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Publications et recherches de Jean-Jacques Pinto sur les relations entre inconscient et langage, ainsi qu'entre psychanalyse et linguistique.

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Résumé du livre de J.-C. Milner : L’Œuvre claire, Introduction et chapitre I

Par Jean-Jacques Pinto :: 05/08/2009 à 14:44 :: Epistémologie


Référence : Jean-Claude Milner : L’Œuvre claire (Paris : Seuil. 1995)



4ème de couverture :

"Faire constater clairement qu'il y a de la pensée chez Lacan. De la pensée, c'est-à-dire quelque chose dont l'existence s'impose à qui ne l'a pas pensé. Tel est le projet.

Il faut établir qu'existent chez Lacan des propositions suffisamment robustes pour être extraites de leur champ propre, pour supporter des changements de position et des modifications de l'espace discursif. En revanche, il n'est pas nécessaire d'être exhaustif ; il suffit que quelques propriétés de ce type soient reconnues pour quelques propositions.

Ainsi caractérisé, ce projet se définit en extériorité,et en incomplétude: situer quelques reliefs extérieurs (Koyré, Kojève, Jakobson, Bourbaki, etc.) que le discours lacanien a heurtés, contournés, divisés, non sans en recevoir une forme et non sans leur en conférer une. On peut appeler cela un matérialisme discursif".



Voici, pour commencer, la Table des matières :


INTRODUCTION

CHAPITRE PREMIER. Considérations sur une œuvre

* * *
CHAPITRE II. Le doctrinal de science
  •       1. L'équation des sujets et la science
  •       2. La théorie du moderne
  •       3. La stylistique historiciste
  •       4. L'epistèmè antique
  •       5. Que l'historicisme n'est pas nécessaire
  •       6. Littéralité et contingence
* * *
CHAPITRE III. Le premier classicisme lacanien
  •       1. Le langage de la coupure
  •       2. Le paradigme de la structure
  •       3. Le sérieux de la structure
  •       4. Vers une lecture transcendantale
* * *
CHAPITRE IV. Le second classicisme lacanien
  •       1. Les instabilités du premier classicisme
  •       2. Le mathème
  •               2.1. La fonction et la forme du mathème
  •               2.2. La lettre
  •       3. La mathématique
  •       4. La visibilité du littéral
  •       5. L'antiphilosophie
* * *
CHAPITRE V. La déconstruction
* * *


Notre résumé a pour méthode de n'utiliser, dans la mesure du possible, que les phrases mêmes de l'auteur. Comme il le dit des "serviteurs de la justesse et de la clarté" vis-à-vis de Lacan, la meilleure méthode est d'éclairer Milner par Milner. "Quelles que soient les œuvres, les élucidations les plus irréprochables obéissent à ce principe".


INTRODUCTION


Milner ne se propose pas d'éclairer la pensée de Lacan. Cela n'est pas urgent. Lacan est un auteur cristallin. Il suffit de le lire avec attention. Pour guider de telles lectures il y a des institutions sérieuses, des ouvrages excellents, et des commentaires parfaits, sauf que les meilleurs ne sont ni les plus accessibles ni les mieux connus.

Un Lacan selon l'ordre des raisons n'existe pas. Un jour peut-être il faudra faire retour à Lacan, comme il a dû faire retour à Freud. L'erreur de lecture, prévisible et  nécessaire, fait partie du sérieux des destinées. En France le temps de se déployer lui a manqué.

Il est donc inopportun de saisir Lacan dans sa logique interne, et de l'exposer de façon à corriger d'éventuels contresens. Milner veut non pas éclairer la pensée de Lacan, ni rectifier ce qui en a été dit, mais faire constater clairement qu'il y a de la pensée chez Lacan, c'est-à-dire quelque chose dont l'existence s'impose à qui ne l'a pas pensé.

Les serviteurs de la justesse et de la clarté ont raison de supposer cette existence donnée, et que la meilleure méthode est d'éclairer Lacan par Lacan.  Mais quand l'existence n'est pas supposée donnée, il faut procéder autrement.

Le seul support témoignant d'une pensée, ce sont des propositions. Il y a de la pensée chez Lacan, si y existent des propositions. Rien n'existant sans propriétés, et rien n'ayant de propriétés qui ne soient indépendantes du milieu, il faut établir qu'existent chez Lacan des propositions suffisamment robustes pour être extraites de leur champ, pour supporter des changements de position et des modifications de l'espace discursif. Mais sans être exhaustif : il suffit que quelques propriétés soient reconnues pour quelques propositions. Ainsi caractérisé, le programme se définit en extériorité et en incomplétude.

Milner compte restituer certaines articulations seulement, sans mettre au jour la construction générale de l'œuvre. Il accordera de l'importance à la question de la science, insistante chez Lacan ; mais d'elle on peut pas déduire tous les concepts fondamentaux de la psychanalyse. Pour Lacan, la question de la science est décisive, et pourtant suffisamment étrangère à l'essentiel pour qu'un garant extérieur – Koyré – suffise. De même, le paradigme de la linguistique structurale a été important pour lui, et pourtant il semble ne jamais avoir pratiqué les travaux propres à cette discipline, comme si sa pure et simple existence suffisait pour protéger les espaces à conquérir.

Il est un bon usage de l'extériorité. La doctrine lacanienne de la science est dérivée de Koyré, mais le détourne. Elle manifeste des propriétés de cette doctrine parfois latentes. De même pour la doctrine structurale, Lacan se tenant à son égard dans une position paradoxale d'inclusion externe. En retour, l'extériorité des doctrines de la science et de la structure, avec leurs thèses discriminantes, permet de violenter le lieu naturel des propositions lacaniennes ; on fait apparaître ainsi des propriétés objectives et quasi matérielles.

Pour se cogner aux murs, pas besoin de connaître le plan de la maison. Mieux : pour rencontrer les murs là où ils sont, mieux vaut ne pas connaître le plan, ou  ne pas en  tenir compte. Il est deux manières de reconnaître la figure d'un objet :
  • partir de son intérieur et, par une composition de lois, en générer les contours. Ainsi fait le linguiste, construisant une grammaire.
  • partir de l'extérieur ; établir comment les corps voisins, par leur disposition latérale, déterminent la forme d'un espace où se loge l'objet. Ainsi font les fleuves et les villes.
Milner choisit la seconde voie : décrire quelques reliefs extérieurs que le discours lacanien a heurtés, contournés, érodés. Il en a reçu une forme et leur en a conféré une. C'est un "matérialisme discursif". C'est ainsi que se légitiment les techniques de lecture de Freud ou de Lacan. Déplacer les accents, pour faire entendre le réel de la matrice rythmique. Rompre les liaisons visibles, pour manifester les liaisons réelles. Faire s'évanouir les significations, complètes, pour faire émerger le sens, lacunaire.

L'exhaustivité n'est pas requise. Le matérialisme discursif sera satisfait si quelques propriétés de quelques propositions ont été rencontrées. Des points primordiaux au regard de la doctrine interne (désir, objet a, phallus, tout ce qui légitime l'existence de propositions cliniques) ne seront pas abordés. Ce ne sera pas un défaut.

La grandeur de tous les matérialismes authentiques est de n'être pas totalisants. A eux conviennent les lectures non totalisantes. Le Lacan que propose Milner sera confirmé s'il se découvre aussi incomplet que Lucrèce ou Marx.

Enfin nul engagement personnel ne devra être perçu. Milner ne souhaite pas faire entendre ce qu'il pense sur Lacan ou sur la conjoncture qui l'inclut et qu'il éclaire. Une pensée personnelle n'aurait ici aucune pertinence.

La pensée est une chose trop sérieuse pour la laisser aux personnes, sinon à titre d'exception. Lacan en est sans doute une. Si pensée il doit y avoir dans le monde, Milner tient pour éthique de faire en sorte qu'il y en ait le plus possible, et que l'existence s'en impose au plus grand nombre possible. C'est la seule justification pour qu'un texte existe, plutôt que pas. mais à une condition : que, sauf exception, la pensée soit seulement celle des objets.




CHAPITRE PREMIER. Considérations sur une œuvre

L'œuvre de Lacan comporte les Séminaires, transcrits, et les Scripta (Les Écrits, et autres textes). La notion d'œuvre est moderne, c'est une forme qui organise la culture.

Ce qui agit dans la science ne s'inscrit pas dans la forme d'œuvre. La culture, comme hors-science, vient relayer l'amnésie systématique de la science en progrès, comme hors-culture..

Les élèves de Saussure ont pris le parti de l'œuvre.

Freud délaisse la monographie pour la forme d'œuvre, qui s'imposera.

Lacan, après avoir failli se taire, délaisse la monographie (revue savante La psychanalyse) pour la forme d'œuvre (Les Écrits). Comme Freud, il avait besoin de la culture pour se faire entendre.

Milner a longtemps cru que Le Séminaire était une œuvre.

Quel rapport entre Le Séminaire et les Scripta ? Pour Platon et Aristote on distingue :

  • l'enseignement exotérique, adressé à ceux qui sont hors de la philosophie, qui est écrit,
  • l'enseignement ésotérique, adressé à ceux qui sont dans la philosophie, qui est oral (éventuellement transcrit).

Il peut y avoir du plus complet, du plus précis, du plus clair dans les transcrits ésotériques, pas l'inverse.

Dans les écrits exotériques, il peut y avoir de la protreptique : procédure discursive qui a pour fonction d'arracher le sujet à la doxa pour le tourner vers la theoria.

Milner a longtemps pensé que Le Séminaire était ésotérique tandis que les Scripta étaient exotériques, donc que Le Séminaire était indispensable à l'interprétation des Scripta.

Aujourd'hui il déclare s'être trompé : Les Séminaires sont exotériques (tissus d'une protreptique "négative", violente et impolie), ce sont les Scripta qui sont ésotériques - au sens où l'est le corpus aristotélicien. Le rapport s'est inversé :

  • l'enseignement ésotérique est écrit,
  • l'enseignement exotérique est parlé et transcrit.
Il n'y aura jamais rien de plus dans Les Séminaires que dans les Scripta. Mais il peut toujours y avoir quelque chose de plus dans les Scripta que dans Les Séminaires. Si l'œuvre de Lacan existe, elle est tout entière dans les Scripta.

Dans les Scripta la protreptique négative est remplacée par les procédures dites "gongoristes", ou plutôt par "l'écriture artiste".

Les propositions relevant de la transmissibilité du savoir sont tout autres : syntaxe la plus simple possible et récurrence. Milner les appelle logia (pluriel de logion) :
  • Ils sont récurrents, véridiques, essentiels et susceptibles d'être interprétés intégralement par eux-mêmes,
  • ils ne sont ni anodins, ni inconsistants, ni incomplets,
  • ils ne sont pas énigmatiques. Ils relèvent du bien dire.
Dans les Scripta s'entrelacent les contournements protreptiques et les propositions de savoir.

Celui qui s'intéresse au savoir a toujours le droit de négliger Les Séminaires.

Lacan s'est intégralement fié à l'écrit pour transmettre sa doctrine. On rejettera définitivement la constellation spiritualisante qui s'ancre dans la parole de Lacan : Parole, Présence, Maître, Disciples, Remémoration, le "théâtre sacramentel". La doctrine entière du mathème sera faite pour s'opposer à une telle mise en scène (mythification du fait que Lacan a enseigné oralement).

Lacan se situe entièrement dans un univers où la relation de la vérité à l'écrit n'est plus problématique. Lire Lacan, c'est lire ce qui est écrit, et singulièrement dans les Scripta, en le débarrassant des obscurités qu'y jette occasionnellement le parler protreptique.


[ A suivre
ici  ]



On consultera avec intérêt le texte suivant :SCIENCE > Sujet (http://psychanalyse-non-psychanalyse.blogspot.com/2009/01/science-sujet.html)

sur le site Psychanalyse et Non-Psychanalyse

 


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Parola-chiave : linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni idiomatiche, Jean-Claude Milner, Schreber, machina subjectiva.



 


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