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Jean-Jacques PintoPublications et recherches de Jean-Jacques Pinto sur les relations entre inconscient et langage, ainsi qu'entre psychanalyse et linguistique. BlogCatégoriesDerniers billetsPagesCompteursLiensFils RSS |
Traduction et interprétationPar Jean-Jacques Pinto :: 22/05/2006 à 11:21 :: Formations de l'inconscient
Ce texte, distribué aux étudiants de Mme Inès OSEKI-DÉPRÉ (Master "Littérature mondiale et interculturalité, Spécialité : traduction littéraire, Faculté des Lettres d'Aix-en-Provence), est en cours d'évaluation pour publication - sous une forme plus développée - dans la revue du CLAIX (Cercle linguistique d'Aix-en-Provence).
This paper, handed to the students of Mrs. Ines OSEKI-DÉPRÉ (Master “World Literature and interculturality, Subject : literary translation, Faculté des Lettres, Aix-en-Provence, France), is under review for publication - in an extensive form - in the CLAIX publication (Cercle Linguistique d'AIX-en-Provence).
• Nous parlons ici de l’interprétation en psychanalyse freudo-lacanienne, différente de l’interprétation en psychologie analytique jungienne. • En dépit de ce qu’on peut lire même sous la plume de certains psychanalystes, l’inconscient n’est pas archaïque, primitif, sous-développé ou inculte. Il connaît toutes les possibilités de transformation linguistiques et rhétoriques, et utilise pour se manifester toutes les combinaisons et permutations imaginables. Exemple vécu : une amie marseillaise, peut-être travaillée par la faim, s’écrie devant un immeuble monumental : “Quelle belle charcuterie”, au lieu de “Quelle belle architecture”. C’est une anagramme presque parfaite (à part le t répété dans architecture). L’inconscient a fourni instantanément le résultat de la permutation, là où la pensée consciente aurait mis au minimum une dizaine de secondes (par exemple dans l’ancien jeu télévisé : “le mot le plus long”). De même, indique Freud, on trouve souvent dans le rêve “des opérations très complexes que le rêveur accomplit avec une facilité stupéfiante”. • Le “codage” inconscient peut utiliser n’importe quel niveau de complexité linguistique, donc la solution - le déchiffrement des énigmes qu’il nous soumet - relève de n’importe quel niveau : « Tout élément linguistique, du trait distinctif des phonèmes à la transformation et à la phrase, est un support potentiel de l’insistance du signifiant » (Mitsou Ronat). Nous insisterons aujourd’hui sur les rébus inconscients, ignorés du grand public et souvent hélas de beaucoup de psychanalystes. Pour celà nous recourrons au fonctionnement des langues à écriture non alphabétique.
a) L’écriture égyptienne. En théorie, chaque signe peut :
Le principe de l’homophonie est simple : dans la langue parlée, « échiquier » se disait men . Le dessin qui représentait un échiquier fut alors utilisé, d’une part, pour signifier l’objet échiquier, mais aussi pour écrire le son « men » ; le mot abstrait « rester, demeurer », qui se prononçait ainsi, s’écrira donc, lui aussi, par l’échiquier. La « houe » se disait mer , le dessin qui la représente servira de plus à écrire le mot homophone mer « amour ». […] Mais, même ainsi, le nombre d’homophones est limité, et il fallut trouver un moyen d’étendre le procédé à des mots composés. Par exemple, le mot « établir » se disait s(e)m(e)n , pour lequel il n’existait pas d’homophone qui puisse être dessiné ; le scribe utilise alors deux images qu’il accole l’une à l’autre : une pièce d’étoffe pliée qui se lisait s(e) , et l’échiquier m(e)n , et l’ensemble des deux se lit alors : s(e) + m(e)n = s(e)m(e)n. […] C’est le principe du rébus graphique , dans lequel le mot « chagrin », par exemple, pourrait être décomposé en deux dessins : un « chat » suivi d’un « grain ». ”
Dans les formations de l’inconscient comme dans ces écritures chaque élément à interptéter a plusieurs lectures, et c’est le contexte (ici les associations du “patient”) qui donne la fonction de chaque élément.
« […] les cliniciens de la psychanalyse […] partent certes d’un matériel verbal abondant, mais se condamnent à une babélique confusion des langues, faute d’expliciter leurs procédures de traduction du contenu manifeste (le matériel verbal) au contenu latent (ce qu’ils y lisent). Prenons, a contrario, l’exemple du déchiffrement de l’écriture cunéiforme (le parallèle entre l’inconscient et les écritures non-alphabétiques est constant chez Freud et Lacan) (Doblhofer, 1959, pp. 137-138) :
On imagine mal l’obtention d’un tel résultat en soumettant un rêve, une séance, une portion de biographie, une interview ou quelque matériel verbal que ce soit à quatre psychanalystes différents […] En psychanalyse règne donc le conflit des interprétations».
A. Ces formations de l’inconscient fonctionnent en grande partie comme les écritures non alphabétiques, notamment — et nous commencerons par là — en ce qui concerne le recours au rébus graphique (pour Freud fonctionne le principe, simplifié pour l’occasion : “le rêve est un rébus”).
Quelques exemples :
N.B.: nous ne parlerons pas ici de la présence de déterminatifs dans certains rêves, c’est-à-dire d’éléments qui, sans être eux-mêmes à lire, n’apparaissent que pour orienter ou préciser la lecture d’autres éléments du rêve, par exemple pour indiquer si tel élément doit être lu comme pictogramme, idéogramme ou phonogramme.
Un patient obsessionnel, que la violence culpabilise, ne peut supporter ni la tomate ni l’oignon (il rejette tout plat qui en contient la moindre trace). Lorsqu’enfant il était angoissé au cinéma en voyant couler le sang ou verser des larmes, sa mère croyant le rassurer lui disait : “ce sont des truquages : le sang, c’est de la sauce tomate, et pour les larmes, les acteurs se font pleurer avec un oignon” !!!
Dans un code il y a correspondance biunivoque entre deux signes, non-ambiguïté (souvent imparfaite), fonctionnement non-contextuel du système de signaux. Deux possibilités :
B. L'interprétation-déchiffrement : Roland Barthes dans Éléments de séméiologie démontre que chez l'homme tout code est défini à partir du langage, tout le non-verbal (analogique) est défini depuis le verbal (digital). Or le langage humain n’est pas un code : avec sa double articulation, il est fondamentalement ambigu et équivoque, donc le contexte joue un rôle essentiel dans sa compréhension.
Pour le psychanalyste Jean Allouch dans Lettre pour lettre (Editions Erès, 1984) :
2. traduire est écrire en réglant l’écrit sur le sens [imaginaire] ;
3. translittérer est écrire en réglant l’écrit sur l’écrit [symbolique] : déchiffrement d’une écriture non alphabétique ou des formations de l’inconscient.
Merci de bien vouloir laisser un commentaire ci-dessous ---------------------------------------------------------------------- Keywords : linguistics, "discourse analysis", metaphor, psychoanalysis, Lacan, psychology, social psychology, psychosis, paranoia, schizophrenia, rhetorics, argumentation, epistemology, poetry, litterature, Baudelaire, translation, misunderstanding, frozen expressions, Jean-Claude Milner. Schlüsselwörter : Linguistik, Redeanalyse, Metapher, Psychoanalyse, Lacan, Psychologie, soziale Psychologie, Psychose, Paranoia, Schizophrenie, Rhetorik, Argumentation, Epistemologie, Poesie, Literatur, Baudelaire, Übersetzung, Mißverständnis, starre Ausdrücke, Jean- Claude Milner. Palavras-chaves : linguística, análise de discursos, metáfora, psicanálise, Lacan, psicologia, psicologia social, psicose, paranóia, esquizofrenia, retórica, argumentação, epistemologia, poesia, literatura, Baudelaire, tradução, equívoco, expressões bloqueadas, Jean- Claude Milner. Palabras-clave : lingüistica, análisis de discurso, metáfora, psicoanálisis, Lacan, psicología, psicología social, psicosis, paranoïa, esquizofrenia, retórica, argumentación, epistemología, poesía, literatura, Baudelaire, traducción, malentendido, expresiones cuajadas, Jean-Claude Milner. Parola-chiave : linguistica, analisi di discorso, metafora, psicanalisi, Lacan, psicologia, psicologia sociale, psicosi, paranoia, schizofrenia, retorica, argomentazione, epistemologia, poesia, letteratura, Baudelaire, traduzione, malinteso, espressioni raggelate, Jean-Claude Milner. Commentaires Le 26/05/2006 à 19:22, par Anma
La structure de l'article est maintenant beaucoup plus claire (cf.la version inachevée que j'ai eue en main) et c'est vraiment intéressant même si j'ai eu un peu de mal à comprendre la synthèse. Le 26/05/2006 à 19:23, par E. Balsani
Quelques notes en vrac à reprendre dans un prochain commentaire :
* Structure verbale "idiomatique" du psychisme ? et en cas de patient parfaitement bilingue ? quelle interprétation privilégier ? * langage "dormant" activé par un déclic : contexte, visuel, subliminal ... * "... le langage est source de malentendu ..." dit le renard au Petit Prince. Dans quelle mesure ne l'est-il pas ? qui mal entend ? et pourquoi ? l'interprétation ou la traduction du discours ne relève-t-elle pas aussi du langage de l'inconscient ? * l'écrit : relu, revu, corrigé, même démarche de traduction malgré la tentative de "manipulation" de l'auteur. * la gestuelle est un langage. dissocier le verbal du non-verbal visuel ne restreint-il pas la portée du discours, voire sa valeur ? * rébus onirique / métaphore : vraisemblance et réalité ? à bientôt donc. Merci Le 26/05/2006 à 19:24, par Jean-Jacques PINTO
En attendant que E. Balsani ait développé ses "notes en vrac" un peu sybillines (plusieurs questions secondaires emmêlées au sein d'une question principale), je répondrai bientôt à la troisième, qui me paraît la plus claire ["... le langage est source de malentendu ", etc.]
Donc, à dans quelques jours ... Le 08/12/2006 à 11:18, par fire mp3
Salut! C'est une site tres interesant! J'aime bien cet article. Je sais, qu'il y a une site avec les plus neuvelles mp3 chansons. C'est tres interesant!!!
Le 22/01/2007 à 15:47, par jadakiss
Salut! C'est une site tres interesant! J'aime bien cet article. Je sais, qu'il y a une sitehttp://mp3-metall.info avec les plus neuvelles mp3 chansons. C'est tres interesant!!!
Le 21/03/2007 à 20:40, par ness
apres une invitation a un souper
une jeune femme me repond je sais pas si j ai tord mais je dois refuser quand pensez vous Le 02/07/2007 à 10:36, par Christine Mercier
Merci à M.Pinto, pour enfin préciser la différence entre le décodage et le déchiffrement qui, lui, peut aussi se lire sous forme de chiffres qui réduisent ainsi la compréhension imaginaire à une opération topologique. Mon travail sur l'illettrisme ( site : www.lituraterre.org) m'a poussée à travailler comme psychanalyste sur la materialité du langage.
Le 29/08/2007 à 15:46, par Milena
je vous remercie infiniment pour la clarté de votre texte. Travaillant sur les "figures"du bestiaire préhistorique(Chauvet, Lascaux...), je retrouve avec ce matériau visuel,les mêmes opérations que celles qui sont à l'oeuvre dans les rêves et symptômes. Je relie ces différentes formation-déformations au contexte sacrificiel rituel violent qui les a produites.De fait, certaines figures mythiques selon un point de vue précis se révèleront tantôt ceci tantôt cela, toute chose que les récits mythiques contiennent. Ainsi le serpent protecteur de céréales, dans la geste Dogon, de Yurugu devient Yuguru le voleur de mil qu'il faut abattre;un simple anagramme est donc ici signe d'un arrêt de mort Oui, à cet instant "les nuances et la violence sont au coude à coude"R.Char.En de nombreuses passages du bestiaire souterrain, de tels basculements sont visibles selon un point de vue qui opère dans le chaos.Freud avait eu l'idée qu'un patrimoine instinctif par analogie avec le monde animal constiuerait le noyau de l'inconscient.
Le 29/08/2007 à 15:46, par Milena
je vous remercie infiniment pour la clarté de votre texte. Travaillant sur les "figures"du bestiaire préhistorique(Chauvet, Lascaux...), je retrouve avec ce matériau visuel,les mêmes opérations que celles qui sont à l'oeuvre dans les rêves et symptômes. Je relie ces différentes formation-déformations au contexte sacrificiel rituel violent qui les a produites.De fait, certaines figures mythiques selon un point de vue précis se révèleront tantôt ceci tantôt cela, toute chose que les récits mythiques contiennent. Ainsi le serpent protecteur de céréales, dans la geste Dogon, de Yurugu devient Yuguru le voleur de mil qu'il faut abattre;un simple anagramme est donc ici signe d'un arrêt de mort Oui, à cet instant "les nuances et la violence sont au coude à coude"R.Char.En de nombreuses passages du bestiaire souterrain, de tels basculements sont visibles selon un point de vue qui opère dans le chaos.Freud avait eu l'idée qu'un patrimoine instinctif par analogie avec le monde animal constiuerait le noyau de l'inconscient.
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