Inconscient et langage

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Jean-Jacques Pinto

Publications et recherches de Jean-Jacques Pinto sur les relations entre inconscient et langage, ainsi qu'entre psychanalyse et linguistique.

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Propositions doctrinales tirées de l’Œuvre claire (Jean-Claude Milner)

Par Jean-Jacques Pinto :: 22/05/2006 à 14:57 :: Epistémologie

En attendant le résumé du livre de Jean-Claude Milner : L’Œuvre claire (Paris : Seuil. 1995), voici les Propositions doctrinales énoncées par l'auteur à partir du chapitre II.

Propositions doctrinales

CHAPITRE II : Le doctrinal de science

A. Axiome du sujet :

  • 'il y a quelque sujet, distinct de toute forme d'individualité empirique'.

B. Hypothèse du sujet de la science :

  • 'la science moderne, en tant que science et en tant que moderne, détermine un mode de constitution du sujet'.

C. Définition du sujet de la science :

  • 'le sujet de la science n'est rien hormis le nom du sujet, en tant que, par hypothèse, la science moderne en détermine un mode de constitution'.

D. Freud demande :

  • 'que doit être la psychanalyse pour être une science qui soit conforme au modèle ?'.

E. Freud a une théorie transversale de la science, réponse à la question :

  • 'pourquoi y a-t-il de la science plutôt que pas de science du tout ?'.

F. Lacan met de la prudence à répondre à la question :

  • 'pourquoi y a-t-il de la psychanalyse plutôt que pas de psychanalyse du tout ?'.

G. Théorèmes de Kojève :

  • (i) 'il y a entre le monde antique et l'univers moderne une coupure';
  • (ii) 'cette coupure tient au christianisme'.

H. Théorèmes de Koyré :

  • (i) 'il y a entre l'epistèmè antique et la science moderne une coupure';
  • (ii) 'la science moderne est la science galiléenne, dont le type est la physique mathématisée';
  • (iii) 'en mathématisant son objet, la science galiléenne le dépouille de ses qualités sensibles'.

I. Hypothèse de Lacan :

  • 'les théorèmes de Koyré sont un cas particulier des théorèmes de Kojève'.
J. Lemmes de Lacan :

  • (i) 'la science moderne se constitue par le christianisme, en tant qu'il se distingue du monde antique';
  • (ii) 'puisque le point de distinction entre christianisme et monde antique ressortit au judaïsme, la science moderne se constitue par ce qu'il y a de juif dans le christianisme';
  • (iii) 'tout ce qui est moderne est synchrone de la science galiléenne et il n'y a de moderne que ce qui est synchrone de la science galiléenne'.
K. Cartésianisme radical de Lacan :

  • 'si Descartes est le premier philosophe moderne, c'est par le Cogito',
  • 'Descartes invente le sujet moderne';
  • 'Descartes invente le sujet de la science';
  • 'le sujet freudien, en tant que la psychanalyse freudienne est intrinsèquement moderne, ne saurait être rien d'autre que le sujet cartésien'.
L. Si l'on admet que la proposition négative 'la conscience de soi n'est pas une propriété constitutive de la pensée' se sténographie du nom inconscient, on obtient le théorème :

  • 's'il y a de la pensée dans le rêve, il y a un inconscient'.
M. On obtient du même coup le lemme :

  • 'le rêve est la voie royale de l'inconscient'.

N. Et la définition qui se déduit du théorème et du lemme :

  • 'affirmer qu'il y a de l'inconscient équivaut à affirmer ça pense'.
O. Lacan ajoute seulement la proposition, tirée de Descartes et étendue à Freud :

  • 's'il y a du penser, il y a quelque sujet'.
P. Premier discriminant de Koyré :

  • 'est galiléenne une science qui combine deux traits : l'empiricité et la mathématisation'.
Q. Second discriminant de Koyré :

  • 'étant admis que tout existant empirique est traitable par quelque technique et que la mathématisation constitue le paradigme de toute théorie, la science galiléenne est une théorie de la technique et la technique est une application pratique de la science'.
R. Propositions qui se tirent à la fois de Freud et de Lacan :

  • 'le Moi a horreur de la science';
  • 'le Moi a horreur de la lettre comme telle';
  • 'le Moi et l'imaginaire sont gestaltistes';
  • 'la science et la lettre sont indifférentes aux bonnes formes';
  • 'l'imaginaire comme tel est radicalement étranger à la science moderne';
  • 'la science moderne, en tant que littérale, dissout l'imaginaire'.
S. La nature de la coupure discursive se détermine ainsi :

  • 'dire qu'il y a coupure entre deux discours, c'est seulement dire qu'aucune des propositions de l'un n est synonyme d`aucune des propositions de l'autre'.
T. Entre deux discours réellement différents, il n'y a d'autre relation que de coupure, mais la coupure n'est que le nom de leur différence réelle. La conclusion s'impose :

  • 'une coupure n'est pas fondamentalement chronologique'.
U. On peut la dire autrement, en généralisant sa portée :

  • 'la théorie des discours est une antihistoire'.
V. Le doctrinal de science se révèle reposer sur un lemme caché :

  • 'le discriminant de Koyré et le discriminant de Popper sont synonymes, à condition qu`on les saisisse du point de la contingence'.
W. L'univers, comme objet de la science et comme objet contingent, est infini intrinsèquement :

  • 'l'infini de l'univers est la marque de sa contingence radicale'.
X. C'est donc en lui et non pas hors de lui qu'on doit trouver les marques de cette infinité. La thèse moderne par excellence se dira donc :

  • 'la finitude n'existe pas dans l'univers'.
Y. Et comme rien n'existe que dans l'univers, elle se dit aussi :

  • 'la finitude n'existe pas'.
Z. Car :

  • 'il n'y a rien qui soit hors univers'.
Z'. Le lemme moderne tient que la finitude n'existe pas et la psychanalyse suit ce lemme. Elle en donne même une version spécifique :

  • 'en tant qu'elle est une marque de finitude, la mort n est rien dans l'analyse';
  • ou : 'la mort ne compte dans l'analyse qu'en tant qu'elle est une marque d'infinité';
  • ou : 'la mort n'est rien, sinon l'objet d'une pulsion'.


CHAPITRE III : Le premier classicisme lacanien

 

A. thèse de Barthes :

  • 'la Littérature est intrinsèquement moderne'.

B. hypothèse de L. Althusser :

  • 'l'univers de la science moderne est coextensif au marché mondial'.

C. Foucault ne suppose que l'affirmation d'existence

  • 'il y a des coupures'.

D. Le doctrinal de science se reformule :

  • 'la coupure entre epistèmè et science moderne est une coupure majeure'.

E. le dispositif du doctrinal de science repose sur un axiome d'existence supplémentaire :

  • 'non seulement il y a des coupures, mais il y a des coupures majeures '.

F. Foucault a son axiomatique doctrinale

  • ('il n'y a pas de coupures majeures'),

en la corrigeant d'une proposition pratique au sens kantien du mot :

  • 'il y a telles circonstances qui, l'instant d'une passion, font effet de coupure majeure et de Repère'.

G. théorème de Staline (avec sa réciproque) :

  • 'il y a des changements de l'infrastructure qui n'entraînent pas de changements dans la langue; il y a des changements dans la langue qui ne dépendent pas de changements dans l'infrastructure';

H. reformulation du théorème de Staline :

'la langue est immune aux coupures majeures' (ou, dans un langage politique : 'la langue est immune aux révolutions').

I. Foucault. La loi des discours se ramène à une seule :

  • 'il y a des discontinuités', ou 'I'on doit dire non aux synonymies'.

J. le structuralisme en linguistique peut s'exprimer ainsi :

  • 'on connaîtra le langage (une langue naturelle donnée) en s'imposant de le considérer uniquement comme une chaîne'.

K. conjecture hyperstructurale de Lacan :

  • 'la structure quelconque a des propriétés non quelconques'.

L. théorie de la structure quelconque. Soit un théorème provisoire :

  • 'la structure minimale quelconque contient en inclusion externe un certain existant distingué, qu'on appellera le sujet'.

M. De la conjecture hyperstructurale et de la théorie de la structure quelconque suit une thèse, qu'on peut appeler l'hypothèse du sujet du signifiant :

  • 'il n'y a de sujet que d'un signifiant'.

N. Étant admis par ailleurs l'hypothèse du sujet de la science, l'équation des sujets est une conséquence automatique :

  • 'le sujet de la science, le sujet cartésien, le sujet freudien, s'ils sont des sujets, ne peuvent être que le sujet d'un signifiant; ils ne font et ne peuvent faire qu'un'.

O. Le sujet freudien, c'est-à-dire le sujet capable d'inconscient, peut et doit être institué comme sujet d'un signifiant : il faut et il suffit pour cela que l'inconscient soit pensé comme une chaîne, ce qu'assure le logion

  • 'l'inconscient, structuré comme un langage'.

P. Le sujet de la science mathématisée peut et doit être institué comme sujet d'un signifiant : il faut et il suffit pour cela que la mathématique soit pensée comme la forme éminente du signifiant, disjoint de tout signifié, ce que permet le galiléisme étendu :

  • le logion « la mathématique du signifiant » (Écrits, p. 861) est réputé propre à caractériser toute science et doit se lire réversiblement — le signifiant est intrinsèquement mathématique, la mathématique est intrinsèquement du signifiant.

Q. le programme des Cahiers pour l'Analyse se dit :

  • 'l'hypothèse du sujet du signifiant n'est pas seulement une conséquence de la conjecture hyperstructurale; elle en est la conséquence majeure'.

ou :

  • 'la conjecture hyperstructurale est la forme moderne de la question transcendantale'.

Il se dit aussi :

  • 'le sujet du signifiant est le sujet métaphysique moderne'.

Il se dit enfin :

  • 'que peut et doit une métaphysique moderne ?'.

R. Le premier classicisme a pour monument majeur les Écrits.

  • Il constitue le développement progressif et presque systématique du programme articulé dans le discours de Rome, en 1953.
  • Il appuie l'hypothèse hyperstructurale sur l'évidence supposée des structuralismes, comme formes contemporaines d'un nouveau galiléisme;
  • ce dernier est à considérer lui-même comme une extension du galiléisme strict; cette extension maintient ou plus exactement épure l'équation des sujets et l'hypothèse du sujet de la science qui en est le pivot.
  • Ses parties constituantes sont à présent claires :

    — le doctrinal de science inclut spécifiquement l'hypothèse du sujet de la science ;

     

    — le galiléisme invoqué dans le doctrinal prend une forme particulière, fondée sur une extension de la notion de mathématisation et sur une extension de l'univers à des objets non proprement naturels; c'est le galiléisme étendu ;

     

    — le galiléisme étendu inclut la psychanalyse, moyennant le logion 'I'inconscient est structuré comme un langage', mais ce logion lui-même requiert la conjecture hyperstructurale ;

     

    — la conjecture hyperstructurale, en tant que théorie de la structure quelconque, et en tant que cette théorie inclut l'émergence du sujet, est un mode de résolution de l'hypothèse du sujet de la science; de ce fait, elle s'articule à l'axiome du sujet, homonyme et éventuellement synonyme de la métaphysique classique.

S. L'édifice est majestueux, mais instable.


CHAPITRE IV : Le second classicisme lacanien

 

A. Le bourbakisme affirme trois choses, touchant la mathématique :

(1) elle est autonome à l'égard de la science galiléenne ;

 

(2) I'essence n'en est pas la quantité; elle peut donc s'étendre à des objets non quantitatifs ;

 

(3) il y a une logique mathématique.

B. Or, Koyré suppose exactement le contraire :

(1') quoi qu'elle soit pour elle-même, la mathématique est considérée seulement comme la servante de la mathématisation ;

 

(2') elle est à entendre au sens étroit qui seul, aux yeux de Koyré, intéresse la science moderne : la quantité ;

 

(3') il n'y a pas de logique mathématique (cf. Épiménide le Menteur).

C. La fonction et la forme du mathème chez Lacan se trouvent déterminées par deux affirmations :

a) le mathème assure la transmissibilité intégrale d'un savoir ;

 

b) le mathème se conforme au paradigme mathématique.

D. Affirmer (a), c'est en fait affirmer des propositions du type :

  • 'il n'y a pas de maîtres', ou :
  • 'il n'y a pas de disciples', ou :
  • 'il n'y a pas de sagesse', ou :
  • 'il n'y a ni Parole ni Présence',
  • 'il n'y a pas de sagesse au-delà du savoir'.

E. Ces exclusions sont le propre de l'univers moderne. Cela se comprend mieux si l'on combine (a) et (b). Par cette combinaison s'obtient la thèse sous-jacente :

  • 'la mathématique est le paradigme de la transmissibilité intégrale'.

F. 'Je ne suis pas un maître, j'en occupe la position', voilà donc les conclusions que Lacan n'a pas pu ne pas tirer pour lui-même au moment ou se déploya le plus complètement le dispositif de sa mathématisation.

 

 

G. Là ou la mathématique prébourbakiste s'autorisait de la cohérence rationnelle, venue des Grecs, Bourbaki s'autorise de la seule consistance littérale. Mais il la répute homogène à la précédente.

  • Lacan, s'appuyant sur l'hyperbourbakisme, donne un tour supplémentaire au garrot : y eût-il consistance littérale, elle ne laisserait pas d'être imaginaire, parce que toute consistance est toujours variante du lien; mais il n'y a pas de consistance littérale, parce que la littéralité n'est pas de l'ordre de la consistance.

H. le nœud est dit « le meilleur support que nous puissions donner de ce par quoi procède le langage mathématique ». Trois propositions sont ainsi avancées :

  • Premièrement, le mathématique dont se soutient le mathème est le mathématique détaché de la déductivité, laquelle est réputée tout à la fois acquise et sans portée : c'est ce que signifie l'incise « une fois qu'il est suffisamment repéré quant à ses exigences de pure démonstration »; on se trouve ici au cœur du second classicisme.

  • Deuxièmement, le mathématique, disjoint de la déductivité, consiste en un littéral pur : le maniement des lettres, et non le commentaire parlé, qui ramène aux chaînes de raisons.

  • Troisièmement, de ce mathématique-là, c'est le borroméanisme qui est le support, puisque le borroméanisme n'est rien de plus et rien de moins que ceci : il suffit qu'un rond ne tienne pas pour que les autres se dispersent, or, cette propriété est jugée le meilleur et peut-être le seul analogue de la propriété définitoire du littéral comme tel.

I. L'équation des sujets identifiait le sujet de la science et le sujet sur quoi opère la psychanalyse : ils ne faisaient qu'un, parce qu'ils ne faisaient qu'un avec le sujet du signifiant; par l'hypothèse de Lacan on comprend que l'expression « sujet sur quoi opère la psychanalyse » est à dédoubler :

  • il y a l'individu affecté d'un inconscient, que rencontre la pratique analytique en ce qu'elle a de plus technique

  • et il y a le sujet tel que la théorie de la structure quelconque le définit : c'est le sujet d'un signifiant.

  • Il n'y a pas deux sujets qui ne font qu'un, mais un seul sujet et un individu qui, radicalement distinct du sujet, coïncide avec lui.

  • Dire cela, c'est dire que la distinction est irréductible et qu'être le même signifie être l'Autre.

J. On voit la doctrine :

  • Prémisse 1 : 'le sujet de la science est le sujet d'un signifiant' (hypothèse du sujet du signifiant, formulée par le premier classicisme, maintenue dans le second).
  •  

  • Prémisse 2 : 'le sujet d'un signifiant coïncide avec un individu affecté d'un inconscient' (hypothèse de Lacan, formulée seulement dans le second classicisme).
  •  

  • Prémisse 3 : 'la psychanalyse dans sa pratique opère sur un individu affecté d'un inconscient' (hypothèse fondatrice de Freud).
  •  

  • Conclusion : 'la psychanalyse dans sa pratique rencontre par coïncidence un sujet'.

K. 'le signifiant ne pense pas'

 

L. 'il y a mutuelle exclusion entre la philosophie et le mathème de la psychanalyse'.


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Mots-clé : linguistique, analyse de discours, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées, Jean-Claude Milner.

Keywords : linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions, Jean-Claude Milner.

Schlüsselwörter : Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner.

Palavras-chaves : linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner.

Palabras-clave : lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner.

Parola-chiave : linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni idiomatiche, Jean-Claude Milner.

Métaphore et connaissance

Par Jean-Jacques Pinto :: 23/05/2006 à 15:37 :: Epistémologie

Cet article, en cours de publication, va au-delà de l'A.L.S. (Analyse des Logiques Subjectives, voir mon autre blog Tout sur l'A.L.S.), qui n'est utilisée ici que pour objecter aux prises de position fréquemment rencontrèes quant au rôle de la métaphore dans la connaissance scientifique. Le lien entre la découverte scientifique et la psychose dissociative sera abordé à la fin de ce texte.

Pour commencer, un résumé bilingue ; l'article proprement dit sera affiché par tranches successives dans les jours qui viennent

 

Résumé en français

  • Cet article est une réflexion sur la question centrale du livre de Lakoff et Johnson, Les métaphores dans la vie quotidienne, c'est-à-dire "la capacité de la métaphore à produire de la connaissance".
  • Après avoir recensé puis décrit les positions de différents auteurs sur le rôle cognitif de la métaphore, nous nous proposons à la fois de les expliquer et de les dépasser en exposant la nôtre. Ces positions s'inscrivent dans une combinatoire où figurent:
    - le pour et le contre exclusifs l'un de l'autre,
    - le compromis et le rejet plus ou moins intriqués.
  • Nous montrerons en conclusion que, loin d'apporter des perspectives nouvelles en réhabilitant la métaphore en sciences, Lakoff et Johnson se privent et nous privent aussi bien de moyens que de terrains de connaissance.
  • mots-clés : métaphore, connaissance, objectivisme, subjectivisme, logique, combinatoire, linguistique, fantasme, identification, découverte scientifique.

English abstract

  • This essay is a reflection on the key issue raised in Lakoff and Johnson's book Metaphors We Live By, i.e. the capacity the metaphor has to produce knowledge.
  • We first survey and then go through the positions of several authors regarding the cognitive role of the metaphor, and we then propose to explicate these positions as well as go beyond them while developing our own.
  • These positions are inscribed in a scheme listing:
    - pros and cons mutually exclusive,
    - compromise and rejection more or less intermeshed.
  • We will finally demonstrate that, far from offering new perspective by reinstating metaphor in science, Lakoff and Johnson deprive themselves and ourselves of some of the means as well as of a few fields of knowledge.
  • key words : metaphor, knowledge, objectivism, subjectivism, logics, combinatory, linguistics, fantasy, identification, scientific discovery.

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MÉTAPHORE ET CONNAISSANCE

La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil (René Char)

[L’usage fréquent que nous faisons des citations, dont nous accentuons souvent certains termes, se justifie par notre méthode même, qui fait du mot-à-mot de la métaphore la voie royale de notre analyse.
Toutes les citations de Lakoff et Johnson sont extraites du même livre, donc nous n’en répèterons plus la référence ci-dessous.]

1) La dichotomie : « pour ou contre » la métaphore

. L’opposition objectivisme / subjectivisme relevée et dénoncée par Lakoff et Johnson dès le début de leur livre se trouve déjà formulée avec une grande clarté par Jean Molino dans « Anthropologie et métaphore » (Molino, 1979b) :
« Un des partages les plus profonds de notre culture est celui qui oppose le rationnel à l’irrationnel. Sous les formes les plus diverses, le couple se reforme dans tous les champs du savoir : il y a d’un côté la solidité d’un réel connu dans sa vérité objective et cohérente, et de l’autre les illusions d’une subjectivité qui se livre sans entraves à ses démons intérieurs »…
[Dorénavant, les couples d'opposés relevés par les différents auteurs cités seront typographiquement signalés par l'alternance gras/italique]
.

. Parmi les auteurs qui choisissent un camp contre l’autre (le « pour » ou le « contre »), deux cas de figure se rencontrent :

  • a) La plupart tombent d’accord pour qualifier la métaphore en termes d’écart, et seule la valeur positive ou négative attribuée à cette qualification change selon le camp où l’on se range. A propos de poésie, donc de figures, le Groupe µ (Groupe µ, 1982) relève le terme d’écart, attribué à Paul Valéry :
    « Parmi les équivalents proposés, souvent innocemment, on relève encore abus (Valéry), viol (J. Cohen), scandale (R. Barthes), anomalie (T. Todorov), folie (Aragon), déviation (L. Spitzer), subversion (J. Peytard), infraction (M. Thiry), etc. »… Ces qualifications où la métaphore est tirée du côté de l’anomalie sont investies positivement ou négativement par ses défenseurs ou ses adversaires, alimentant les mythes de l’objectivisme et du subjectivisme tels que les décrivent Lakoff et Johnson :

Le mythe de l’objectivisme :

  • « Le monde est constitué d’objets indépendants de l’observateur …
  • Nous acquérons notre connaissance du monde en faisant l’expérience des objets qui le constituent …
  • Nous appréhendons les objets du monde au moyen de catégories et de concepts qui correspondent à des propriétés inhérentes des objets et à des relations entre les objets …
  • La réalité objective existe. La science peut en dernier ressort nous donner une explication correcte,définitive et générale de la réalité …
  • Les mots ont des sens fixes
  • Les hommes peuvent être objectifs … s’ils usent d’un langage qui est clairement et précisément défini,ambiguïté, et qui correspond à la réalité … ». direct et sans

Quelques exemples de ce mythe :

  • Parker 1666 (Groupe µ, 1982) : « Ainsi les imaginations débauchées et luxuriantes (des termes métaphoriques) se faufilant dans le lit de la Raison, non seulement le souillent par leurs caresses impuresillégitimes, mais, au lieu de notions et de conceptions vraies des choses, elles imprègnent l’esprit de fantasmes inconsistants »… et
  • Hobbes (Molino, 1979b) : « Pour conclure, la lumière de l’esprit humain, ce sont les mots clairs, épurés, en premier lieu, et purgés de toute ambiguïté par des définitions exactes … Au contraire, les métaphores, les mots ambigus ou qui ne veulent rien dire, sont comme des feux follets : s’en servir pour raisonner, c’est errer parmi d’innombrables absurdités; leur aboutissement, ce sont les conflits, les discordes, le mépris »…
  • Charles Bally1666 (Groupe µ, 1982) : « le premier homme qui a appelé un bateau à voile une voile a fait une faute »… Et ailleurs : « Toutes les fois qu’on peut remonter à la source d’une image, on se heurte à quelque infirmité de l’esprit humain … La plus grande imperfection dont souffre notre esprit est l’incapacité d’abstraire absolument, c'est-à-dire de dégager un concept, de concevoir une idée en dehors de tout contact avec la réalité concrète … Telle est l’origine de la métaphore » …

Le mythe du subjectivisme, toujours d’après Lakoff et Johnson :

  • « Nos propres sens et nos intuitions sont les meilleurs guides pour l’action
  • Ce qui compte le plus dans notre vie, ce sont les sentiments, la sensibilité esthétique, les pratiques moralesspirituelle, qui sont purement subjectifs … et la conscience
  • L’art et la poésie transcendent la rationalité et l’objectivité et nous mettent en contact avec la réalité de nos émotions et de nos intuitions
  • Le langage de l’imagination, en particulier la métaphore, est nécessaire pour exprimer les aspects de notre expérience qui sont uniques
  • L’objectivité peut être dangereuse, injuste, inhumaine. La science ne nous est d’aucune aide pour les questions les plus importantes de notre vie … » …

Quelques exemples :

  • Baudelaire (Groupe µ, 1982) : « Le beau est toujours bizarre »…
  • Le Guern (Le Guern M., 1972) : « la véritable métaphore a besoin de trop de liberté pour s’épanouir dans le cadre d’une série d’analogies préétablies et contraignantes. C’est ce besoin de liberté qui explique la dévotion des surréalistes à une métaphore qui ne soit que métaphore, refusant d’être symbole »…

Dans ces deux positions, le rôle proprement cognitif de la métaphore n’est pas reconnu, puisque ou bien elle est censée n’engendrer que l’erreur, ou bien le type d’expérience singulière qu’elle exprime se veut « hors-la-science »…

  • b) Quelques auteurs sont d’accord avec leurs adversaires sur l’attribution de valeurs à certains qualificatifs (par exemple ouvert : valorisé / fermé : dévalorisé, mais échangent les qualifications pour renverser le jugement. Dans le livre d’A. Koyré, Du monde clos à l’univers infini (Koyré, 1973), la métaphore est mise cette fois, avec l’analogie jugée négativement, du côté du monde clos des anciens, peuplé de correspondances et d’harmonies préétablies, que la science moderne brise au contraire pour ouvrir sur l’univers infini...

2) La " troisième voie "

D'autres auteurs cherchent soit à concilier soit à dépasser les oppositions : ils vont donc réhabiliter la métaphore, en la tirant le plus souvent du côté de l'analogie, qui fait alors l'objet d'un jugement positif.

  • a) La valorisation simultanée (affirmation simultanée) du métaphorique et du non-métaphorique se fait en refusant la coupure, en affirmant la continuité et l'intrication des deux pôles dans la connaissance :
  • Ainsi Michel Le Guern (Le Guern M., 1972), quand il s'interroge sur les motivations de la métaphore. Examinant la première fonction que la rhétorique latine attribue au langage, docere, qui correspond à la transmission d'une information logique, il justifie le rôle cognitif de la métaphore, non certes dans son aptitude à produire de la connaissance, mais du moins dans sa capacité à la communiquer :
    " La métaphore offre au langage des possibilités d'économie … de formulation synthétique … Par le tridébarrasser la communication d'un certain nombre d'éléments qui l'alourdissent inutilement … [Elle a aussi un] rôle de dénomination : si la métaphore permet de donner un nom à une réalité à laquelle ne correspond pas encore de terme propre, elle permet aussi de désigner les réalités qui ne peuvent pas avoir de terme propre. Elle permet de briser les frontières du langage, de dire l'indicible "…

    qu'elle fait opérer entre les éléments de signification, la métaphore permet de
  • Robert Blanché (Blanché, 1972), sans se prononcer sur le rôle de la métaphore, fournit en quelque sorte le cadre où se développera l'argumentation de Jean Molino, et dans un tout autre registre celle de Lakoff et Johnson :
    " L'abstrait pur, le concret pur, sont les deux pôles par rapport auxquels s'organise toute connaissance … Aujourd'hui F. Gonseth refuse la coupure. Il n'y a pas plus d'abstrait autonome que de concret pur. L'abstrait ne se conçoit qu'engagé dans une certaine réalisation, un "modèle" où l'esprit l'aperçoit … Le rapport se trouve rétabli entre le rationnel et l'empirique, l'abstrait et le concret, la forme et le contenu … Le nominalisme et le phénoménisme se tempèrent "…
  • Jean Molino, dans sa remarquable analyse intitulée " Métaphores, modèles et analogies dans les sciences " (Molino, 1979a] décrit l'opposition historiquement constituée entre la langue pure de la science et le langage quotidien métaphorique, puis conteste " cette épopée de la pureté scientifique ", laquelle " n'est qu'un mythe "…
    Cette séparation, cette coupure conduisent Bachelard, " Docteur Jekyll de la science, Mister Hyde de la poésie ", à vivre " la contradiction métaphorique entre le pur et l'impur "… Il s'agit bien de métaphores dans les deux cas, le pur n'est pas moins métaphorique que l'impur, paradoxe que souligne Molino : " l'inquiétude et le doute nous viennent lorsque nous voyons la richesse des métaphores utilisées pour nous dire et nous prouver que la science doit s'éloigner de la métaphore "… Il oppose à Bachelard la " continuité entre les stratégies intellectuelles à l'œuvre à l'état concret et à l'état abstrait [continuité assurée par] la présence constante de l'analogie "… La métaphore se voit ainsi réhabilitée :
    " il [Bachelard] a condamné la métaphore, mais la métaphore s'est bien vengée "…
    Pour Molino le rôle de la métaphore et de l'analogie en sciences ne saurait être récusé, car :
    o Elles ont une valeur didactique (cf supra la fonction docere de M. Le Guern), par exemple " le noyau entouré de ses électrons est analogue au soleil entouré de ses planètes "… " Or bien souvent… l'ontogénèse de la science récapitule sa phylogénèse " (modèle atomique de Rutherford).
    o La majeure partie des termes scientifiques a une origine figurée, en physique (corpuscule, onde, etc.), dans le lexique mathématique (boule, pavé, treillis). " Le nom établit un lien entre l'ancien savoir et le savoir nouveau où s'insère le concept original … Les analogies jouent un rôle indéniable dans la genèse du concept "…
    Au terme d'une analyse exemplaire de ce rôle, Molino conclut :
    " Les systèmes symboliques utilisés dans les sciences ont des propriétés analogues à celles des langues naturelles : le flou, l'approximation, l'extension analogique et la métaphore … Il ne faut pas sacrifier les systèmes symboliques iconiques aux systèmes de signes arbitraires : les deux sont indispensables aux démarches de la connaissance … Pensons à l'importance du langage géométrique, c'est-à-dire d'un type particulier de visée figurative, quelque abstraite qu'elle soit, dans la mathématique moderne depuis Riemann "… Ainsi c'est l'unité profonde de tous les systèmes symboliques qui fonde " la capacité de la métaphore à produire de la connaissance "…
    L'article " Anthropologie et métaphore ", du même auteur (Molino, 1979b), confirme ce rôle dans le champ des sciences humaines :
    " Les travaux de Jakobson, la diffusion des modèles linguistiques, les livres de Lévi-Strauss ont contribué à réintroduire la métaphore en anthropologie en lui donnant le statut d'un outil acceptable de description et d'analyse … Nisbet a bien montré que les concepts les plus fondamentaux de la sociologie et de l'anthropologie étaient encore des métaphores … Dans le symbolisme rituel comme dans les systèmes de croyance, dans les mythes comme dans la magie ou l'activité technique, ce sont les mêmes démarches cognitives qui sont à l'œuvre … Dans tous les cas, nous ne pouvons connaître que dans et par le travail de la métaphore "…
  • b) Le rejet simultané (ou négation simultanée) de l'objectivisme et du subjectivisme, le " ni l'un ni l'autre " effectif ne se rencontre pas chez les auteurs que nous avons analysés; il s'agit plutôt d'un " ni tout l'un ni tout l'autre " qui remplace les éléments rejetés par une ou plusieurs alternatives.
  • Un rejet de la dichotomie rationalisme / empirisme au sein de la science elle-même prépare déjà la voie :
    " Kant avait cru pouvoir accorder les deux caractères intuitif et apodictique des mathématiques, rejetant ainsi ce qu'il y avait d'inacceptable à la fois dans l'intellectualisme et dans l'empirisme " (Blanché, 1972).

  • Chez Piaget, " la réduction des lois logico-mathématiques à de simples règles de langage, la réduction de l'expérience physique à l'appréhension d'un phénomène antérieur à toute conceptualisation, sont démenties par la psychologie génétique, … contrairement à la thèse empiriste et contrairement à la thèse nominaliste " (ibidem).

  • François Rastier, dans son article " Paradigmes cognitifs et linguistique universelle " (Rastier, 1988), décrit, accompagnés de leurs options linguistiques, les deux paradigmes qui rivalisent dans les sciences cognitives, et dont le lexique rappelle étrangement celui des mythes objectiviste et subjectiviste :
    - le cognitivisme intégriste ou orthodoxe : " dans l'ontologie cognitiviste, comme si les objets du monde étaient des symboles, ils en partagent bien des caractéristiques, comme la discrétion et l'identité à soisymbolique "…
    - le connexionnisme : " l'ontologie spontanée du connexionnisme n'est pas logiciste mais "physiciste" : l'objet n'est pas une entité discrète et dotée d'une identité à elle-même, mais une singularité sur un espace continu, et dont les saisies peuvent varier indéfiniment "… Il suppose un paradigme " subsymbolique "…
    Rastier présente alors une troisième voie, faite de synthèse et d'alternatives :
    o La synthèse : " Est-ce à dire qu'il faudra choisir entre une linguistique "symbolique" et une linguistique "subsymbolique" ? … une théorie linguistique digne de ce nom se doit de penser ensemble le symboliquesubsymbolique "… Les recherches cognitives, qu'il invite à étendre aux sciences de l'homme et de la société (type théorique herméneutique, exemple : l'histoire) doivent admettre ce qu'il appelle l'herméneutique rationnelle.
    o Les alternatives sont constituées par " la réjouissante variété de théories qui contestent le programme formaliste : Langacker, Lakoff, Talmy ", et certaines théories plus anciennes " injustement marginalisées " : linguistiques fonctionnelles de Halliday et de S. Dik, linguistique structurale européenne.

    "… Ce paradigme s'assortit d'une linguistique " et le
  • Lakoff et Johnson, toujours dans Les métaphores dans la vie quotidienne, après avoir réhabilité la métaphore en lui redonnant une fonction cognitive, proposent " une troisième voie qui s'oppose aux mythes de l'objectivisme et du subjectivisme "… Ce " troisième choix ", la " synthèse expérientialiste ", est en fait un mélange de synthèse et de rejet des termes de la dichotomie (ils souhaitent " en prendre et en laisser " dans chacun des deux " mythes ").
    - Synthèse, car " la métaphore associe la raison et l'imagination; c'est une rationalité imaginative … Une approche expérientialiste nous permet d'établir un lien entre les mythes objectiviste et subjectiviste … Il peut exister une sorte d'objectivité relative au système conceptuel d'une culture "…
    - Rejet, car " les mythes de l'objectivisme et du subjectivisme passent tous les deux à côté de la manière dont nous comprenons le monde grâce à nos interactions avec lui "…

Pour terminer ce survol de la " troisième voie ", remarquons chez ses partisans le rôle analogue joué par des expressions comme " herméneutique rationnelle ", " rationalité imaginative ", " visée figurative quoique abstraitehumour sérieux " d'Henri Atlan dans A tort et à raison, intercritique de la science et du mythe (Atlan, 1986).. Ces expressions sont des variétés d'oxymores dont nous serons amenés à reparler …

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Mots-clé : linguistique, analyse de discours, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées, Jean-Claude Milner.

Keywords : linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions, Jean-Claude Milner.

Schlüsselwörter : Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner.

Palavras-chaves : linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner.

Palabras-clave : lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner.

Parola-chiave : linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni raggelate, Jean-Claude Milner.

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