Inconscient et langage

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Jean-Jacques Pinto

Publications et recherches de Jean-Jacques Pinto sur les relations entre inconscient et langage, ainsi qu'entre psychanalyse et linguistique.

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Résumé de la conférence à Valvert

Par Jean-Jacques Pinto :: 02/03/2010 à 16:41 :: Général

      Voici le résumé/plan de la conférence sur L'A.L.S faite à l'Hôpital de Valvert le 9/03/2010. Il a été distribué aux participants. Le texte intégral de la conférence sera publié dans les jours qui viennent.

Des Quatre Discours de Lacan à l'Analyse des Logiques Subjectives (A.L.S.) : principes et applications

Conférence du Dr Jean-Jacques PINTO

     1) Lacan a cherché à formaliser le fonctionnement du discours courant par la théorie des Quatre Discours

  • Ses « mathèmes » (lettres et symboles formalisant l’expérience clinique) décrivent les discours du Maître, de l’Université, de l’Hystérique et de l’Analyste. Mais cette tentative passionnante soulève certaines critiques :

    • Le but initial était une transmissibilité « intégrale » de fragments du discours analytique. Or les mathèmes n’empêchent pas les interprétations fantaisistes des disciples.

    • Les corrélations de ces formules avec l'observation clinique sont parfois douteuses, même chez Lacan.

  • Contrairement aux formules logico-mathématiques de la science, ils ne peuvent fonctionner sans qu'on doive remonter à la parole de leur découvreur, comparable à un maître de sagesse antique. Il manque à cette théorie un corpus consultable par tous, des commentaires précis et exhaustifs, validables ou réfutables, des procédures de diagnostic reproductibles, et la fabrication à la main ou par programmes de simulacres permettant des montages expérimentaux.

     2) Pour trouver un substitut aux Quatre Discours, considérons la possibilité d'un dialogue entre science et psychanalyse

La psychanalyse moderne, avec Lacan pour chef de file, dit que la science a jusqu'à présent eu besoin pour fonctionner de mettre entre parenthèses la subjectivité inconsciente, donc par construction même de s'interdire de la prendre pour objet d'étude. Disons que la science est ici "l'aveugle". La psychanalyse, elle, examine la subjectivité mais manque de jambes pour avancer, elle rumine la doctrine des maîtres et se repose sur ses lauriers. Elle est ici "le paralytique".

Nous plaidons pour une coopération permettant de percher le paralytique sur les épaules de l'aveugle. Car science et psychanalyse, qui défont les représentations imaginaires, ont en commun le non-tout, le non-sens, l'épluchage de l'être (physique ou psychique). Freud les associait, mais l'aînée (la science) et la cadette (la psychanalyse) sont devenues sœurs ennemies. Pour passer d'une opposition stérile à une intercritique constructive, la négociation peut recourir aux analysciences.

Le terme analyscience, proposé en 2008 par J.-J. Pinto, désigne toute discipline hybride entre psychanalyse et science : travail sur la subjectivité des savants, recherches expérimentales sur l'inconscient cognitif, sous-ensemble de la description psychanalytique traitant du fantasme avec des méthodes scientifiques, modélisation de fragments de la subjectivité humaine ...

L'A.L.S. est une analyscience. Si on la définit schématiquement comme une "micro-sémantique du fantasme", ce dernier est un concept qui résulte d'une expérience en amont, sur un corpus hélas non consultable par tous (séances d'analyse) ; il a une ébauche de formalisation : $ a ; il peut recevoir une définition linguistique ; ses réalisations sous forme d'occurrences verbales et sa genèse sont corroborables en aval par l'A.L.S. dont le corpus est consultable par tous, donc testable, et dont les procédures d'analyse sont testables, reproductibles et simulables par des moyens informatiques.

    3) À la formalisation lacanienne prématurée des dialectes du discours courant, nous préférerons la découverte par induction de leurs « règles de grammaire » à partir d'exemples concrets.

  • Bien des analystes négligent la possibilité d'analyser les fantasmes hors séance. Or la thèse de l'inconscient-langage autorise à explorer ceux-ci dans le discours courant, d'où de nombreuses applications, "thérapeutiques" ou non.

  • Découverte de règles à partir d'exemples concrets : « Le système et les personnes, Essai d'analyse d'un malentendu »

  • Les traits sémantiques minimaux (« atomes » de sens) extraits de ces exemples vont constituer deux séries :

  • La série « A » (série destruction-disparition-éloignement-changement) concerne l’extérieur, le changement, le désordre, la destruction de l’ancien. Elle se compose d’adjectifs simples comme : ouvert, souple, varié, changeant, nouveau, libre

  • La série « B » (conservation-intégrité-stabilité) concerne au contraire l’intérieur, le non-changement, l’ordre, la conservation. Elle se compose d’adjectifs simples comme : sérieux, ferme, stable, ancien, solide, durable

Les mots complexes, adjectifs complexes, noms, verbes et adverbes seront traités comme des « molécules » dont le sens peut se décomposer en atomes A ou B, et pourront ainsi être rattachés, sauf exception, aux séries de même nom.

La valeur associée à chaque mot est la résonance favorable ou défavorable qu’a ce mot pour celui qui le dit. Elle peut être positive, négative, neutre ou indécidable. En combinant pour chaque mot pertinent d’un texte sa série et sa valeur, on obtient des points de vue, qui peuvent, comme la valeur, changer selon les instants ou selon les âges de la vie.

Le point de vue « extraverti » (désigné par E) valorise la série A et dévalorise la série B, ce qui peut se noter : A + = B = E.

Le point de vue « introverti » (désigné par I) valorise la série B et dévalorise la série A, ce qui peut se noter : B + = A — = I.

Cette notion de point de vue « instantané » (valable pour le seul mot qu'on analyse) peut être étendue à l’échelle d’un texte entier, qui présente en général une dominante « I » ou « E », sauf dans le cas du parler « hésitant » décrit plus bas.

Les parlers, « héritiers critiques » des Discours de Lacan, sont l'extension à l'échelle d'une vie entière de la notion de point de vue, recoupant la notion empirique de personnalité et la notion psychanalytique d'identification. Ces dialectes subjectifs (« subjilectes ») combinent de l’adolescence à la fin de la vie les deux points de vue « I » et « E », ce qui aboutit à :

1. Un parler « conservateur » (I I), en gros la personnalité obsessionnelle (Alceste) : « introverti incorruptible ».

2. Un parler « changement/destruction » (E E), correspondant grosso modo à la personnalité hystérique (Célimène ... ou Mesrine) : « extraverti incorrigible ». Il en existe une version « bénigne » (changement) socialement encouragée pour sa créativité, et une version « maligne » (destruction), antisociale, chez des sujets portés à l'extrême violence.

3. Un parler « hésitant » (I ou E, abréviation de l'alternance I E I E etc.), en gros la personnalité phobique (Philinte) : « éternel indécis », oscillant toute sa vie entre « I » et « E ». Ce parler résulterait de l'ambivalence parentale.

4. Un parler « du progrès » ou « constructeur » (E I), sans équivalent séméiologique (Marie-Madeleine ... ou Henry Ford) : « extraverti repenti ». Dans ce parler de la rédemption, de la réparation, mais aussi de l'ambition, de l'arrivisme, la biographie en deux étapes résulterait d'un jugement en deux temps : le parent rejette au début un enfant jugé non conforme à ses vœux, puis « se fait une raison » et remédie au « défaut » naturel par l'éducation, la « construction de la personnalité de l'enfant ».

  • Exemples des quatre principaux parlers : voir documents joints

     4) Quelques résultats obtenus en deux décennies d'étude de corpus divers et variés

L'A.L.S. est ainsi une méthode d’analyse des mots d’un texte parlé ou écrit qui permet, sans recourir au non-verbal, d’avoir une idée de la personnalité de l’auteur. Elle travaille sur la sémantique des métaphores pour en déduire la structure identificatoire du locuteur et les réseaux de sympathie ou d'antipathie qu'il génère. En décomposant le sens des mots en atomes le plus fins possible (microsémantique), elle révèle des invariants subjectifs indépendants du sujet abordé dans le texte considéré.

  • Les dix parlers. Outre les quatre principaux parlers :

. Il existe un parler « E → I raté »: le locuteur échoue au moment d'achever le chef-d’œuvre qui rachète son errance antérieure.

. Les représentants du parler « hésitant » peuvent « pencher » du côté du parler I → I ou du parler E → E : face à une situation angoissante, les premiers (« attentistes ») se tiendront sur leurs gardes, les seconds (« entreprenants ») fonceront quand même.

. Le parler « Montaigne » ([I ou E] → I) a son point de départ dans le parler hésitant, qui évolue ensuite vers le point de vue I.

. Le parler « Alcibiade » correspond en gros au Discours du Maître de Lacan, qui présente Alcibiade comme le sujet non-névrosé.

. Enfin, le parler analytique répond au Discours de l'Analyste chez Lacan, tout en étant traité dans une optique différente.

  • Genèse des séries et parlers :

L'A.L.S. reprend les thèses connues : « l'inconscient c'est le discours de l'Autre » et : « le désir de l'homme c'est le désir de l'Autre, car c'est en tant qu'Autre qu'il désire ». C'est le discours parental qui détermine, avec des transformations elles-mêmes « programmées », le discours fantasmatique de l'enfant, différemment selon qu'il est idéalisé ou rejeté (cas extrêmes). L'enfant, une fois identifié au texte du désir parental, qualifiera et traitera désormais tout objet (y compris lui-même et son parent) comme le parent l'a qualifié et a souhaité le traiter. C'est la satisfaction du parent, et non la sienne, qu'il exprime et recherche sans le savoir. Les adjectifs extraits des appréciations du parent sur lui, et les verbes décrivant le sort qu’il lui souhaite, fourniront les atomes valorisés dans les énoncés fantasmatiques, et constitutifs des séries.

Ces adjectifs décrivent l'objet tel qu'il est jugé par le parent, et tel qu'il devrait être pour rendre possible l'action que le parent veut exercer sur lui ou le comportement qu'il en attend.

Quant aux verbes, ils décrivent l'attitude du parent devant l'enfant idéalisé : aimer, adorer, prendre au sérieux, respecter, regarder, voir, contempler, posséder, maîtriser, garder, protéger, enfermer, retenir, contenir, isoler, incorporer, nourrir, remplir, etc., ou devant l'enfant non désiré : verbes exprimant la déception, la surprise, l'étonnement, la peur, l'horreur, haïr, détester, maudire, ne pas prendre au sérieux, tourner en dérision, ainsi que les moyens de se débarrasser d'un tel enfant, de le faire changer, ou de l’ignorer : détruire (ouvrir, casser, démolir, brûler, éclater, déchirer, percer, etc.), changer, modifier, altérer, déformer, tordre, déplacer, remuer, secouer, éloigner, écarter, chasser, (faire) sortir, abandonner, laisser tomber, lâcher, jeter, perdre, égarer, donner, vendre, échanger, méconnaître, ignorer, oublier, etc., tous ces mots étant valorisés secondairement chez l'adulte que cet enfant deviendra.

Les verbes exprimant le souhait du parent pourront se retrouver dans le discours de l'enfant à la voix active, passive, ou pronominale. Exemples : Marie Cardinal et sa mère, et le poème Bénédiction de Baudelaire.

Ce que J.-C. Milner dit des Quatre Discours vaut pour les parlers : il ne peut y avoir de synonymies qu'à l'intérieur d'un même discours et entre discours différents les seules ressemblances possibles relèvent de l'homonymie.

  • Règles et remarques

Le parler I → I, valorise l'individu isolé : « il vaut mieux être seul que mal accompagné », dans le parler E → E c'est le groupe nombreux, la foule (« plus on est de fous, plus on rit »), dans le parler I ou E c'est le petit groupe d'amis (Brassens : « au-delà de quatre, on est une bande de c… s »). Quant au parler E → I dans sa variété arriviste, le groupe est utilisé comme tremplin pour l'ambition personnelle, puis abandonné ou dominé lorsqu'on est au sommet ( « tous pour un » sans la réciproque).

Chaque parler prétend à l'universel dans sa vision du monde : l'homme est "fondamentalement bon" (parler I → I), "fondamentalement mauvais" (parler E → E), "toujours perfectible" (parler E → I), ou "mi-ange mi-bête" (parler I ou E).

Une juxtaposition de points de vue peut être utilisée « sciemment » dans le parler E → I des arrivistes, pour rallier tous les suffrages, les locuteurs « I » et les locuteurs « E »: le changement (A +) dans la continuité (B +), la force (A +) tranquille (B +).

Toute perception, tout événement, tout contenu peut être commenté au moins de deux manières, dans deux formes différentes, puisqu'il existe deux points de vue, plus leurs combinaisons. Exemples « VIE », « MORT », « FOLIE ». On peut constituer une liste de termes parallèles, amorce d'un « dictionnaire bilingue » pour la traduction d'un point de vue dans l'autre.

     5) Applications de l'A.L.S.

Clinique verbale fine des névroses : descriptions logicisées, précises et transmissibles, diagnostic différentiel affiné. Exemples :

La notion de parler « I ou E » aide à mieux comprendre pourquoi les phobiques typiques sont à la fois agoraphobes (point de vue I) et claustrophobes (point de vue E) ; « entreprenants » et « attentistes » décrivent les hystéro et « obsesso »phobiques.

La confusion de Lacan entre discours obsessionnel et discours de l'Université est surmontée grâce à notre terminologie : le parler « conservateur » (I → I) homologue du discours obsessionnel, et le parler « constructeur » (E → I) homologue du discours universitaire, ont des logiques différentes. Le premier suppose une perfection initiale, une « science infuse », incompatible avec l’acquisition de connaissances nouvelles ; le second suppose une perfectibilité secondaire qui permet de se « remplir de savoir » pour racheter une jeunesse « folle » et peu studieuse. Leur mode d'accumulation mérite un diagnostic différentiel.

Hystérie masculine et inversion partielle des points de vue. Dans la distribution traditionnelle des rôles masculin et féminin intervient partiellement une répartition :introverti pour l'homme (solide, fiable, constant, sérieux, logique, objectif etc.)

extraverti pour la femme (fragile, faible, peu fiable, inconstante, frivole, lunatique etc.). La "parade virile" propre à certaines formes d'hystérie masculine prend donc le masque du point de vue introverti « psychorigide », qui, joint à une exaltation théâtrale, peut passer pour paranoïa, diagnostic démenti par l'A.L.S. et la non-permanence de la posture verbale.

Analyse inédite des malentendus : aide à la résolution de conflits dans les équipes de travail, conduite de réunions, etc.

Approche critique du discours des analystes : la littérature analytique fourmille de conceptualisations suspectes. L'A.L.S. permet, dans cette jungle de productions « analytiques », de faire un premier tri entre les fausses pistes (banalement fantasmatiques) et les hypothèses potentiellement intéressantes (au sens opératoire de Gardin), qui restent alors à démontrer.

     6) Conclusion : retour éclairé sur la trajectoire de Lacan et perspectives d'avenir pour l'A.L.S.

Le parler « E → I raté » permet de rendre compte de l'échec de Lacan dans sa phase « déconstruction » (Milner), et de la non-opérativité des Quatre Discours. L'A.L.S. permet de reprendre le flambeau de l'analyse du discours courant avec ses multiples applications, et rouvre le dialogue science-psychanalyse en montrant que la structure verbale de la subjectivité est simulable.


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