Inconscient et langage

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Publications et recherches de Jean-Jacques Pinto sur les relations entre inconscient et langage, ainsi qu'entre psychanalyse et linguistique.

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Extrait de la Thèse de médecine de J.-J. Pinto sur le changement en psychiatrie (partie théorique)

Par Jean-Jacques Pinto :: 21/05/2006 à 18:00 :: Réel, Symbolique, Imaginaire


Avis important

Ce texte fait l'objet, avec l'autorisation de son auteur, Jean-Jacques Pinto, c'est-à-dire moi-même,  d'une « publication sous licence GNU de documentation libre » dans l'encyclopédie Wikipedia, et différents paragraphes en sont publiés par moi-même dans les articles suivants :

Stade du miroir

Moi

Imaginaire




Cette thèse est intitulée La notion de changement en psychiatrie,
Marseille, 1978. L'extrait ci-dessous porte sur "les leurres de l'imaginaire"
et oppose la "géométrie imaginaire du Moi" (avec ses métaphores corporelles)
et la "logique du signifiant" (avec sa topologie), irréductible différence de
nature que la médiation du fantasme tentera de combler.


Excerpts of the Thesis of medicine by J-J Pinto on the change in
psychiatry (theoretical part)


This thesis is entitled The concept of change in psychiatry, Marseilles, 1978.
The below excerpt discusses “the lures of Imaginary” to which it opposes
the “Ego imaginary geometry ” (with its metaphors of the body ) and the
“logic of signifiant” (with its topology), irreducible difference in nature
which the mediation of fantasy will try to fill.

 

LES LEURRES DE L'IMAGINAIRE

 Le mot leurre est d'utilisation fréquente en éthologie. C'est dans le règne animal que l'on observe des comportements liés à la perception, par un individu, d'une configuration particulière chez un autre individu. On peut leurrer l'animal en lui présentant un objet réunissant les caractéristiques requises pour déclencher ces comportements. Notons d'emblée que ces leurres prédominent dans le domaine optique.

 Chez l'homme la fonction du leurre est remplie par l'image du semblable, la forme du corps humain, qui va venir masquer la structure inapparente où se constitue le rapport de l'ordre symbolique au sujet.

 Nous envisagerons ici rapidement la genèse de l'instance de méconnaissance dénommée "Moi" dans la théorie freudienne, pour voir comment elle devient le support de tous les leurres de l'imaginaire que l'idéologie reprendra en les dissimulant. La connaissance du rôle de cette instance dans la structure permettra d'envisager comment elle peut être déjouée en tant qu'obstacle au changement.

 1 - Fonctionnement du Moi

 a) Sa genèse :
 Nous rappellerons brièvement ici les effets du désormais classique "stade du miroir".

 La prématuration biologique de l'enfant humain favorise la capture de son psychisme par l'image spéculaire, dont la complétude apparente lui permet d'anticiper imaginairement cette maturation physiologique qui lui manque. Cette image vient par ailleurs servir de référent au signifié que le sujet doit trouver pour répondre à l'appel de ce signifiant particulier qu'est l'Idéal du Moi (défini comme "lieu d'où le sujet se voit comme aimable, support de l'amour en tant que narcissique"). C'est pour autant qu'il est exigé de l'enfant d'être "un" qu'il s'assujettira à cette image.

 L'illusion ne se maintiendra que si le regard de la Mère (qui à ce stade incarne le grand Autre, c'est-à-dire le réseau des signifiants, le lieu de la détermination signifiante du sujet) confirme l'enfant dans cette reconnaissance imaginaire.

 Dès lors, l'image spéculaire (Moi idéal) servira de modèle à la constitution du Moi du sujet, consacrant définitivement la confusion entre l'autre imaginaire (le semblable) que le sujet sera amené à rencontrer, et le grand Autre (trésor du signifiant) qui est le véritable moteur de la structure.

 Ceci se figure sur le schéma dit "schéma L"' où la flèche de la relation imaginaire vient faire écran à "l'avènement du sujet (S) au lieu de sa détermination signifiante (A)".

 La prégnance de ce premier leurre permet de comprendre comment les détails constitutifs de l'image du corps vont être réutilisés et rationalisés par le Moi dans une réinterprétation mythique de la structure réelle : "le mythe, c'est la tentative de donner forme épique à ce qui s'opère de la structure" (Jacques LACAN - "Télévision").

 b) La spatialité du Moi

 Elle est en rapport avec l'espace où se meut le corps, non le corps réel qu'étudient l'anatomie et la physiologie mais le corps tel qu'il est fantasmé par le sujet.

 1) L'image du corps se résume schématiquement à celle d'une enveloppe sphérique, d'un "sac de peau" délimitant un intérieur et un extérieur. C'est une image tridimensionnelle, perçue dans l'espace tridimensionnel de la vision.

 2) Elle est dotée d'un mouvement apparemment "autonome" : les points de l'image se déplacent solidairement et le déterminisme du mouvement (par exemple l'apport d'énergie venant du milieu) est masqué au profit d'une illusion d'indépendance, d'autonomie, de liberté d'action.

 3) Elle paraît rassembler en elle des "morceaux de corps" dont l'éparpillement est redouté (angoisse de morcellement). Elle oppose son unicité à la multiplicité des parties dont elle se compose. Elle semble rester identique à elle même, donc identifiable et repérable. C'est sur elle que s'appuiera la notion d'individu.

 Comme elle se distingue par des caractéristiques morphologiques, des "signes particuliers", de l'image d'autres corps, elle pourra supporter la notion d'originalité, de modèle unique, irremplaçable.

 La projection de cette image (devenue le référent du Moi) et de ses caractéristiques sur le Monde va déterminer le contenu de toutes les représentations anthropomorphiques qui jalonnent l'histoire des sciences. Il semble que de tous temps le narcissisme humain ait préféré le modèle explicatif qui se rapprochait le plus de son image, que ce soit dans l'animisme primitif, ou dans la persistance du modèle sphérique (avec intérieur et extérieur) dans les sciences humaines par exemple.

 De façon plus générale, le langage atteste à chaque instant que les termes les plus abstraits du vocabulaire sont à l'origine empruntés au vocabulaire du corps ou à celui des trois dimensions de l'espace visuel où il évolue.

 La notion de coïncidence de l'image du Moi et de la représentation du Monde se confirme aussi cliniquement : dans l'angoisse de dépersonnalisation, il y a à la fois impression de désomatisation et vécu catastrophique de fin du monde.

 Toutes ces remarques expliquent qu'on puisse parler de "Géométrie du Moi" pour définir l'espace imaginaire où il situe ses actions et qu'il utilise pour ses raisonnements (en effet, la logique traditionnelle avec ses principes d'identité et de non-contradiction se réfère aussi au modèle de la sphère où l'intérieur et l'extérieur sont strictement séparés, où A et non-A s'excluent radicalement).

 Les métaphores utilisant l'image corporelle vont venir masquer d'une familiarité rassurante tout ce qui ne peut se saisir par l'évidence, autrement dit par la vue : ainsi s'explique leur particulière fréquence dans la description des phénomènes psychiques. Les "facultés mentales" sont isolées et personnifiées, leur fonctionnement et ses perturbations sont décrits comme ceux d'un corps, tant dans le langage courant ("une pensée féconde, une mémoire fidèle") que dans le vocabulaire traditionnel de la psychologie. Lorsqu'un tel emploi ne reçoit pas de critique, l'Imaginaire utilise le Symbolique pour se signifier, l'illusion se maintient grâce à la "vraisemblance" du modèle utilisé, et l'on finit par oublier que c'est la fonction symbolique qui détermine dans ses moindres détails le psychisme humain. Or le Symbolique, lui, n'obéit pas à la "géométrie" imaginaire du moi.

 Lorsqu'on chercher à décrire le fonctionnement du signifiant, on constate qu'il est constitué d'éléments caractérisés par des oppositions formelles (indépendamment de leur signifié). Ces éléments entrent dans une combinatoire que régit la grammaire, pour se disposer linéairement (axe syntagmatique). Ils quittent périodiquement leur place dans la chaîne signifiante pour la retrouver ensuite.

 Si le nombre des éléments signifiants dans une langue donnée est limité, la combinatoire en est infinie (un locuteur est capable de constituer une infinité de phrases acceptables, grammaticales) mais non indéfinie (le locuteur peut reconnaître les combinaisons inacceptables).
 

Ce caractère fait du réseau des signifiants un champ qui ne peut s'inscrire dans une surface fermée (cercle ou sphère). Comme d'autre part, il est impossible (si on ne confond pas le signifiant avec les organes phonateurs qui en sont la condition nécessaire mais non suffisante) de localiser s'il se situe dans les locuteurs ou entre eux, le modèle topologique le plus approprié à rendre compte de la "localisation" du signifiant est celui d'une bande de Mœbius, où l'extérieur et l'intérieur sont en continuité puisqu'il s'agit d'une surface à une seule face et un seul bord.

 Ainsi se comprend mieux l'irréductible différence de nature qui sépare la "logique du signifiant" du "lieu du corps", et que l'imaginaire du Moi tentera de combler par la médiation du fantasme.

 c) La temporalité du Moi

 C'est avec la constitution du Moi qu'apparaît le temps vécu du parcours subjectif, l'Histoire du sujet avec ses repères de passé, présent et futur.

Les évènements psychiques seront dès lors décrits comme des mouvements du corps, et le langage usuel ne permet pas de décrire autrement le temps : c'est le parcours d'un corps à travers l'espace qui mesure pour nous le temps. Seul le langage mathématique, utilisé dans la physique relativiste par exemple, parvient à une description non intuitive du temps : dans l'intuition commune, "Je" (le Moi) viens du passé et "Je" vais vers l'avenir.

 Ceci masque que le futur n'est qu'un futur antérieur (j'aurai été), et que l'histoire que le sujet va porter au compte de sa volonté, de son libre arbitre est le développement déjà déterminé d'une inscription présente à son insu dans les signifiants de sa demande et de son désir.

 Ici, il nous faut définir le concept d'acte, bien différent du comportement observé chez l'animal, car lié à l'existence, chez l'homme, de la dimension du langage.

 Agir, c'est "retraduire la Logique (du signifiant) dans le Lieu (du corps)".


     
  • Le corps existant dans le réel, il s'ensuit que tout acte fait apparaître du nouveau dans ce réel.
     
  • Mais du fait que l'acte est une répétition liée à des signifiants, à du symbolique, il peut également être décrit comme réalisant de l'ancien.

 Le Moi méconnaît qu'il n'est que le jouet de cette répétition signifiante. Il s'imagine exclusivement créateur de nouveau, agent de changement, architecte de l'univers subjectif. Il pense, au fil de ses actes, laisser le passé derrière lui, être en route vers l'avenir.

Dans la suite, nous serons amenés à reprendre cette distinction essentielle entre changement apparent (perçu dans la temporalité linéaire du Moi) et changement structural (celui qui met fin à la répétition). On comprendra alors mieux qu'un désir de changement (apparent) puisse n'être qu'une résistance de plus au changement (structural).

 d) la relation imaginaire

 Le Moi du sujet, sitôt constitué, va entretenir avec l'image spéculaire (qui est aussi l'image du semblable, "l'autre imaginaire") des relations "d'agression érotisée" placées sous le signe de l'ambivalence : c'est le couple amour-haine.

 Au fil des identifications, un certain nombre de signifiants sont considérés par le Moi comme ne faisant pas partie de lui-même ("Je suis ceci et pas cela") et attribués à l'autre imaginaire. Si ces signifiants ont une connotation favorable, l'autre imaginaire en porte le mérite et devient digne d'amour. Dans le cas contraire, il est rendu coupable du "choix" des signifiants qu'on lui attribue, et devient alors le "bouc émissaire" celui qu'on ne veut surtout pas être et qu'il faut éventuellement détruire.

 L'important est de noter que dans les deux cas la structure symbolique commune à tous les sujets se masque alors dans un théâtre manichéen de personnages rendus responsables de leurs actes, en "bien" comme en "mal". La notion de "faute", de culpabilité émerge alors.



 e) Les rapports du Moi avec le discours

 La constitution du Moi est dépendante à tous les niveaux du langage.

 1 - C'est le langage, à travers la demande des parents, qui conduit le sujet, pour trouver un signifié (le Moi) à ce signifiant particulier qu'est l'Idéal du Moi, à prendre comme référent l'image spéculaire (Moi idéal).

 2 - C'est ensuite le langage qui va fournir au Moi, instance imaginaire, tous ses mécanismes de défense, qui sont des figures de rhétorique, des tropes, exerçant sur le discours de l'inconscient (gouverné par les déterminations signifiantes du sujet) une censure au sens littéraire ou journalistique du terme.

 3 - C'est enfin dans et par le langage que le corps fantasmé va parler : à travers les métaphores mettant en jeu l'image et la géométrie du corps, les pulsions partielles vont se satisfaire dans le cadre du fantasme, le Moi du sujet gardant l'illusion de conduire l'opération.

 Aussi est-ce le langage qui va nous permettre l'abord critique de la notion de changement : au fil du discours que tiennent les sujets qui désirent changer quelque chose, apparaîtront des signifiants métaphoriques, mettant en jeu l'image du corps fantasmé.

 Lorsqu'une métaphore est énoncée, il importe de résister à la fascination qu'elle produit sur nous (effet de signifié, impression d'un sens plein, masquant le non-sens de toute figure de rhétorique). Il faut au contraire faire jouer l'effet de signification en considérant les associations qui s'y rattachent et qui peuvent rendre compte du surgissement de cette métaphore dans le discours. Ce point est développé dans l'article de Juan David NASIO : "Métaphore et Phallus" (in "Démasquer le Réel" de Serge LECLAIRE).

 L'important est alors de savoir que l'espoir de changement décrit en ces termes métaphoriques n'est qu'imaginaire et voué à l'échec, car la structure qui produit de tels fantasmes reste elle-même non modifiée quand ils cherchent à se réaliser sous forme d'actes.

 En conclusion de ce rappel du fonctionnement du Moi, nous pouvons dire :

 - que la notion d'identité à soi-même, entrant dans la définition de l'être pour la philosophie classique, reprise en psychiatrie à propos du sujet avec les termes de personne, d'individu, apparaît comme un leurre imaginaire.

 - La genèse de ce processus d'identification rend par ailleurs compte de la méconnaissance de la dimension symbolique, dont nous avons vu qu'elle caractérise tant la philosophie classique que l'explication réductionniste en psychiatrie.

 - Ces deux points communs aux schèmes philosophique et psychiatrique du changement se trouvent donc à la fois expliqués et critiqués. On voit se dessiner une distinction entre changement apparent (lié à l'emploi de ces schèmes) et changement structural (lié à la prise en compte du concept de structure), distinction que nous reprendrons dans notre dernier chapitre.


 Nous allons à présent réexaminer les divers abords du changement en psychiatrie, en tenant compte cette fois de la dimension imaginaire.

[fin de l'extrait]



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Palavras-chaves : linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner, Schreber, machina subjectiva.

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Alternative à la triade "Réel, Symbolique, Imaginaire"

Par Jean-Jacques Pinto :: 24/09/2009 à 10:34 :: Réel, Symbolique, Imaginaire

( Mise à jour du 16/1/2010)

 

La triade "Réel, Symbolique, Imaginaire" proposée par Lacan pose problème, entre autres pour les trois raisons qui suivent :

  • Variations dans la définition des trois termes chez Lacan lui-même
  • Désaccord et confusion chez les disciples sur les définitions
  • La mise en relation chronologique, - en fait hiérarchique -, des trois vocables est sujette à caution.

1° Variations au cours du temps dans la définition des trois termes chez Lacan lui-même, mais c'est un phénomène légitime dans l'évolution d'une discipline : la psychanalyse est encore loin d'être une science, si tant est qu'elle ait à le devenir ... En tout cas sa formalisation, à juste titre entreprise par Lacan, se heurte à des difficultés remarquablement exposées par Jean-Claude Milner dans L’Œuvre claire.

Désaccord et confusion chez les disciples sur les définitions de ces termes (nous trouverons le temps de les recenser), un peu comme pour la pulsion de mort, terme dont pas moins de vingt-deux acceptions différentes ont été relevées par Jacques Sédat, ce qui rend sa portée explicative proprement illusoire ! !

La mise en relation chronologique, - en fait hiérarchique -, des trois vocables est sujette à caution :

  • Le "Au commencement était le Verbe" est le contresens le plus criant chez certains psychanalystes, qui veulent faire précéder le Réel par le Symbolique. Un titre comme celui de Françoise Dolto : "Tout est langage", manifeste ce type d'interprétation.
  • D'autres, avec des expressions comme "accéder au Symbolique", veulent que ce dernier soit précédé par l'Imaginaire, confondant ainsi l'imaginaire animal (pré-verbal) avec l'Imaginaire humain uniquement permis par le langage, donc post-verbal (lire la Réponse de J.J.P. à la première question de Cédric Detienne). De nombreux passages tirés des textes de Lacan montreront ici que, pour lui, - après la phase "pré-classique" où il les introduit dans l'ordre S, I, R(1) -, le seul ordre logique et chronologique devient et restera R, S, I : Réel, puis Symbolique, puis Imaginaire. Ceci est une pure mise au point sur sa pensée, qui ne préjuge en rien du bien fondé de ses thèses ...                                                                                                  (1)Remarquons que cet ordre pré-classique se calque sur l'ordre Signifiant, Signifié, Référent de la linguistique structurale. Nous y reviendrons.

Pour les raisons précitées, nous proposons une terminologie différente, bien sûr critiquable elle aussi, mais plus intelligible donc plus accessible à la réfutation. Voici la liste des adjectifs qui seront définis prochainement ici :

1) Réel, désigné par la lettre R : il est pour le moment difficile d'éviter l'adjectif substantivé, donc de ne pas dire "le Réel". Lacan donne à ce terme des sens différents et subtils. Pour le moment nous considèrerons qu'il désigne ce qu'étudient les sciences exactes, de la physique des particules jusqu'à la biologie. Suivre sur le schéma ci-dessous lamise en place progressive des termes proposés.

2) Réel parlant, désigné par RP : quelque chose "dans le Réel" se met à parler, de façon impersonnelle, involontaire et inconsciente. L'humain traversé de ce Réel parlant, le "parlêtre", n'en est ni l'auteur ni le maître. RP correspond à ce que Lacan nomme Symbolique. Lacan signale cette filiation en disant "Il y a du signifiant à déchiffrer dans le réel", ou encore "Le signifiant, c'est de la matière qui se transcende en langage", mais ce n'est pas une mince affaire que d'expliquer comment le réel devient parlant. Nous nous y essaierons prudemment ...

3) Réel non parlant, RNP : désigne ce qui "dans le Réel" continue à ne pas parler, et qui - comme le Réel qu'il prolonge - deviendra l'objet des "sciences exactes". La réunion de R et de RNP correspond à une partie seulement de ce que Lacan nomme Réel

4) Réel Parlant Unifiant, RPU :  quelque chose "dans le Réel Parlant" se met à fonctionner de telle sorte que la fiction de l'Un apparaît ("être", "totalité", "unité", "indivisibilité", "identité à soi-même", etc., ce "Un-de-sens" ne devant pas être confondu avec le "Un comptable"). C'est l'Imaginaire de Lacan. L'être parlant ("parlêtre") traversé de ce Réel Parlant Unifiant se prend pour quelqu'un, qui serait l'auteur et le maître du langage : "ce qui parle sans le savoir me fait je, sujet du verbe". Le RPU, tissu des objets qu'étudient les  "sciences humaines", subsiste dans leur discours qui procède par métaphores et entités, ce qui est épistémologiquement problématique (voir sur ce blog l'article : "Métaphore et connaissance"). On verra qu'il subsiste également dans le discours psychanalytique.

Une flèche portant les mots "prématuration néoténie" indique sur le schéma ci-dessous que c'est cette caractéristique, venue du Réel Non Parlant (biologie humaine), qui favorise l'apparition du RPU.

Deux rejetons à ce RPU : l'inconscient (a-grammatical dans les rébus, calembours, contrepèteries, anagrammes, où il brise les unités lexicales, "les mots", cf ici), et le fantasme (grammatical, car, consistant en une phrase, il respecte "les mots" et leur séquence temporelle).

De cette énumération il ressort qu'à travers ses diverses différenciations, il n'y a que du Réel. Pourrait-il en être autrement ?

Une fois rebaptisés les termes de Lacan, il est possible de leur ajouter des termes nommant d'autres aspects du Réel Parlant (= "Symbolique" de Lacan) qui jouent un rôle épistémologique particulier :

5) Réel Parlant Non Unifiant, RPNU : ce qui "dans le Réel Parlant" dément les énoncés unifiants quand à la description du Réel, et qui amorce - chemin en dents de scie à travers la connaissance antique et l'épistèmè grecque - le mouvement vers l'écriture logico-mathématique des "sciences exactes" (la science galiléenne combine empiricité et formalisation, cf Résumé du livre de J.-C. Milner : L’Œuvre claire, chapitre II, $3 intitulé La stylistique historiciste).

6) Le discours analytique, branché en dérivation sur le RPNU version science moderne : c'est elle en effet qui, dans la version historisante du Doctrinal de science que décrit Milner (ibidem), permet l'apparition de ce discours. Il n'est qu'à moitié du RPNU (Réel Parlant Non Unifiant) car, comme la science le fait pour le Réel, il dément certes les énoncés unifiants quand à la description du psychisme humain (subjectivité). Mais Imaginaire, inconscient et fantasme continuent de l'imprégner, comme le montre l'A.L.S., d'où les flèches pointillées à double sens. La psychanalyse, permise par la science, est une discipline désimaginarisante, mais ce n'est pas une science.

7) Les analysciences (voir Glossaire) permettent le dialogue entre la science moderne (dotée de méthode, mais s'aveuglant "volontairement" quant à la subjectivité) et la psychanalyse (voyante quant à la subjectivité, mais paralytique quant à la méthode !). L'A.L.S. figure parmi  ces analysciences, bénéficiant d'une démarche logiciste (galiléisme étendu, in § 2. Le paradigme de la structure, Milner), et trouvant ses applications (flèches pointillées à sens unique cette fois) tant dans la description des aspects subjectifs de la découverte en science que dans la description méthodique de la subjectivité (surtout le fantasme, en partie l'Imaginaire, la description de l'inconscient posant problème pour le moment ...).


RSI photo-copie-1

[ Article ébauché, à suivre ]



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Mots-clé : linguistique, analyse de discours, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées, Jean-Claude Milner, Schreber, machina subjectiva.

Keywords : linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions, Jean-Claude Milner, Schreber, machina subjectiva.

Schlüsselwörter : Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner, Schreber, machina subjectiva.

Palavras-chaves : linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner, Schreber, machina subjectiva.

Palabras-clave : lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner, Schreber, machina subjectiva.

Parola-chiave : linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni idiomatiche, Jean-Claude Milner, Schreber, machina subjectiva.


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