), irréductible différence denature que la médiation du fantasme tentera de combler.Excerpts of the Thesis of medicine by J-J Pinto on the change in psychiatry (theoretical part) This thesis is entitled The concept of change in psychiatry, Marseilles, 1978.The below excerpt discusses “the lures of Imaginary” to which it opposesthe “Ego imaginary geometry ” (with its metaphors of the body ) and the“logic of signifiant” (with its topology), irreducible difference in naturewhich the mediation of fantasy will try to fill. &nbsp; LES LEURRES DE L'IMAGINAIRE&nbsp;Le mot leurre est d'utilisation fréquente en éthologie. C'est dans le règne animal que l'on observe des comportements liés à la perception, par un individu, d'une configuration particulière chez un autre individu. On peut leurrer l'animal en lui présentant un objet réunissant les caractéristiques requises pour déclencher ces comportements. Notons d'emblée que ces leurres prédominent dans le domaine optique.&nbsp;Chez l'homme la fonction du leurre est remplie par l'image du semblable, la forme du corps humain, qui va venir masquer la structure inapparente où se constitue le rapport de l'ordre symbolique au sujet.&nbsp;Nous envisagerons ici rapidement la genèse de l'instance de méconnaissance dénommée "Moi" dans la théorie freudienne, pour voir comment elle devient le support de tous les leurres de l'imaginaire que l'idéologie reprendra en les dissimulant. La connaissance du rôle de cette instance dans la structure permettra d'envisager comment elle peut être déjouée en tant qu'obstacle au changement.&nbsp;1 - Fonctionnement du Moi&nbsp;a) Sa genèse :&nbsp;Nous rappellerons brièvement ici les effets du désormais classique "stade du miroir".&nbsp;La prématuration biologique de l'enfant humain favorise la capture de son psychisme par l'image spéculaire, dont la complétude apparente lui permet d'anticiper imaginairement cette maturation physiologique qui lui manque. Cette image vient par ailleurs servir de référent au signifié que le sujet doit trouver pour répondre à l'appel de ce signifiant particulier qu'est l'Idéal du Moi (défini comme "lieu d'où le sujet se voit comme aimable, support de l'amour en tant que narcissique"). C'est pour autant qu'il est exigé de l'enfant d'être "un" qu'il s'assujettira à cette image.&nbsp;L'illusion ne se maintiendra que si le regard de la Mère (qui à ce stade incarne le grand Autre, c'est-à-dire le réseau des signifiants, le lieu de la détermination signifiante du sujet) confirme l'enfant dans cette reconnaissance imaginaire.&nbsp;Dès lors, l'image spéculaire (Moi idéal) servira de modèle à la constitution du Moi du sujet, consacrant définitivement la confusion entre l'autre imaginaire (le semblable) que le sujet sera amené à rencontrer, et le grand Autre (trésor du signifiant) qui est le véritable moteur de la structure.&nbsp;Ceci se figure sur le schéma dit "schéma L"' où la flèche de la relation imaginaire vient faire écran à "l'avènement du sujet (S) au lieu de sa détermination signifiante (A)".&nbsp;La prégnance de ce premier leurre permet de comprendre comment les détails constitutifs de l'image du corps vont être réutilisés et rationalisés par le Moi dans une réinterprétation mythique de la structure réelle. "Le mythe, c'est la tentative de donner forme épique à ce qui s'opère de la structure" (Jacques LACAN - "Télévision"). &nbsp;b) La spatialité du Moi &nbsp;Elle est en rapport avec l'espace où se meut le corps, non le corps réel qu'étudient l'anatomie et la physiologie mais le corps tel qu'il est fantasmé par le sujet.&nbsp;1) L'image du corps se résume schématiquement à celle d'une enveloppe sphérique, d'un "sac de peau" délimitant un intérieur et un extérieur. C'est une image tridimensionnelle, perçue dans l'espace tridimensionnel de la vision.&nbsp;2) Elle est dotée d'un mouvement apparemment "autonome" : les points de l'image se déplacent solidairement et le déterminisme du mouvement (par exemple l'apport d'énergie venant du milieu) est masqué au profit d'une illusion d'indépendance, d'autonomie, de liberté d'action.&nbsp;3) Elle paraît rassembler en elle des "morceaux de corps" dont l'éparpillement est redouté (Angoisse de morcellement). Elle oppose son unicité à la multiplicité des parties dont elle se compose. Elle reste identique à elle même, donc identifiable et repérable. C'est sur elle que s'appuiera la notion d'individu.&nbsp;Comme elle se distingue par des caractéristiques morphologiques, des "signes particuliers", de l'image d'autres corps, elle pourra supporter la notion d'originalité, de modèle unique, irremplaçable.&nbsp;La projection de cette image (devenue le référent du Moi) et de ses caractéristiques sur le Monde va déterminer le contenu de toutes les représentations anthropomorphiques qui jalonnent l'histoire des sciences. Il semble que de tous temps le narcissisme humain ait préféré le modèle explicatif qui se rapprochait le plus de son image, que ce soit dans l'animisme primitif, ou dans la persistance du modèle sphérique (avec intérieur et extérieur) dans les sciences humaines par exemple.&nbsp;De façon plus générale, le langage atteste à chaque instant que les termes les plus abstraits du vocabulaire sont à l'origine empruntés au vocabulaire du corps ou à celui des trois dimensions de l'espace visuel où il évolue.&nbsp;La notion de coïncidence de l'image du Moi et de la représentation du Monde se confirme aussi cliniquement : dans l'angoisse de dépersonnalisation, il y a à la fois impression de désomatisation et vécu catastrophique de fin du monde.&nbsp;Toutes ces remarques expliquent qu'on puisse parler de "Géométrie du Moi" pour définir l'espace imaginaire où il situe ses actions et qu'il utilise pour ses raisonnements. (En effet, la logique traditionnelle avec ses principes d'identité et de non-contradiction se réfère aussi au modèle de la sphère où l'intérieur et l'extérieur sont strictement séparés, où A et non-A s'excluent radicalement).&nbsp;Les métaphores utilisant l'image corporelle vont venir masquer d'une familiarité rassurante tout ce qui ne peut se saisir par l'évidence, autrement dit par la vue : ainsi s'explique leur particulière fréquence dans la description des phénomènes psychiques. Les "facultés mentales" sont isolées et personnifiées, leur fonctionnement et ses perturbations sont décrits comme ceux d'un corps, tant dans le langage courant ("une pensée féconde, une mémoire fidèle") que dans le vocabulaire traditionnel de la psychologie. Lorsqu'un tel emploi ne reçoit pas de critique, l'imaginaire utilise le symbolique pour se signifier, l'illusion se maintient grâce à la "vraisemblance" du modèle utilisé, et l'on finit par oublier que c'est la fonction symbolique qui détermine dans ses moindres détails le psychisme humain. Or le symbolique lui, n'obéit pas à la "géométrie" imaginaire du moi.&nbsp;Lorsqu'on chercher à décrire le fonctionnement du signifiant, on constate qu'il est constitué d'éléments caractérisés par des oppositions formelles (indépendamment de leur signifié). Ces éléments entrent dans une combinatoire que régit la grammaire, pour se disposer linéairement (axe syntagmatique). Ils quittent périodiquement leur place dans la chaîne signifiante pour la retrouver ensuite.&nbsp;Si le nombre des éléments signifiants dans une langue donnée est limité, la combinatoire en est infinie (un locuteur est capable de constituer une infinité de phrases acceptables, grammaticales) mais non indéfinie (le locuteur peut reconnaître les combinaisons inacceptables).&nbsp; Ce caractère fait du réseau des signifiants un champ qui ne peut s'inscrire dans une surface fermée (cercle ou sphère). Comme d'autre part, il est impossible (si on ne confond pas le signifiant avec les organes phonateurs qui en sont la condition nécessaire mais non suffisante) de localiser s'il se situe dans les locuteurs ou entre eux, le modèle topologique le plus approprié à rendre compte de la "localisation" du signifiant est celui d'une bande de Mœbius, où l'extérieur et l'intérieur sont en continuité puisqu'il s'agit d'une surface à une seule face et un seul bord.&nbsp;Ainsi se comprend mieux l'irréductible différence de nature qui sépare la "logique du signifiant" du "lieu du corps", et que l'imaginaire du Moi tentera de combler par la médiation du fantasme.&nbsp;c) La temporalité du Moi&nbsp;C'est avec la constitution du Moi qu'apparaît le temps vécu du parcours subjectif, l'Histoire du sujet avec ses repères de passé, présent et futur. Les évènements psychiques seront dès lors décrits comme des mouvements du corps, et le langage usuel ne permet pas de décrire autrement le temps : c'est le parcours d'un corps à travers l'espace qui mesure pour nous le temps. Seul le langage mathématique, utilisé dans la physique relativiste par exemple, parvient à une description non intuitive du temps : dans l'intuition commune, "Je" (le Moi) viens du passé et "Je" vais vers l'avenir.&nbsp;Ceci masque que le futur n'est qu'un futur antérieur (j'aurai été), et que l'histoire que le sujet va porter au compte de sa volonté, de son libre arbitre est le développement déjà déterminé d'une inscription présente à son insu dans les signifiants de sa demande et de son désir.&nbsp;Ici, il nous faut définir le concept d'acte, bien différent du comportement observé chez l'animal, car lié à l'existence, chez l'homme, de la dimension du langage.&nbsp;Agir, c'est "retraduire la Logique (du signifiant) dans le Lieu (du corps)".&nbsp; Le corps existant dans le réel, il s'ensuit que tout acte fait apparaître du nouveau dans ce réel.&nbsp; Mais du fait que l'acte est une répétition liée à des signifiants, à du symbolique, il peut également être décrit comme réalisant de l'ancien.&nbsp;Le Moi méconnaît qu'il n'est que le jouet de cette répétition signifiante. Il s'imagine exclusivement créateur de nouveau, agent de changement, architecte de l'univers subjectif. Il pense, au fil de ses actes, laisser le passé derrière lui, être en route vers l'avenir. Dans la suite, nous serons amenés à reprendre cette distinction essentielle entre changement apparent (perçu dans la temporalité linéaire du Moi) et changement structural (celui qui met fin à la répétition). On comprendra alors mieux qu'un désir de changement (apparent) puisse n'être qu'une résistance de plus au changement (structural).&nbsp;d) la relation imaginaire&nbsp;Le Moi du sujet, sitôt constitué, va entretenir avec l'image spéculaire (qui est aussi l'image du semblable, "l'autre imaginaire") des relations "d'agression érotisée" placées sous le signe de l'ambivalence : c'est le couple amour-haine.&nbsp;Au fil des identifications, un certain nombre de signifiants sont considérés par le Moi comme ne faisant pas partie de lui-même ("Je suis ceci et pas cela") et attribués à l'autre imaginaire. Si ces signifiants ont une connotation favorable, l'autre imaginaire en porte le mérite et devient digne d'amour. Dans le cas contraire, il est rendu coupable du "choix" des signifiants qu'on lui attribue, et devient alors le "bouc émissaire" celui qu'on ne veut surtout pas être et qu'il faut éventuellement détruire.&nbsp;L'important est de noter que dans les deux cas la structure symbolique commune à tous les sujets se masque alors dans un théâtre manichéen de personnages rendus responsables de leurs actes, en "bien" comme en "mal". La notion de "faute", de culpabilité émerge alors. &nbsp;e) Les rapports du Moi avec le discours&nbsp;La constitution du Moi est dépendante à tous les niveaux du langage.&nbsp;1 - C'est le langage, à travers la demande des parents, qui conduit le sujet, pour trouver un signifié (le Moi) à ce signifiant particulier qu'est l'Idéal du Moi, à prendre comme référent l'image spéculaire (Moi idéal).&nbsp;2 - C'est ensuite le langage qui va fournir au Moi, instance imaginaire, tous ses mécanismes de défense, qui sont des figures de rhétorique, des tropes, exerçant sur le discours de l'inconscient (gouverné par les déterminations signifiantes du sujet) une censure au sens littéraire ou journalistique du terme.&nbsp;3 - C'est enfin dans et par le langage que le corps fantasmé va parler : à travers les métaphores mettant en jeu l'image et la géométrie du corps, les pulsions partielles vont se satisfaire dans le cadre du fantasme, le Moi du sujet gardant l'illusion de conduire l'opération.&nbsp;Aussi est-ce le langage qui va nous permettre l'abord critique de la notion de changement : au fil du discours que tiennent les sujets qui désirent changer quelque chose, apparaîtront des signifiants métaphoriques, mettant en jeu l'image du corps fantasmé.&nbsp;Lorsqu'une métaphore est énoncée, il importe de résister à la fascination qu'elle produit sur nous (effet de signifié, impression d'un sens plein, masquant le non-sens de toute figure de rhétorique). Il faut au contraire faire jouer l'effet de signification en considérant les associations qui s'y rattachent et qui peuvent rendre compte du surgissement de cette métaphore dans le discours. Ce point est développé dans l'article de Juan David NASIO : "Métaphore et Phallus" (in "Démasquer le Réel" de Serge LECLAIRE).&nbsp;L'important est alors de savoir que l'espoir de changement décrit en ces termes métaphoriques n'est qu'imaginaire et voué à l'échec, car la structure qui produit de tels fantasmes reste elle-même non modifiée quand ils cherchent à se réaliser sous forme d'actes.&nbsp;En conclusion de ce rappel du fonctionnement du Moi, nous pouvons dire :&nbsp;- que la notion d'identité à soi-même, entrant dans la définition de l'être pour la philosophie classique, reprise en psychiatrie à propos du sujet avec les termes de personne, d'individu, apparaît comme un leurre imaginaire.&nbsp;- La genèse de ce processus d'identification rend par ailleurs compte de la méconnaissance de la dimension symbolique, dont nous avons vu qu'elle caractérise tant la philosophie classique que l'explication réductionniste en psychiatrie.&nbsp;- Ces deux points communs aux schèmes philosophique et psychiatrique du changement se trouvent donc à la fois expliqués et critiqués. On voit se dessiner une distinction entre changement apparent (lié à l'emploi de ces schèmes) et changement structural (lié à la prise en compte du concept de structure), distinction que nous reprendrons dans notre dernier chapitre.&nbsp;Nous allons à présent réexaminer les divers abords du changement en psychiatrie, en tenant compte cette fois de la dimension imaginaire.[fin de l'extrait] Merci de bien vouloir laisser un commentaire ci-dessous ----------------------------------------------------------------------Mots-clé : linguistique, analyse de discours, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées,&nbsp; Jean-Claude Milner. Keywords : linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions,&nbsp; Jean-Claude Milner. Schlüsselwörter : Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner. Palavras-chaves : linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner. Palabras-clave : lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner. Parola-chiave :&nbsp; linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni raggelate, Jean-Claude Milner.    
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	<author>Jean-Jacques Pinto</author>
	<pubDate>Sun, 21 May 2006 18:00:00 +0200</pubDate> 
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	<title>Echange de liens</title>
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	<link>http://langaginconscient.zeblog.com/51804-echange-de-liens/</link>
	<author>Jean-Jacques Pinto</author>
	<pubDate>Sun, 21 May 2006 17:40:00 +0200</pubDate> 
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	<title>Bienvenue</title>
	<description><![CDATA[
  &nbsp;<img alt="" src="http://analogisub.tooblog.fr/images/colombe.gif"><img alt="" src="http://analogisub.tooblog.fr/images/colombe.gif"><img alt="" src="http://analogisub.tooblog.fr/images/colombe.gif"><img alt="" src="http://analogisub.tooblog.fr/images/colombe.gif">   &nbsp;&nbsp; Bienvenue sur ce second blog. Le premier, intitulé "Tout sur l'A.L.S" est accessible à l'adresse suivante : http://analogisub.tooblog.fr. (L'A.L.S. ou Analyse des Logiques Subjectives est une méthode originale d’analyse des mots d’un texte parlé ou écrit, inspirée par la psychanalyse, qui permet, sans recourir au non-verbal (intonations, gestes, mimiques), d’avoir une idée de la personnalité de l’auteur et de ceux qu’il peut espérer persuader ou séduire).******* AVIS URGENT ET IMPORTANT CONCERNANT LE SITE "TOUT SUR L'A.L.S." *******   L'HÉBERGEUR DE CE SITE,TOOBLOG, A MALHEUREUSEMENT SES PORTES LE VENDREDI 30 JUIN 2006. VOICI LA NOUVELLE ADRESSE DU  SITE "TOUT SUR L'A.L.S." :http://analogisub.subjilectes.com/&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce blog-ci est quant à lui dédié à mes autres publications et recherches sur les relations entre inconscient et langage, ainsi qu'entre psychanalyse et linguistique. &nbsp;&nbsp;Cliquez sur les noms des billets à gauche, ou sur les catégories pour accéder aux différents textes. &nbsp;&nbsp;&nbsp; Bonne lecture, et surtout n'oubliez pas de laisser vos commentaires (cliquer sur le mot "commentaire" en bas à droite).  N.B.:&nbsp; Depuis peu, un annuaire personnel de sites de linguistique et de psychanalyse - en rapport avec l'Analyse des Logiques Subjectives - est en voie de constitution.Veuillez cliquer sur : Annuaire SUBJILECTES             
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	<link>http://langaginconscient.zeblog.com/41095-bienvenue/</link>
	<author>Jean-Jacques Pinto</author>
	<pubDate>Sun, 21 May 2006 17:20:00 +0200</pubDate> 
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