Inconscient et langage

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Jean-Jacques Pinto

Publications et recherches de Jean-Jacques Pinto sur les relations entre inconscient et langage, ainsi qu'entre psychanalyse et linguistique.

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Analogie de l'ordinateur ; Subjectivité Artificielle ; Machina subjectiva

Par Jean-Jacques Pinto :: 24/09/2009 à 17:37 :: Epistémologie
 

      Cette analogie est limitée et contestable, mais a le mérite d'éclairer plusieurs questions. En voici l'énoncé :

L'esprit est au corps ce que le programme ("software") est à l'ordinateur ("hardware").

(Le rapport de A à B est comparable au rapport de C à D)

      Attention, analogie n'est pas métaphore :

      « L'analogie s'élabore à partir de deux champs de connaissances bien distincts, représentés à un certain niveau d'abstraction et dont les "ressemblances" ne pouvaient être envisagées jusqu'à ce qu'ait été porté le jugement d'analogie. Ce jugement d'analogie est le résultat d'un raisonnement inductif qui aboutit à poser l'analogie entre les deux champs concernés » (Gineste, Analogie et cognition, PUF, 1997, p. 25).
[ Définition issue de l'excellent site La métaphore en question ]

      La métaphore dirait, bien à tort :

A est un C, B est un D : L'esprit est un programme, le corps est un ordinateur.

      Formulation inadéquate au but "pédagogique" recherché ici.

      Déplions l'analogie :

      - de même que l'ordinateur à sa sortie d'usine est quasiment vide, et ne pourra donc assurer une diversité de fonctions que si on lui apporte différents programmes,

      - de même le corps à la naissance est pourvu de fonctions psychiques minimales, mais l'esprit avec sa diversité de fonctions ne lui viendra que des apports de l'entourage, avant que la trace de ces apports ne soit-elle même rendue inaccessible par certains apports d'un type particulier (voir La métaphore de l'oignon).

      À sa sortie d'usine l'ordinateur est muni de sa seule électronique, et de petits programmes résidents en mémoire morte lui permettant d'accepter - voire de solliciter(1) - l'apport de programmes extérieurs bien plus élaborés, à commencer par le système d'exploitation). Des ordinateurs identiques acquerront des compétences différentes (traitement de texte, dessin, calcul, musique, etc.) en fonction des programmes que leurs propriétaires choisiront d'y implanter.

           (1) Les premiers MacIntosh affichaient à l'allumage l'icône d'une disquette schématisée portant un point
            d'interrogation
clignotant, ce qu'on pouvait traduire par : "Quelle disquette pouvez-vous
introduire qui contienne
            un
programme
que je puisse faire tourner" (en l'occurrence avant tout le système d'exploitation lui-même)

      À sa naissance, le corps est muni de son seul équipement héréditaire, dont - selon la théorie de l'attachement (2) - de petits programmes résidents dans le cerveau lui permettant de solliciter l'apport extérieur non seulement des réponses à ses besoins, mais aussi de modèles de comportement bien plus élaborés, qui constituent le processus d'humanisation, que les psychanalystes préfèrent nommer processus d'identification. Des enfants indemnes de toute pathologie héréditaire ou congénitale, éventuellement "identiques" (jumeaux vrais),  acquerront des compétences différentes (langage, connaissances concrètes et abstraites, régulation des affects, structure de personnalité ...) en fonction des formes et contenus que leurs "parents" (au sens large) implanteront chez eux, en majeure partie à leur insu(3).

         (2) « Pour s'attacher à un adulte, le bébé développe un ensemble de réactions et comportements afin de s'assurer de la présence, de la proximité et de la disponibilité de la figure maternelle. Cet attachement existe chez tous les primates. »

         (3) Nous proposons, en vertu de cette analogie, d'appeler cogniciels les programmes au service de l'identification cognitive, et subjiciels les programmes au service de l'identification subjective.


      - de même que la conception, la fabrication, l'entretien et la réparation de l'ordinateur relèvent du métier d'électronicien, et n'ont rien à voir avec la conception, la rédaction, la maintenance et la correction des programmes, qui relèvent du métier d'informaticien,

      - de même l'entretien et les thérapeutiques du corps relèvent de la médecine, mais l'esprit dans son fonctionnement normal ou perturbé relèvent de métiers (psychologue et psychanalyste) qui ne doivent rien à la médecine, sauf par métaphores relevant de fantasmes faciles à mettre en évidence.  Voir,  en attendant un billet publié sur ce site, le passage de ma thèse intitulé "les leurres de l'imaginaire" sur mon autre site, Inconscient et langage.

      Rien n'empêche un électronicien d'être également informaticien, mais rien n'oblige un informaticien à connaître l'électronique. La logique des programmes, surtout lorsqu'on programme des instructions d'un langage abstrait destiné à être ensuite traduites pour chaque type de processeur différent, n'a rien à voir avec les lois de l'électricité et de l'électronique en jeu dans les circuits de l'ordinateur.

      Rien n'empêche un médecin d'être également psychanalyste, mais rien n'oblige un psychanalyste à connaître la médecine. La logique des fantasmes et de l'inconscient n'a rien, à voir avec les lois de l'anatomie et de la physiologie en jeu dans le fonctionnement normal ou pathologique du corps. C'est en ce sens que Freud a parlé d'analyse profane ou laïque (assimilant avec humour les médecins au clergé ...), mais le message a eu du mal à passer,en particulier en France (§3, Un procès pour exercice illégal de la médecine), avant que des non-médecins (psychologues, philosophes; mathématiciens ... ou plombiers), pourvu qu'ils aient eux-mêmes été plusieurs années en analyse, puissent exercer ce métier.


(à développer, ainsi que les limites de cette analogie. Vous pouvez d'ailleurs, enattendant la suite, commencer à mettre ci-dessous en commentaires vos questions ou vos réponses sur ces limites.)
    Première limite : dans l'ordinateur sorti d'usine, tous les circuits sont prêts à fonctionner ; chez l'enfant les connexions entre neurones se font en grande partie lors de l'apprentissage.

    Deuxième limite : les différents types de mémoire d'ordinateur n'ont pas grand chose à voir avec les différents types de mémoire humaine, en l'état actuel des connaissances .
 
Laissé par : Johannes Baagoe le18/04/2009 à 16h00
  • Troisième limite : les ordinateurs n'ont, en général, qu'un ou deux processeurs ; l'illusion de processus simultanés relativement nombreux est obtenue par le "découpage" du temps-machine entre des processus entrelacés.

    Quatrième limite : Par ailleurs, il y a une différence physique nette entre les processeurs, la mémoire, les gestionnaires de périphériques, les "bus" assurant leur connexion, etc.


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La subjectivité artificielle


Définitions extraites du Glossaire de l'A.L.S. :
  • subjectivité artificielle :
    1. pléonasme, s'il est exact que la subjectivité humaine ne peut être qu'artificielle, cf infra subjiciel
    2. terme proposé par l'auteur de l'A.L.S. (Jean-Jacques Pinto) pour faire pendant à celui d'Intelligence artificielle
  • subjiciel : terme forgé (et déposé comme marque à l'I.N.PI. en 1984) par l'auteur de l'A.L.S. (Jean-Jacques Pinto)
    1. programme subjectif "naturel", mais il se pourrait bien que la subjectivité humaine ne puisse être qu'artificielle : il n'y a pas de "nature humaine", seulement une "condition humaine"(1). Les subjiciels sont au service de l'identification subjective comme les cogniciels sont au service de l'identification cognitive
    2. logiciel de subjectivité artificielle écrit par des humains pour simuler la subjectivité humaine "naturelle", et en particulier les  subjilectes ou lectes subjectifs. À ce propos, signalons que dès 1983, inspirés par le titre du livre de William Skyvington, Machina sapiens. Essai sur l'intelligence artificielle. Seuil, 1976, nous avons proposé l'expression Machina subjectiva pour désigner l'ensemble des projets tendant à construire cette subjectivité artificielle.

                                                                                                    (1)Voir La métaphore de l'oignon 


      Rappel de l'article Linguistique et psychanalyse : pour une approche logiciste :

« 5.1.4. Résultats : traitement informatique de l'A.L.S.

      Une recherche menée avec le G.R.T.C (Groupe de Représentation et Traitement des Connaissances, C.N.R.S. Chemin Joseph Aiguier, Marseille) a conduit à une validation partielle de l'A.L.S à l'aide d'un langage d'Intelligence Artificielle (J.-J Pinto, 1987).

      Les programmes déjà réalisés opèrent le diagnostic automatique de la série des mots complexes (molécules) par leur décomposition en atomes ; le calcul sémantique sur les expressions et locutions pour en déterminer la série en fonction du contexte ; la synthèse automatique de petits « dialogues de sourds ».

      Les programmes envisagés ou en cours de réalisation concernent : la génération automatique des séries d'atomes A et B à partir des énoncés parentaux ; la validation interne : Système-Expert d'analyse automatique de textes fournissant un diagnostic ; la validation externe : génération automatique de textes caractéristiques des différents parlers (pastiches), avec « traduction » d'un contenu « neutre » dans différents lectes subjectifs (« subjilectes »), à la manière des Exercices de style de Raymond Queneau.

      L'analyse semi-automatique de textes : bien moins ambitieuse que les programmes de validation précités, elle offre un outil informatisé facilement disponible et relativement fiable de visualisation de textes en vue de leur comparaison. Nous ne la détaillerons pas ici. »

[ À suivre ]




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Mots-clé : linguistique, analyse de discours, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées, Jean-Claude Milner, Schreber, machina subjectiva, tuché, automaton, Réel, Symbolique, Imaginaire.

Keywords : linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions, Jean-Claude Milner, Schreber, machina subjectiva, tuché, automaton.

Schlüsselwörter : Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner, Schreber, machina subjectiva, tuché, automaton.

Palavras-chaves : linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner, Schreber, machina subjectiva, tuché, automaton.

Palabras-clave : lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner, Schreber, machina subjectiva, tuché, automaton.

Parola-chiave : linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni idiomatiche, Jean-Claude Milner, Schreber, machina subjectiva, tuché, automaton.



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