Inconscient et langage

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Jean-Jacques Pinto

Publications et recherches de Jean-Jacques Pinto sur les relations entre inconscient et langage, ainsi qu'entre psychanalyse et linguistique.

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L'horreur pour l'horreur est-elle le propre de l'homme?

Par Jean-Jacques Pinto :: 09/10/2008 à 11:49 :: Général

      C'est une des deux questions proposées il y a de nombreuses années aux lecteurs par l'Evènement du Jeudi dans un numéro dont le dossier s'intitulait  La fascination du mal (semaine du 11 au 17 mai 1989).
       Avec un ami membre d'un groupe de travail de l'époque, j'avais composé la réponse suivante, qui tenait en une seule page afin d'être faxée à cet hebdomadaire, et que j'envisage de développer bientôt sur ce site.



L'horreur pour l'horreur est-elle le propre de l'homme?
(réponse de deux lecteurs)



      L'énoncé de votre question présuppose :

      - qu'il existe quelque chose qui n'appartient qu'à l'homme, de façon probablement innée,

      - qu'on peut commettre des actes horribles sans but "politique", c'est-à-dire soit sans raison, soit pour le plaisir (sous entendu "son propre plaisir")

      Nous pensons que rien n'appartient en propre à l'homme : on peut prouver que s'il existe bien quelques reflexes archaïques à la naissance, ils disparaissent en quelques mois. Rien qui soit de l'ordre de l'instinct - c'est à dire d'une séquence complexe de comportements "pré-programmés" comme chez l'insecte - ne peut être mis en évidence chez l'humain : il n'y pas de nature humaine.

      Si l'on admet donc que c'est par "programmation externe" que l'homme acquiert les traits de son caractère ou de sa personnalité, celle-ci n'a alors rien d'universel ni de nécessaire, et est soumise aux contingences de ses rapports avec l'entourage : rien n'autorise les jugements globaux sur l'homme, et pourtant il ne s'agit pas là non plus de tendances individuelles.

      On pourrait attribuer cette programmation externe à l'environnement socio-économique, mais nous contestons la prévalence de "l'idéologie de classe" chère aux marxistes, incapable de rendre compte :

      - du fait qu'on commet des horreurs dans toutes les couches et toutes les parties  de la société (comme le dit Serge Maury, "le mal brandit le drapeau de l'ordre ou celui du désordre ... de droite au Brésil, de gauche au Pérou ... Il conquiert les croyances comme les incroyances"),

      - de l'apparition de tendance sadiques bien avant que le statut social de l'individu soit fixé (cf horreurs commises par des enfants).

      Nous chercherions plutôt du côté de la genèse de la personnalité, ou mieux de la genèse des identifications : ce processus, distinct de l'éducation puisque s'opérant à l'insu du parent comme de l'enfant, rend compte de la diversité des positions subjectives vis-à-vis de l'horreur (notamment la fascination ou le rejet de l'horreur).

      Cette hypothèse de la programmation inconsciente de l'enfant par l'adulte présuppose l'existence d'un déterminisme psychique : nous rejetons l'interprétation de l'horreur pour l'horreur comme "acte gratuit" (immotivé, effet du libre-arbitre) au sens de Gide. Nous nous plaçons dans celle de l'horreur pour le PLAISIR de l'horreur, en excluant - comme l'implique la question - le cas de l'horreur subordonnée à autre chose que l'horreur ("la fin justifie les moyens").

      Le fait paradoxal que l'homme puisse désirer le mal, nié par l'ancienne philosophie, et qui conduit certains de vos lecteurs à invoquer l'explication par la FOLIE, est facilement résolu si l'on considère que ce n'est pas le même individu qui exerce l'horreur et qui s'en repaît.

       Il suffit d'imaginer que l'auteur d'actes horribles se plie inconsciemment au souhait qu'a eu son parent de lui réserver un sort horrible, cas non sans exemples au vu du grand nombre d'enfants rejetés par leurs parents et peut-être futurs martyrs (1).
  • (1) Puisque, de même, celui qui veut le Bien reproduit le comportement bienveillant du parent à son égard - cette consigne à exécuter relevant de l'hypnose identificatoire - , vous péchez par omission en parlant (à juste titre) de FASCINATION du Mal sans parler de FASCINATION du Bien, l'une et l'autre ne laissant aucune place à la décision "personnelle".

     Plus tard, les assassins (haschichin) potentiels se trouveront comme substitut parental un "vieillard de la montagne" pour lequel ils sont prêts à détruire et à s'autodétruire (commandos-suicide ou kamikazés = enfants potentiellement martyrs évoqués ci-dessus).

     L'invocation d'une Cause n'est alors qu'un prétexte pour les "enfants perdus, bâtards décervelés ... prompts à se glisser dans n'importe quel déguisement qui leur permette de brandir un bien fallacieux pour assouvir impunément leur fascination pour le mal absolu" (Serge Maury).

       Notre réponse à votre question est donc la suivante :

       Ce qui est propre à l'humain, la condition humaine, c'est son assujettissement aux consignes inconscientes de l'adulte qui lui tient lieu de parent, consignes parfois "inhumaines" et horribles.

      Un "remède" possible à ce qui n'a rien pourtant d'une pathologie, serait d'accepter de "mettre son nez", avec tous les garde-fous nécessaires (évitons le "meilleur des mondes" ! ), dans la conduite (sans permis ! ) de la cellule familiale.


Deux lecteurs "qui vous veulent du bien (!)"



Essais de traduction du début de ce texte :

English : Is atrocity for its own sake the own of human being ?
(answer by two readers)

      The wording of your question presupposes :
      - that there is something that belongs only to human being, in a probably innate way,
      - that it is possible to make horrible acts without "political" aim, that is to say either without reason, or for pleasure (having implied " its own pleasure ").

      We think that nothing peculiarly belongs to human being : it is possible to prove that if there is, certainly, some archaic reflexes at birth, they disappear after some months. Nothing that is about instinct - that is of a complex sequence of  "pre-programmed" behaviours as for insects - cannot be shown in human being : there is no human nature.

      If we therefore suppose that it is by " external programming " that the man acquires the features of his character or of his personality, the latter has then nothing universal or essential, and is submitted to the
misadventures of his relations with family circle : nothing allows global judgements on the human being, and however it is not here a question of individual tendencies.

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Deutsch : Ist die  Scheußlichkeit  für die  Scheußlichkeit  der Eigene des Menschen?
(Antwort von zwei Lesern)

      Die Aussage Ihrer Frage setzt voraus :

      - dass es etwas gibt, was nur zum Menschen, auf wahrscheinlich angeborene Art, gehört

      - dass man grauenhafte Handlungen ohne "politisches" Ziel, das heißt entweder ohne Grund begehen kann, oder für das Vergnügen (mit darunter verstanden " sein eigenes Vergnügen ").

       Wir denken, dass nichts in geeignetem zu dem Menschen gehört : man kann beweisen, dass, selbst wenn es in der Tat einige archaische Reflexe an der Geburt gibt, sie nach einigen Monaten verschwinden. Nichts, was in der Größenordnung vom Instinkt sei - das heißt,  zu einer komplexe Sequenz von "vorprogrammierten " Verhalten wie beim Insekt - kann beim Menschen aufgezeigt werden: es gibt keine menschliche Natur.


      Wenn man also annimmt, dass der Mensch eben von " äußerlicher Programmierung " die Charakterzüge seines Charakters oder seiner Persönlichkeit erwirbt, hat diese dann nichts von universales und von nötigen und wird den Zufällen seiner Beziehungen mit der Umgebung unterworfen: Nichts gestattet die gesamten Urteile auf dem Menschen und dennoch handelt es sich hier auch um keine individuellen Tendenzen.

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Português : É o horror do horror o próprio do homem ?
(resposta de dois leitores)

      O enunciado da sua pergunta pressupõe:

      - que há algo que pertence só ao homem, de um modo provavelmente inato,

      - que é possível fazer ações horríveis sem fim "política", isto é sem razão, ou para o prazer (insinuando  "o seu próprio prazer").

      Pensamos que nada pertence em peculiar ao homem : é possível comprovar que se houver, por certo, alguns reflexos arcaicos ao nascer, eles desaparecem depois de alguns meses. Nada que seja do instinto - isso é de uma seqüência complexa de comportamentos "pré-programados" como para insetos - pode ser mostrado para humanos: não tem nenhuma natureza humana.

      Se nos supusermos portanto que é por "programação externa" que o homem adquire as características do seu caráter ou da sua personalidade, esta não tem então nada de universal ou de necessário, e é submetido às contingências das suas relações com o ambiente familial : nada permite juízos globais sobre o homem, e contudo não se trata aqui de  tendências individuais.


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Español : ¿El horror para el horror es el propio del hombre?
(respuesta de dos lectores)

       El enunciado de su pregunta presupone :

      - que exista algo que perteneciera sólo al hombre, de modo probablemente innato,

      - que se puede cometer actos horribles sin fin "político", es decir o sea sin razón, o sea para el placer (sobreentendido " su propio placer ").

      Pensamos que nada pertenece en particular al hombre: es posible probar que si existen ciertamente unos reflexes arcaicos al nacimiento, ellos desaparecen despues unos meses.

      Nada que esté del orden del instinto - es decir de una secuencia compleja de comportamientos "preprogramados" como para los insectos - puede ser puesto en evidencia en el humano: no existe ninguna naturaleza humana.

      Si se supone pues que es por " programación externa " que el hombre adquiere los rasgos de su carácter o de su personalidad, ésta no tiene entonces nada universal ni necesario, y está sometida a las contingencias de sus informes con el cerco familial : nada autoriza los juicios globales sobre el hombre, y sin embargo no se trata aquí tampoco de tendencias individuales.

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Italiano: È l'orrore per l'orrore il proprio dell'uomo?
(risposta di due lettori)

       L'enunciato della Sua domanda presuppone :

      - che esiste qualche cosa che solamente appartiene all'uomo, in un probabilmente innato modo,
      -  - che uno può commettere atti orribili senza meta "politica", cioè senza ragione o per il piacere (implicato il "suo proprio piacere").

      Pensiamo che nulla fa parte di essenza all'uomo : uno può provare che se alcuni riflessi arcaici esistono certo alla nascita, loro scompaiono dopo qualche mesi.

      Nulla che sia dell'ordine dell'istinto - cioè una sequenza complessa di comportamenti "pre-programmati" come per gli insetti - può essere messo in evidenza per la creatura umana: non c'è natura umana.

      Se uno ammette perciò che è da "programmazione esterna" che l'uomo acquisisce le caratteristiche del suo carattere o della sua personalità, questa non ha poi qualsiasi cosa universale né necessario, e è sottoposto alle contingenze dei suoi rapporti col cerchia familiare : nulla permette i giudizi globali sull'uomo, ed ancora non si tratta qui di tendenze individuali.




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