Inconscient et langage

http://langaginconscient.zeblog.com/

Calendrier

« Août 2017
LunMarMerJeuVenSamDim
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031 

Jean-Jacques Pinto

Publications et recherches de Jean-Jacques Pinto sur les relations entre inconscient et langage, ainsi qu'entre psychanalyse et linguistique.

Blog

Catégories

Derniers billets

Pages

Compteurs

Liens

Fils RSS

Les animaux malades de l’identité

Par Jean-Jacques Pinto :: 12/08/2008 à 9:08 :: Général

.........................................

[ page en construction ]

.........................................

 

      La subjectivité, le “programme” subjectif, n'a pas existé de tout temps: elle est apparue progressivement dans l'espèce humaine, et pourrait disparaître, contrairement à la prétendue nature humaine réputée "éternelle" et "universelle".

      Un examen, plus structural qu'historique, de sa fonction dans l'adaptation humaine et des"effets secondaires", des prolongements imprévus de son implantation en nous, pourrait éclairer bien des aspects du "malaise dans la civilisation".


I. REPRODUCTION ET ADAPTATION

La survie d'une espèce a deux pôles.

A. L'un est la reproduction : mécanisme “automatique”, aveugle, assurant la mise au monde d'organismes "préfabriqués" porteurs des adaptations antérieures de l'espèce, mais incapable en elle-même d'assurer une adaptation à l’environnement. Elle est, pour les espèces sexuées, le fait des cellules germinales ou GERMEN.

 B. L’autre pôle est l’adaptation, le savoir-faire avec le milieu, qui est, pour les espèces sexuées, le fait des cellules somatiques ou SOMA.

1. Son but est la survie aveugle de l’espèce (pour ou contre l’individu, peu importe), ou encore la survie des individus non pour eux-mêmes, mais en tant que reproducteurs de l'espèce (cf Lacan : "Les corps sont produits comme appendices de la reproduction sexuée"). Tous les coups sont permis :

a) Survie des gamètes, donc survie des corps qui les portent jusqu'à l'âge de la reproduction (après ils peuvent mourir, telle la femellle du ver à soie juste après la ponte). 

b) Rencontre des gamètes avec ou sans accouplement avec le partenaire, selon les espèces considérées.

c) Survie des petits, en tant que porteurs de gamètes et futurs reproducteurs de l'espèce.

(1) nourrissage ou non par l'adulte (selon l'espèce)

(2) élevage ou non par l'adulte (selon l'espèce)

(3) protection ou non par l'adulte (selon l'espèce) 

(4) sacrifice ou non de l’adulte (selon l'espèce)

(a) mante religieuse dévorant le mâle alors même qu'il la féconde.

(b) femelle oiseau se laissant manger par le renard pour l'attirer loin du nid, etc. 

2. L’adaptation morphologique permanente (organes-outils de l'animal assurant la survie de son propre corps) est toujours innée.

3. Le savoir-faire avec le milieu (comportements assurant survie de son propre corps + rencontre des gamètes + survie des petits) peut être inné ou acquis.

a) il utilise la perception (sensitive et sensorielle: les "stimuli") pour aboutir à des comportements moteurs (les "réponses").

b) à développer: la "fonction filtre de la perception" qui reconnaît des formes découpées sur un fond, des "entités"; c'est l'imaginaire animal (radicalement différent de l'imaginaire humain fils du symbolique).

(1) Distinction vivant/ non vivant, individué/ non individué : [ passage à développer ]

C'est l'adaptation des comportements qui retiendra désormais notre attention (voir le tableau ci-joint).

 

II. Avant le langage, d’où vient l’adaptationdes comportements, le savoir-faire avec le milieu ?

Avant le langage, instrument de connaissance et de méconnaissance, que trouvait-on chez l’animal ?

Posons artificiellement trois étapes chez les métazoaires ou pluricellulaires (en sachant que toutes les transitions ont bien sûr existé):Histoire, comparaison et devenir des différents "programmes" adaptatifs au cours de l'évolution des espèces "animales".

( tableau: rajouter ligne d'exemples: insectes, mammifères, homme; colonne imitation , modifications ]


A. La programmation génétique, qui domine chez les espèces dites "inférieures" (invertébrés).

1. Elle est par définition INNÉE, plus précisément héréditaire (l’autre sorte d’inné étant le congénital).

Outre la forme du corps (morphotype adapté, organes et appendices), elle régit les réflexes et les instincts.

a) Le réflexe est élémentaire, simple; cf l’arc réflexe composé seulement d’un neurone récepteur et d’un neurone effecteur dans la moëlle, fonctionnant même si la grenouille est décérébrée. A lui seul il est incapable de tendre vers un but adapté.

b) L’instinct est une impulsion innée, héréditaire et spécifique; il est parfait (d’après le dictionnaire Flammarion), hautement complexe, et adapté.

 

2. Elle est NÉCESSAIRE: tous les êtres vivants ont un patrimoine génétique qui les détermine. “La biologie, c’est le destin”, sauf depuis les thérapies géniques. 

3. Elle est CODÉE : c’est le code génétique. 

Un code établit une correspondance bi-univoque entre une "entrée" et une "sortie" (un signe n’a qu’une signification): il est non-ambigu, non-contextuel sous peine d’échec dans la communication.Il ne peut se modifier par lui-même. 

Exemple: le soit-disant "langage" des abeilles, qui n’est qu’un code. Jamais deux abeilles ne pourront convenir de modifier leur "langage".

Un langage au contraire est équivoque: à une "entrée" peuvent correspondre plusieurs "sorties", et inversement: il est ambigu et contextuel. Il peut s’auto-modifier.

Que "le" langage n'est pas un code cf Roland Barthes Elements de séméiologie

code : inné ou acquis, naturel, concret, pratique, simple, non ambigu, biunivoque, monosémique, non contextuel, improductif

ex : code morse, langage informatique, code de la route, code-barre

- inné (les abeilles), pas d'apprentissage

- acquis (code de la route), peut être modifié

 - non ambigu

- le contexte n'est pas nécessaire

langage naturel : acquis, artificiel, abstrait, théorique, complexe, ambigu (équivoque: son “a”, mot “régime”), polysémique, contextuel, productif

4. Le modèle BIOLOGIQUE(ou organiciste) consiste à expliquer non seulement le physique mais aussi le psychisme humain (intelligence, personnalité etc.) par cette programmation génétique. Ex: L’homme neuronal de Jean-Pierre Changeux.

5. Elle ne suppose pas l'existence du plaisir et du déplaisir (AFFECTS CONTINGENTS)

a) Les tropismes (par ex. le ver de terre qui cherche l'humidité et fuit la lumière) ne supposent aucun déplaisir dans l'évitement des situations nocives.

b) chez les poissons la fécondation étant externe, elle ne présuppose aucun plaisir sexuel (mais n’en interdit pas non plus l’existence).

c) Tout ceci peut être simulé par un robot doté de locomotion et de perceptions, sans plaisir ni déplaisir (ex: la tortue cybernétique qui cherche son “alimentation” pour recharger ses batteries). cf aussi apprentissage de la marche chez machine à 6 pattes

C’est l’”animal-machine” de Descartes, quasi-robotique et parfaitement simulable.

Et l'homéostat d'Ashby?

6. Elle a une portée QUASI-COLLECTIVE (la variabilité génétique autorise des exceptions).

7. Elle représente un savoir TRANSMISSIBLE, mais elle fige les connaissances.

8. Elle donne une ADAPTATION TRES LENTE, qui dépend des effets de la sélection naturelle sur la combinatoire génétique fournie par la reproduction sexuée, donc qui prend de nombreuses générations pour se réaliser (les dinosaures ont probablement disparu faute d’avoir pu s’adapter assez vite à des changements rapides du milieu).

9. NON EXTINCTION: sa durée dépasse la durée de vie d’un individu.

 

B. La programmation conditionnelle ou conditionnement, qui apparaît dans des espèces plus “évoluées” (mammifères, oiseaux) où l’instinct recule sans toutefois disparaître (il existe bien sûr des formes de transition).

Il s’agit du réflexe conditionné et de l’apprentissage animal.

Réflexe conditionné: par association répétée d’un stimulus neutre (ex: une sonnerie) à un stimulus significatif (ex: nourriture ou décharge électrique), le stimulus neutre déclenche la réponse (approche ou fuite).

même en dehors de toute intervention de l’homme. (il n'y a donc pas la dichotomie animal/homme puisqu'il y a déjà au moins deux types d'animaux, avec en fait toutes les transitions)

1. Cette programmation est par définition NON-INNÉE, ACQUISE au cours de la vie d’un individu donné.

2. Elle est CONTINGENTE: chaque individu acquiert de l’expérience au hasard des situations rencontrées

3. Mais elle est CODÉE (non-contextuelle: un signe n’a qu’une signification). En effet deux stimuli doivent toujours être différenciés physiquement (le chien conditionné discerne des fréquences à quelques hertz près) pour pouvoir susciter deux réponses différentes, sinon il y a "névrose expérimentale".

On pourrait trouver les transitions vers l'étape suivante en faisant intervenir le contexte dans les séquences de stimuli.

4. Transposée à l’homme, elle fonde le modèle COMPORTEMENTALISTE; ex: les phobies sont attribuées à de mauvais conditionnements, d’où les thérapies de “déconditionnement”.

cf 1984, bourrage de crâne, rendre un enfant studieux par la carotte et le bâton, obtenir la vertu par des sanctions pénales

5. Elle nécessite en général l'existence du couple plaisir/déplaisir (AFFECTS NÉCESSAIRES) qui favorise l’apprentissage par “récompense et punition”.

[Un plaisir particulier apparaît: le plaisir sexuel. En subordonnant le coït à la stimulation de la zone génitale, il supprime le caractère automatique (donc infaillible quant à la reproduction) de la rencontre des sexes (possibilité de masturbation, donc de ratage de la reproduction, chez les mammifères: chien, primate). Apparition de la contingence.]

remarque: les affects sont définis biologiquement: adrénaline, endomorphines, et non décrits comme impalpables, insaisissables...

Les affects de plaisir et de déplaisir (ou d'angoisse) ne sont pas des abstractions: ils sont descriptibles en termes biologiques (décharges d'adrénaline, médiateurs chimiques, amines cérébrales, endomorphines) et modifiables chimiquement (médicaments psychotropes).

6. Elle a une portée INDIVIDUELLE, le savoir ne concerne que celui qui a fait l’expérience du conditionnement.

7. PAS DE TRANSMISSION du savoir acquis: un chien savant n'engendre ni ne forme des chiots savants. (les chiens de berger sont peut-être un contre exemple).

8. Ce type de programmation permet une ADAPTATION PLUS RAPIDE, à chaque génération et pendant la vie d’un individu.

9. EXTINCTION PROGRESSIVE, si l’association stimulus neutre/stimulus significatif ne se représente pas pendant longtemps (mais un réapprentissage se fera plus vite).

extinction du réflexe cond (pas toute la vie) ≠ identif subjective se répétant “éternellement”

induction ou généralisation du lien stimulus — récomp ou punit associée -> loi empirique révisable

mémoire -> évitement du déplaisir; oubli -> répétition

 

III. Avec le langage apparaissent deux types de fonctionnement adaptatif avec des ressemblances et des différences

quels bienfaits et méfaits apparaissent?

Le langage est NON-INNÉ et NON-CODÉ (ambigu, contextuel). Il aura de ce fait des effets inattendus, imprévisibles sur l'adaptation (effets de bord).

Il permet une adaptation très rapide de chaque génération, par une transmission du savoir acquis.

 

A. Caractéristiques communes de la “programmation par la parole” ou IDENTIFICATION.

1. Cette programmation est NON-INNÉE, ACQUISE: personne ne parle à la naissance, même s’il faut de l’inné (conformation des organes de phonation + centres cérébraux suffisamment développés)

Cette programmation est NON-INNÉE, ACQUISE: on ne parle pas à la naissance, même s’il faut de l’inné (conformation des organes de phonation + centres cérébraux suffisamment développés)

Le fait que le signifiant soit apparu sous la forme sonore, pour des raisons qui restent à décrire, ne doit pas faire oublier que tout fonctionnement contextuel et ambigu d'une série de perceptions est du signifiant (on peut créer l'équivalent tactile ou gustatif des phonèmes: développer)

néoténie: à quelque chose malheur est bon: l’enfant est un Infirme  Moteur Cérébral, mais sans cette dépendance à l’adulte nourricier, il ne pourrait s’intéresser au langage. cf enfant sauvage pris trop tard?

2. Elle est CONTINGENTE: on ne parle que si on nous a parlé, condition nécessaire (ex. de l’enfant sauvage) mais non suffisante (ex. des psychoses infantiles); les connaissances objectives ou subjectives acquises ne concernent que celui qui les a reçues, et il aurait pu tout aussi bien en recevoir d’autres.

3. Elle est NON-CODÉE et AMBIGUE (contextuelle: un signe a plusieurs significations)

On insiste ici sur l’aspect verbal des connaissances humaines:

Elle est NON-CODÉE et AMBIGUE (contextuelle: un signe a plusieurs significations)

=> effets inattendus, imprévisibles du pdv de l'adaptation ("effets de bord"). Ce n'est pas un codage: les phonèmes n'ont pas de signification univoque, le contexte joue de façon maximale. Exemple: schtroumpf

Le terme "programme" doit être remplacé s'il est connoté par l'opposition INSTRUCTIONS/ DONNÉES (un langage informatique est une grammaire non contextuelle, un code): l'énoncé "le mot rare est rare" se distingue de PRINT "PRINT", à moins que n'apparaissent des langages de programmation analogues aux langues naturelles i.e. contextuels: expliquer...

Un enfant n'apprend pas à parler avec un dictionnaire et une grammaire, mais par le contexte.



Mots-clé : linguistique, analyse de discours, métaphore, psychanalyse, Lacan, psychologie, psychologie sociale, psychose, paranoïa, schizophrénie, rhétorique, argumentation, épistémologie, poésie, littérature, Baudelaire, traduction, malentendu, expressions figées, Jean-Claude Milner, Schreber.

Keywords : linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions, Jean-Claude Milner, Schreber.

Schlüsselwörter : Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner, Schreber.

Palavras-chaves : linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner, Schreber.

Palabras-clave : lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner, Schreber.

Parola-chiave : linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni idiomatiche, Jean-Claude Milner, Schreber.

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment.

Ajouter un commentaire

Nom ou pseudo :


Email (facultatif) :


Site Web (facultatif) :


Commentaire :


 
Copyright © Inconscient et langage - Blog créé avec ZeBlog